GÀRAGTËRES DU PREMIER SIÈCLE
qu'une très petite part dans ce mouvement. Affreusement dévastée par les guerres de Mithridate^ puis par les guerres civiles, elle végète alors pauvrement et se refait par de longs efforts. Ce n'est que dans la période suivante qu'elle recommencera à jouir de quelque prospérité *. Au contraire, Alexandrie, très riche et très brillante, bien qu'elle ait cessé d'être la capitale d'un royaume indépendant, demeure la plus grande ville du monde après Rome ; avec son Musée, ses écoles de grammaire, ses bibliothèques, et aussi son importante communauté de juifs hellénisants, elle entretient un actif mouvement d'idées et d'études. Son rôle propre sera de fondre ensemble l'hellénisme et le judaïsme, et déjà elle y travaille activement avec Philon. A côté d'elle, la Judée, sous les Hérode, s'ouvre aux influences grecques, et, si le peuple en masse y reste hostile, la cour de Jérusalem du moins devient un foyer d'hellénisme : nous V trouverons Thistorien Nicolas de Damas. Moins heureuses, les provinces grecques de Syrie et d'Asie Mineure, fort appauvries aussi par les guerres, semblent avoir perdu pour quelque temps leur vie propre. C'est seulement vers la fin du i'' siècle, sous les Flaviens, que les écoles de Smyrne, d'Ephèse, de Pergame recommenceront à sortir de leur obscurité. Celles de Syrie ne grandiront qu'à partir du second ou du troisième siècle. Pour le moment, ces provinces se contentent d'envoyer à Rome ce qu'elles produisent d'hommes actifs, intelligents et ambitieux.
Rome est en effet devenue, par le fait de l'établissement de l'Empire, une ville unique, qui attire tout à elle et dont Tinfluence se fait sentir partout. C'est à Rome que la littérature grecque va, pour ainsi dire, se
1. Voyez Herlzberg, Hist. de la Grèce sotis la domination romaine, traduction Bouché -Leclercq, t. 1.
Hiit. de la Litt. grecque. — T. V. 22
transporter, jusqu'au temps où la Grèce et l'Orient grec auront retrouvé, dans des conditions de vie meilleures, une certaine indépendance intellectuelle. La conséquence immédiate de cette émigration, c'est que les Grecs de ce temps écriront souvent pour les Romains, autant ou plus que pour leurs compatriotes. Devenus leurs clients et désireux d'être approuvés d'eux, les criti(jues se proposeront de leur faire mieux connaître les grands écrivains qui sont considérés comme des maîtres par les deux peuples également ; les historiens rassembleront et résumeront pour eux les annales des royaumes qu'ils ont soumis; les philosophes approprieront à leurs besoins renseignement traditionnel de leurs écoles.
Cette situation nouvelle aura ses inconvénients et ses avantages. L'inconvénient le plus apparent, et le plus grave à coup sûr, c'est que toute cette littérature, ainsi dépaysée et souvent trop protégée, manquera absolument d'originalité, de hardiesse, faute d'être alimentée et encouragée par un sentiment national indépendant. Un autre, c'est que, pour satisfaire à la curiosité un peu puérile de ses protecteurs, elle donnera parfois trop d'importance à des futilités * . Nous trouverons dans la littérature grecque de ce temps mainte trace de cette influence déprimante et rapetissante.
Mais, d'autre part, on ne peut nier que Rome, en attirant à elle les Grecs, et en leur imposant quelque chose de son esprit, ne leur ait rendu service à bien des égards.
D'abord, elle leur a offert des moyens de travail qu'ils auraient difficilement trouvés ailleurs. Elle a mis à leur disposition ses bibliothèques -, ses archives publiques et
\. Voyez lus renseignements fournis par Suôtono sur la cour de Tibère et les questions qu'il aimait à poser à ses grammairiens. Vie de Tibère, c. 56. »
2 BiiiLioTHÊQUE DE PoLLioN, fondée par lui en 40 av. J.-C, dans