‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 74 sur 98 · ESCHINE. DÉMOSTHÈNE · texte numérisé non relu

ESCHINE. DÉMOSTHÈNE

non pas un sycophante ! Mais quand, à la fin de son discours, il appellera pour sa défense les complices de sa corruption, voyez, sur cette tribune où je parle, les bienfaiteurs de la république rangés en face d'eux pour repousser leur audace. Solon , qui a décore la démocratie des plus belles institutions; Solon, le philosophe, le grand législateur, vous prie, avec sa douceur naturelle , de ne point sacrifier, aux phrases d'un Démosthène, vos serments et les lois. Aristide,

3ui régla les contributions de la Grèce, et dont le peuple ota les filles devenues orphelines , s'indigne de l'avilissement de la justice : Rougissez, s'écrie-t-il, en songeant à la conduite de vos pères! Arthmius de Zélie avait apporté en Grèce l'or des Mèdes, et il avait fixé son séjour dans notre ville : proxène du peuple athénien , il n'échappa à la mort que pour être banni d'Athènes et de tous nos territoires ; et ce Démosthène, qui n'a pas simplement apporté l'or des Mèdes, mais qui Ta reçu pour ses trahisons et qui le possède encore, vous vous disposez à lui mettre une couronne d'or sur la tête ! Thémistocle enfin, et les morts de Marathon, et ceux de Platées , et les tombeaux mêmes de nos aïeux ne gémiront-ils point, croyez-vous, si l'homme qui sert, de son propre aveu, les barbares contre les Grecs t est jamais couronné? Pour moi, ô Terre ! ô Soleil ! ô Vertu ! et vous, intelligence, science, par quoi nous discernons le bien et le mal ! j'ai accompli mon devoir; j'ai dit. Si j'ai accusé le crime avec force, et comme il le mérite , j'ai parlé suivant mon désir; suivant mon pouvoir du moins, si j'ai été au-dessous de la tâche. Quant à vous, sur les preuves que j'ai fournies, sur celles que j'ai pu omettre, prononcez d'après la justice et les intérêts de la république. »

Ctésiphon ne fut point condamné; Eschine n'eut pour lui que le cinquième des voix, au lieu de la moitié plus un cinquième, qu'il lui eût fallu, d'après la loi relative aux accusations politiques. Passible d'une amende de mille drachmes, et honteux de sa défaite, il quitta Athènes le jour même, et il se retira à Éphèse. Il y attendait le retour d'Alexandre, engagé alors dans des expéditions lointaines. Mais Alexandre ne revint pas ; et Eschine, après la mort de son protecteur, alla se fixer à Rhodes, où il ouvrit une école de rhétorique, qui fut célèbre longtemps encore après lui. Il mourut en 314, à Samos, où il était venu pour quelque affaire. Il était âgé de soixante-dix-neuf ans.

Eloquence «TEiehlne.

Eschine n'avait écrit que les trois discours que nous possédons. Les anciens les nommaient les trois Grâces. Ge sont des Grâces quelquefois un peu affectées, mais dignes pourtant de leur nom. Quintilien reproche avec raison à Eschine d'avoir plus de chair que de muscles. Eschine est un artiste et un homme d'imagination , bien plus qu'un logicien véritable. II dispose très-habilement le plan général d'un discours; mais il ne sait ni en serrer étroitement les parties, ni condenser les arguments , ni produire cette unité d'ira-

1>ression qui est le triomphe de l'éloquence. Mais il est bruant de passion, plein de mouvement et d'éclat. 11 abonde en expressions heureuses, en figures non moins justes que hardies. 11 dépasse quelquefois le but, mais assee rarement, si l'on juge ce qu'il dit non pas d'après les règles de la vérité absolue , mais d'après ce que lui-même estimait la vérité. Peut-être pèse-t-il un peu trop les mots, comme tous ceux qui avaient fréquenté l'école d'Isocrate ; mais ce n'est pas lui qu'on peut jamais accuser de parier pour ne rien dire : il dit trop, plus souvent que trop peu, et il nuit involontairement à sa cause. Ce n'est pas, tant s'en faut, l'orateur parfait; mais c'est un des plus parfaits qu'il y ait eu au monde.

Vie dç Démoethène.

Démosthène, oui était déjà célèbre à l'époque des débuts d'Eschine, était aehuit ans plus jeune que son rival. 11 était né en 385, à Péanie en Attique. Il perdit, à l'âge de sept ans, son père, qui était un riche armurier. Ses tuteurs dilapidèrent sa fortune et négligèrent son éducation. Il alla, malgré eux, entendre Platon et Euclide de Mégare, et l'Académie n'eut pas de plus zélé disciple. Il résolut bientôt de poursuivre devant les tribunaux les misérables qui avaient abusé de son enfance. Il prit, pour se guider dans ses études oratoires, cet Isée dont nous avons parlé. A dix-sept ans, il plaida contre ses tuteurs, et il les fit condamner à des restitutions considérables. Il est probable qu'lsée l'avait aidé dans la composition des cinq plaidoyers qu'il prononça dans le procès, et que nous possédons.

Démosthène essaya bientôt de monter à la tribune aux harangues ; mais il fut deux fois repoussé par des huées. Son style parut pénible et obscur, et son aébit sans fecilitéet sans grâce.

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