‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 248 sur 605 · Voy. Caractère de Thucydide, ch. xxxiv, fin · texte numérisé non relu

Voy. Caractère de Thucydide, ch. xxxiv, fin

DENYS D'HALIGARNASSE THÉORICIEN 369

à son sujet une série de questions^ arrêtées d'avance et toujours les mêmes; c'est dresser son signalement sui vant un formulaire, qu'il s'agit simplement de remplir. Comment ce procédé monotone se prêterait-il à une étude vraiment vivante des esprits? C'est d'ailleurs, il faut le reconnaître, celui de toute la critique ancienne, de Cicéron en particulier '. Mais Cicéron atténue les défauts de sa méthode par la largeur de son plan, par la force de ses idées générales., par sa connaissance des hommes, par sa finesse et son éloquence naturelles. Denys, au contraire, les rend souvent plus sensibles par un dogmatisme raide, qui sent l'école, et par une certaine étroitesse de vues, que sa sincérité un peu âpre fait encore ressortir.

Admirateur passionné de Démosthènc, il le considère volontiers comme la règle même du style oratoire. C'est de lui qu'on doit apprendre le choix des mots et l'art de les assembler ^ Jugement fondamental en quelque sorte, sur lequel reposent tousses jugements particuliers. Et non seulement cette superstition d'un orateur unique l'empêche d'être juste pour les autres, mais elle nuit même à l'appréciation qu'il fait de celui-là. Ses vues sur Démosthène, dominées par son parti pris, manquent de variété, et par conséquent aussi d'un certain degré de vérité. 11 semble, à l'entendre, que le génie du grand orateur soit fait surtout d'une combinaison étonnante de petits calculs et d'une prodigieuse série de réussites partielles. Ainsi, ce qui nous frappe le plus en lui, c'està-dire la vie, le mouvement, la puissance de la dialectique, sensibles jusque dans les moindres détails de la

1. Consulter sur ce point la préface de l'édition du Brutut de J. Martha, Paris, 1892.

2. Arrang, des mois, ch. xviii: "Opo; yàp 8t, Tt; êoriv âx^oy?,; t* ôvopiâ- TCDv xal xdtXXou; (ruvOéaecoc o Ar,(Xd(rOiv-)r);.

Hist. de la Lill. grecque. — T. V. 24

phrase, voilà justement ce que Denys fait le moins ressortir.

Ces défauts, il faut Tavouer, sont de nature à rebuter un lecteur moderne. Mais il ne semble pas qu'ils aient été aperçus de même par les contemporains, ni, à plus forte raison, par les rhéteurs des âges suivants. Les uns et les autres appréciaient avec raison Térudition de Denys, la justesse de son esprit, sa finesse dans le discernement des ressemblances et des différences, la solidité de sa doctrine, son goût dans le choix des exemples. De plus, ils se sentaient touchés, comme nous et plus que nous, par la vivacité de ses admirations, par cette sorte de foi communicative, qui faisait de lui le défenseur des traditions classiques. Ainsi s'explique la grande autorité dont il semble avoir joui dans son milieu et qui s'est perpétuée ensuite dans les écoles ^ Quant à son influence immédiate, qu'il ne faut pas exagérer, elle fut certainement utile. 11 contribua, pour une certaine part, à cette amélioration générale du goût et à cette sorte de restauration du souci de bien écrire, qui se manifesta alors dans le monde grec *.

Persuadé qu'il possédait à fond les secrets du style, Denys eut l'ambition de les mettre en pratique dans une composition historique de longue haleine. Ce fut

1. On a vu plus haut cjuc Quiutilien le cit»i avec honneur. Chez les Byzantins, il était devenu tout à fait ^^rand homme. Un rhéteur du xi« siècle, Doxopater, l'appelle Aiovjaio; 6 iiéya;, 6 tt); T,|X£Têpa; TÉ^vYi; xaOr,Yr,Tf,; xal 7raTf,p àyaôb; vsvôfiîvo; (JîAe/. <ji\ de Walz, t. VI, p. 17, 9).

2. Voyez F. Blass, Die. griechische Beredsamkcit in dem Zcitraum von Alexander bis auf Auguslus, Berlin, 1865, ch. vi.

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