‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 148 sur 605 · Llylle Vin · texte numérisé non relu

Llylle Vin

théocrite; conclusion 207

rable. Dans le mouvement régulier et pressé des petits groupes de mots, plus juxtaposés que liés, on sent le frisson de la passion et en quelque sorte les battements du cœur. Xous avons cité plus haut la chanson de Bombyca : c'est un exemple entre beaucoup. Le thrène sur la mort de Daphnis, dans la première idylle, les plaintes de la magicienne, dans la seconde, avec leurs refrains incessamment répétés, sont des échantillons plus amples, mais non plus expressifs, de ce rythme passionné. On peut dire que c'est le rythme fondamental de Théocrite. Même dans la brisure savamment naïve du dialogue, on entend encore vibrer la passion. Dans le récit, dans la description, le mouvement général est encore analogue. Qu'on relise, pour s'en convaincre, les Thalysies, où se rencontrent tous les tons et toutes les formes de Tidvlle : on verra sans peine que d'un bout à Tautre, sous les «lifférences extérieures, ne cesse de vibrer la même imagination facilement émue, le même lyrisme incoercible. Par là, Théocrite est vraiment unique: ni dans la poésie antérieure (sauf peut-être (juebiues pièces de Sappho\ ni parmi ses contemporains et ses successeurs, on ne trouve rien qui approche de ce don incomparable de sentir avec force l'émotion des choses et de la communiquer par le mouvement de la phrase *.

On voit quelle alliance (h» rares qualités fait à Théocrite une place à part dans la littérature alexandrine; il est réaliste et idéaliste, dramaticjue et lyrique, poète toujours par rémolion, par le rythme, par le style. Son inlluencc^ fut proportionnée à son originalité. Tout un

\. Pour trouver un étfui valent français, il faudrait arriver à Alfrf.»d de Musset, et se rappeler, par exemple, dans la Nuit de Mai, le d«^but :

Le printemps nait ce soir; les vents vont s'embraser,

et tout ce qui suit.

genre est sorti de lui, le genre bucolique, d'abord par d'autres alexandrins que nousretrouverons tout ài'lieure, ensuite par Virgile et par tous les imitateurs de Virgile, enfin par André Chénier, qui se rattache directement à Théocrite. Cette rare fortune do créer un genre, de faire entrer déiinitivement dans la littérature une forme de poésie jusque là instinctive et populaire,, rapproche Théocrite des créateurs de i'àge classique. Il s'en rapproche aussi par son mérite propre, puisqu'il a su retrouver, dans un uge d'érudition et d'imitation, la sincérité du sentiment, la sobriété vigoureuse et harmonieuse de la forme.

Léonidas de Tarente. auteur d'épigrammes, est loin d'égaler Théocrite: il faut pourtant le ranger à ciHé de lui si l'on veut se rendre compte du mouvement général de Tart dans celte période: car il a tenté, lui aussi, de combiner un certain réalisme avec la pure poésie K C'est un contemporain de Théocrite, un peu plus jeune peut être. Dans une de ses épigrammes, il célèbre Pyrrhus, roi d'Epire*. Le nom de Théocrite se rencontre deux fois dans ses vers '. mais sans qu'on puisse dire au juste si c'est du poète (|u*il s'agit ou d'un homonyme. Il parait cependant l'avoir connu et goûté, car il s*est certainement inspiré plusieurs fois des idylles *. Sa vie semble avoir été errante et pauvre ^, Il mourut loin de sa patrie, sans avoir ac(juis la richesse, mais confiant dans sa reno nmiée future •. — Sa confiance n'était pas téméraire:

i. Anthologie do Jacobs, t. I, p. 153 181 ; Deierlui poelarum Anthologiae graecae, do Meinoke, p. 24-52. Cf. Sa! ntc-Beuve, Causeries du lundi, t. XII.

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