‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 213 sur 605 · SON STYLE · texte numérisé non relu

SON STYLE

presque toujours fastidieux. Son architecture n'est plus celle d*un temple des Muses : c'est celle d'une usine ou (l'une caserne. Son langage n'est plus celui dés honnêtes gens d'une cité très artiste : c'est un pèle-mèle do termes incolores, de mots sans relief et sans charme, que charrie d'un train toujours égal une phrase uniformément abondante.

Le défaut essentiel du style de Polybe ne vient pas d'une négligence qui serait excusable chez un homme (l'action, et qui pourrait être une grâce. 11 s'applique à bien écrire. Il choisit des termes qui, do son temps, devaient appartenir à la langue des gens bien élevés, des termes nobles et savants. Il évite scrupuleusement l'hiatus. 11 vise à l'ampleur de la phrase et au nombre. Mais il manque foncièrement d'art. Il n'a que du savoir et (le l'acquis, sans aucune délicatesse naturelle d'oreille et do goût, sans ombre d'imagination verbale et de sensibilité.

Le dialecte de son histoire est la xoivy) Sià^gxroç, c'est-à-dire cet attiquo moderne, un peu artificiel, qu'écrivent tous les prosateurs de son temps. Rien à dire à ce sujet. Mais il l'écrit mal. La langue des gens instruits, au siècle de Polybe, est surchargée de mots abstraits. Les uns sont des termes techniques créés par la philosophie et les sciences; les autnîs sont le produit naturel d'un état d'esprit nouveau, plus analytique et réfléchi que spontané ou iinaginatif. Polybe a une prédilection visible pour cette manière do s'exprimer, qu'il trouve évidemment distinguée. 11 aurait aimé, de nos jours, le jargon parlementaire et le jargon scientifique. 11 aurait parlé d' « agissements », de « compromissions », d' « aboutissements », de « facteurs » et d' « organismes ». Do deux manières de rendre une idée simple, c'est la plus abstraite qu'il préfère, aussi naturellement que Xénophon préférait la plus concrète et la

plus populaire. Il abonde en élégances banales et fanées, en métaphores usées *. Chose plus grave, il aime les grands mots vagues et inexpressifs, les épithètes qui s'appliquent à tout, parce qu'elles ne conviennent proprement à rien; par exemple, cet adjectif oXocr/eprjç {considérable, sérieux), dont il fait un si étrange abus; ou encore ce 7:foe'pYî[/.£vo;, qu'il emploie à tout instant. Pour dire que deux adversaires font trêve sans avoir pu remporter Tun sur l'autre d'avantage décisif (ce que le grec classique aurait dit à peu près ainsi : ojSerépwv xpaTTj'javTWv Xa|/.7rpa);), il écrira : o'jSèv ôXo'jyepg; TrpoTfcpTiax SuvxpLevoi IxPjfiy xxt* iXkriiwy -, Ou encore : Aiori TrXeiou; eiGt TwiOavÔTTjTeç £v T/i /.aT* 'ApiTTorÉXrjV iGTopia (on grec classique : TCifiavcurefCv to ùt:* 'Ap'.cTOTsXou; Xeyojwvov). Et ainsi de suite. Une phrase de Polybe, ainsi bourrée de mots [abstraits ou vagues, n'a presque plus l'air d'être grecque : on dirait une traduction médiocre d'un article de journal contemporain.

Et cette phrase est toujours d'une ampleur prolixe et monotone. Pour obtenir l'ampleur, qui semble être la qualité qu'il prise par dessus tout, il a un procédé très simple : c'est de mettre toujours deux mots où un seul suffirait; il procède par répétitions de synonymes. Ensuite, il assemble ses membres de phrases en périodes qui visent à être isocratiques, mais qui sont surtout fastidieuses : car, n'ayant ni sensibilité ni imagination, n'étant capable que de disserter d'une façon didactique, il va toujours du même pas, sans la moindre variété d'allure, sans le moindre changement de ton. On peut dire sans exagération que la phrase de Polybe n'a vraiment qu'une qualité remarquable, la clarté.

Dans l'ensemble de sa composition comme dans les

1. Par exemple, ird).C|jiov ixxaUtv, pour ic6)e{iov iroieTaOac.

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