‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 249 sur 605 · DENYS D'HALICARNASSE HISTORIEN · texte numérisé non relu

DENYS D'HALICARNASSE HISTORIEN

sans iloutc la raison principale qui lui fit écrire son grand ouvrage intitulé Antiquité romaine (TwjtxlxTrî apjf^aio^ix), c'est-à-dire Histoire primitive de Borne.

L'histoire de Rome était devenue, par suite des événements qui avaient changé la face du monde, le plus grand et le plus beau sujet historique qu'il y eut alors. D'autres Grecs, comme on l'a vu, avaient déjà raconté, depuis un siècle et demi, la série de victoires qui., à partir des guerres puniques, avaient fait du peuple romain le maître du monde. Mais l'histoire des premiers siècles, si curieuse, si riche d'enseignements, si nécessaire à l'intelligence des temps ultérieurs, aucun d'entre eux encore ne l'avait retracée on détail '. Denvs cornprit qu'il y avait là matière à une grande œuvre, el il crut pouvoir l'accomplir.

Le plan qu'il con(jut était aussi large que possible. Partant de la fondation de Rome, son récit s'étendait jusqu'à la première guerre punique, c'est-à-dire jusqu'au temps où commençait celui de Polybe-. H embrassait donc cinq siècles ; et, dans cette longue période, l'auteur se proposait de mener de front l'histoire des institutions et des mœurs avec celle des guerres et des ^l'aitcs. 11 voulait que son ouvrage fut utile aussi bien îiux hommes d'Etat qu'aux hommes de guerre, et qu'il fournît en outre une lecture pleine d'intérêt à tous les esprits curieux ^

Pénétré de l'importance de sa tache, Denys, malgré ses préoccupations littéraires, voulut s'y appliquer sérieusement. De l'an 30 à Tan 8 avant notre ère, il fut ^l'œuvre constamment pour réunir ses informations,

*• flist. prim. de R., l, ch. vm, fin.

2* Il formait 23 livr«^s. Nous possédons encore 1«js 11 jtrcmiors» à P^^ près complets, et seulement un certain nombre de fra(;mont8 des 9 derniers.

^' Util. prim. de R., I, viii.

les comparer et enfin les faire passer dans son récit K 11 déclare lui-mènic qu'il a lu et extrait les annalistes romains les plus renommes, Caton, Fabius Pictor, Valérius d*Antium, Licinius Macer, les .Elius et les Gellius, les Calpurnius, et beaucoup d'autres -; et en elle! , toute la substance historique de l'ouvrage de Denys est empruntée à leurs écrits. Il a, par là même, une valeur documentaire incontestable, puisqu'il nous a conservé, plus complètement que Tite-Live, une foule de témoignages précieux, qui représentent les traditions romaines, telles qu'elles s'étaient conservées ou créées peu à peu. Seulement, s'il a fait preuve d'exactitude dans ce travail, il n'en a pas moins manqué des qualités de jugement qui lui étaient indispensables pour le mener à bien. Ilien chez lui de cette intelligence vive et intuitive qui aurait pu suppléer en quelque mesure à l'absence d'une véritable méthode critique. 11 rapporte les vieilles fables, sans y croire, il est vrai, mais sans se montrer capable de deviner ce qu'elles conliennent de réalité. Les combinaisons mythi(|ues qui plaisent à son patriotisme rencontrent chez lui une indulgence puérile : il ne veut pas douter que les Romains ne soient les descendants d'anciens colons grecs établis dans le Latium. Nulle recherche personnelle sur ces questions d'origine; suivant pas à pas les vieux annalistes, il refait leur récit à sa manière, sans avoir plus qu'eux le sens exact de l'évolution naturelle des choses. Ses exposés de mœurs et d'institutions, clairs et bien composés, «ont sans profondeur et sans cohésion. Incapable de profiter des exemples de Polybe, il se montre aussi dénué qu'on peut l'être de philosophie politique et de vues originales, dens une entreprise qui ne pouvait s'en pas-

i. /6td., I, VII.

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