‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 311 sur 605 · DION DE PRUSE ; SON ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

DION DE PRUSE ; SON ÉLOQUENCE

îAv une tendance analogue; toute cette cosmologie >utit à montrer comment c'est la raison (toçcovoOv, to >u;i.8vov), qui mène le monde. Enfin nulle part cette liration au bien, un peu vague, mais noble, bumaine généreuse, ne se montre mieux qutî dans les discours 'rajaii sur la royauté *, où Dion représente le monarj idéal lel «pi'il le conçoit, i)ieux, juste, dévoué à ses ets, maître de lui-même, bonnéte dans sa vie privée, iiple dans sa vie imblique : en tout, l'opposé du tyran, i est nu bomme asservi k ses mauvaises passions. [In grand mérite de ces discours, c'est (pi'ils sont ou 'ils veulent être appropriés à un auditoire déterminé. Ml peut-être ne? distingue plus nettement la prédican morale de Dion de celle des pbilosopbes contempoins. (]eux-ci, dans leurs StaXs^ci;, traitaient devant un blic quelconque des sujets de morale sans application liiculière, très souvent de simples lieux communs do ilosopbie praticpnî, l'amitié, l'exil^ etc. Dion a voulu re autre cbose. iW qui lui paraît utile, c'est de signa-

à ses auditeurs, non l(»s défauts de Tbonnue en gérai, mais les Icuis, de les entretenir de leurs besoins isents, de les avertir <les dangers qu'ils courent et de ir montrer les moyens pratiques d'y parer. Voilà une Lreprise cpii à coup sur n'était pas banale. Elle supsait, de la part dere^luiquisy vouait, bien de l'adresse du courage. Or Dion s(;mble l'avoir poursuivie pennt une vingtaine d'années, avec une persistance méoire et avec un véritable succès. On est profondément uste j)our lui, lorscpi'on le confond purement et simimeut avec les pliib)sopbes beaux parleurs qui pulluent alors.

firâce à cette francbise, préoccnjjée de précision^ ses icours nous intéressent d'abord en ce (ju'ilsnous don-

. Or, 1 et 3, IIspl paitAgia;.

nent une image assez vive de la société contemporaine * ' mais ils nous intéressent aussi, et plus encore, par l ^ personnalité de l'auteur qui s'y laisse voir partout.

Cette personnalité est en partie artificielle., en parti ^ naïve. Devenu philosophe, Dion s*est évidemment pro ' pose pour modèle Socrate, cpi'il connaissait bien par Xt^nophon et par Platon; mais s'il a songé à l'imiter, c'est qu'il lui ressemblait déjà naturellement. Il y a. certes* une part d'allectation, gracieuse d'ailleurs, dans sa manière de se donner pour un ignorant, pour un honmio sans art et sans talent, bon toutefois à stinmler les autrès, à les faire rélléchir^ Dion est un charmant orat<»ur, et il ne le sait jamais mieux (|ue quand il fait semblant de rignorer. iMais tandis que ses contemporains, les Polémon et les Scopélien, étalaient leur contentement d'eux-mêmes, il dissinmle, lui, le sentiment qu'il a d<^ son talent, parce qu'au fond, sans peut-être dédaig:ner ce talent autant qu'il le dit, il en fait pourtant nioin.^ de cas que des vérités morales (ju'il veut expriinor. D'ailleurs, il y avait certainement en lui une bonhomie innée et une douceur légèrement moqueuse, qui s'ac commodaient au mieux de cette sorte d'ironie socratique p s'il s'y trouvait ainsi à l'aise, c'est que sa nature mêmes l'y portait.

Avec l'ironie, il a pris aussi à Socrate le franc-par— 1er, et pour la même raison. La sincérité lui était naturelle, et elle était nécessaire à sa mission: mais il em avait fait aussi un élément du rôle qu'il se plaisait ^ jouer, un des traits de la physionomie qu'il s'était d(m— née et qui le rendait populaire. Souvent, il la faisait ac-^ cepter par un curieux mélange de brusquerie et d'en—

1. Burckhardt, Wert des Dio Chryso^lomus filr die Kenntniss seiner' Zeil (Schwoitz. Muséum, IV. 97-191).

2. Voir en particulier tout 1? long cxorJede l'Olympique {Or. 12).

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