INFLUENCE DE ROME
privées; elle a tourné leur attention vers son histoire, ses mœurs^ ses institutions, ses monuments; elle les a mis en relations avec les héritiers et les représentants (le ses grandes familles; elle leur a fait voir do près sa force et ses moyens de gouvernement. Ce que des historiens, même d*un génie médiocre, ont dû tirer de là d'informations et de vues nouvelles, on le devine aisément.
En second lieu, elle a certainement donné occasion, à quelques-uns au moins d'entre eux, aux plus intelligents, à un Strabon surtout, de voir les choses de plus haut. Il était plus facile de se représenter le monde en son ensemble, de Ilome, qui en était le centre, que, d'Amasée dans le Pont. Vues du voisinage du (îapitole, les petits pays semblaient petits connne ils Tétaient réellement, tandis (ju'ils auraient risfjué de paraître plus grands qu'ils n'étaient à des gens qui n'en seraient jamais sortis.
En troisième lieu, l'esprit romain, avec ses qualités pratiques, a tempéré heureusement, pour un temps au moins, ce qu'il y avait de trop spéculatif dans l'esprit grec. La philosophie morale des Sextius, des Musonius, et par conséquent celle d'Epictète, qui en est issue, si elle est grecque par la tradition dogmatique, a cependant subi fortement Tinfluence de la vertu romaine. Et il n'y a pas lieu de le regretter, ni au point de vue moral, ni au point de vue littéraire, puisqu'il s'en est dé-
TAtrium de la Liberli';, avec \>i butin ']•.* sa campagne d<; Dalmalio (PUQt?. Bist. Sat. 35. 2; Ovi.b.-, Trhtes, III, 1, 71). — BiULiOTiiéouE OcTAViA, fonJ'e par Ootav»* on 33, dans le théâtre «Je Marcellus, en l'hoant^ur <le si sœur Octavio (Dion Cassius, 1. 49, c. 43 fin. Suétone, Gramm. illmtr., 21). — Bibliotiiéoue palatine, fondée par Auguste» en 28, dans le t^'inpl'.* d'Apollon au Palatin (Suétone, Ot/arr, 29, 31 ; Céior, 55; Ovid -, Amores, II, 18, etc.). — Art. BihliO' theken VU, BiUlolhek'.n d».-s R«'» uTr'Mchs), par Dziatzko, dans rencvcl. de Paulv-Wissowa.
gagé quelque chose d'original, qui ne peut être confondu ni avec le stoïcisme d'un Chrysippc, ni avec rascélisme mystique des néoplatoniciens. Enfin, pour ne parler que du goût, le génie des Romains répugnait plus que celui des Grecs à Tafféterie, au verbiage vide et sonore; il avait quelque chose de solide et de sain; et nous allons entendre les Grecs eux-mêmes reconnaître que son influence n'a pas peu contribué à cette renaissance de Tatticisme dont nous aurons à nous occuper presque immédiatement.
Le premier écrivain qui se présente à nous, moins pour raison de chronologie que parce qu'il tient très étroitement à la période antérieure, c'est Diodore de Sicile. Abréviateur des historiens qui l'avaient précédé, ce n'est pas assez de dire qu'il dépend d'eux, car en réalité son œuvre n'existe que par la leur, dont elle n'est, à proprement parler, qu'une appropriation. Mais^ d'autre part, cette œuvre est née à Rome, et, dans une certaine mesure, elle est marquée de l'empreinte romaine. Par là, elle se prête à être regardée comme la première où se révèle le caractère, médiocrement original d'ailleurs, du premier siècle de l'Empire.
Né vers Tan 90 à Agyrium en Sicile *, Diodore, grec
1. Nos renseignements biographiques sur Diodore sont très pauvres. Une notice de Suidas (A:6So>poc £tx8Xt(ÛTr,c), en trois lignes, nous apprend seulement qu'il vivait sous Auguste et auparavant. Photius (cod. 70 et 244} analyse une partie de ses histoires» mais ne nous apprend à peu près rien sur lui. Nos meilleurs renseignements sont ceux que Diodore nous a donnés lui-même. La date approximative de sa naissance ne peut être obtenue que par une déduction résultant des faits que nous relatons dans le texte. Sa Bibliothèque dut paraître vers Tan 30. Il y avait travaillé 30 ans.
riq^K^. il s'y pnî"{»An par Je loiiis et jvuible* wn^^^r^s ^ Iravers I Eun>pe et l'Asie V OoIa Iaiss** supp^vs^er ^ju'il jouissait d'une assez lanre fortune jHUir etn^ lihi>^ de î4%n^ temps et ne pas reiranler à la dejHM>se. Vu de st^s \o\5i ges le conduisit en Egypte dans la ISO*iM\uipiado ^0*0 57 av. J.-C. . Il Ht aussi de uonibnnix et loui:s sejout^ à Rome, où il trouva, nous dit-il. les n^ssouives de Ira vail nécessaires à sa grande enln»prise y^i. l"^, Colle oi lui demanda trente années de préparation ^^llùd/^. Kilo semble avoir été achevée et puldiée \ers le tleUut dti règne d'Auguste, car il y est fait allusion à Tapothèono de César (i, 4. 7); on s>xpii(|ue que Tautenr d'où Suidas a tiré sa notice ail fait vivre Diodore nous Auguste, si c'est alors en effet qu'il se lit connaiire. O'aulro part, il est peu probable que rouvraf;;e ait été publié plus tard, car il n'y est fait auiMine allusion aux évé nements postérieurs à l'an 30; d'ailleurs. Dindon^ luy devait plus être jeune, lorsque Teinpin* fut élabli. !•« titre authentique de l'ouvrage paraît avoir été lîibliuthèqite historique (probablement *IiTopi<ov pi6XioOr,xio) '. Persuadé de l'utilité de. l'histoire., surtout de riiistoiro universelle, qu'il vanlo dans sa préface, et. sans doulo aussi^ ambitieux (rattacher son nom à une fj;;riinde (i*uvre, Diodore se proposa surtout de réunir en un exposé
En afiiD^'ttant qu'il on ahi rorriifii'n<*<î l:i iinipiinitioii vj-rn h:i lr«««' tieme année, cela report^' sa ua'xah'.hu'm it raiiii/}M 'JO, MuU on volt que ce calcul est loin d'etnr i>r/;'*.i4. Jl roriconli) toutofoU iinii«/ bien aTec ce fait que Diodore ne iJonni; k pluMi'riirii rt'\tr\tkt% \ni\kr un contemporain de Jule« César /voir «rn p;irnruli<-r I* \, *' 2\ «t 45>. Consalter, dans 1»; lA^'inr*: de Dindorf a. V, p. '4ttf, h- th*'vit tract ai la d^ DUfdoro et fjui tcriptU de If. Kh tien ne.
'SI 'Afl-:»; X»: rr.; Ev^îiuXt,;.
2. P.iae J'Alc. préf. ':. ïi, <'J. S-^yl. Ariftloph. l'iului, v. *4, k\',\mïdiLt. xivuc<r ci'»/te.
842 CHAPITRE II. — D'AUiîUSTK A DOMITIEN
synthétique, sous une forme claire, la masse de faits que SCS contemporains étaient obligés de chercher dans dos ouvrages divers, et dont ils avaient peine par suite à saisir la concordance. L'idée première de cette œuvre lui avait été cerlainenïent inspirée par les histoires universelles déjà tentées, en particulier par celles d*Kphore et do Polyhe. Mais la sienne devait dépasser toutes les autres en étendue V; car il se proposait d'y faire figurer tous les siècles, depuis les origines fabuleuses jusqu'à son temps, tous les peuples, aussi bien les barbares que les Grecs et les Romains, et enfin toutes les parties de la connaissance historique, géographie, histoire des institutions et des mœurs, des arts et des lettres. C'était une véritable encyclopédie historique qu'il avait en vue., et on ne peut nier qu'il n'y eût dans ce projet même une certaine grandeur et un sentiment juste des besoins du temps.
Pour constituer le plan de cet immense exposé, Diodore, pénétré do l'importance d'une bonne composition, voulut avec raison associer Tordonnance chronologique à une combinaison raisonnée qui grouperait les choses de manière à en faciliter l'intelligence 2. Attentif à suivre d'une manière générale l'ordre des temps, et soigneux de fixer dans le drtail les dates précises en établissant la concordance entre les divers systèmes de chronologie usités jusque-là, il se refusait pourtant à morceler son récit par années, et il entendait le diviser en périodes assez larges, dans lesquelles il exposerait, l'une après l'autre, les diverses séries d'événements parallèles. Telle était du moins son intention; il l'avait conçue et mûrie à la lecture d'Kphore : et elle était excollento en elle-mênie '. Voici conunent il la réalisa.