‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 329 sur 605 · ORIGINES DE LA SOPHISTIQUE · texte numérisé non relu

ORIGINES DE LA SOPHISTIQUE

Valeur et de sa puissance, cette ambition devint plus viv^encore. Or, entre toutes les formes liitoraîre», aucuoene lui convenait mieux que l'éloquence. Cotait celle qui se prêtait au plus grand nombre d'usage», qui metlait le plus en lumière ses représentants, qui pouvait le plus aisément rassembler en elle-même les- mérites diversde tous les genres, puisqu'elle touchait à la fois à l'hi»toire, à la jurisprudence, à la philosophie morale, à la dialectique, à la poésie même. Plus libre d'ailleurs que la poésie, plus mêlée aussi aux intérêts du jour et plUsen état de s'en servir, elle semblait répondre, d'autre part; bien plus que la philosophie ou l'histoire, à une. conception complète de la beauté, car elle faisait plue large place aux mérites de l'invention et de l'arrangement, sans parler de ceux de l'expression et du débit.. Pour toutes ces raisons, elle était comme la forme prédestinée, sous laquelle Tart hellénique pouvait espérer xenaître et fleurir encore, avec tout son éclat et toutes ses délicatesses.

Ainsi, ce furent vraiment les besoins de l'esprit grec «t la force de sa tradition qui la poussèrent au premier T'ang. Mais c'est à l'état de la société qu'elle doit ses ca«xactères propres.

Depuis la chute de la liberté grecque, l'éloquence avait déserté la place publique et avait du renoncer aux. grands sujets politiques. Pourtant, elle avait continué à* s'exercer dans les écoles, et même à se produire au dlîhors, soit en présence d'auditoires choisis, soit dans- des cérémonies, soit devant les magistrats. Mais l'école était son domicile propre. Tous ses représentants- illuiHres étaient des maîtres de rhétorique par profession, qui ne devenaient orateurs que par occasion. L'empire et la renaissance hellénique ne changèrent rien à cela. L'éloquence, privée de l'agora, eut toujours son foyer dans l'école, et ce fut de l'école qu'elle rayonna au dehors.

Son caractère ilistinclif lui vient de là. Alors même qu'elle cherche à agir, dans les assemhlées, devant les tribunaux^ dans les ambassades, ce n'est jamais une éloquence d'action, au vrai sens du mot, car elle porte sans cesse avec elle les habitudes scolaires. Le sophiste est, par délinition, un professeur qui compose des discours modèles, el, partout où il parle, sa préoccupation visible est toujours d'en composer de tels. Son éducation ne s'est pas faite au contact des hommes, dans la mêlée des intérêts et des passions; uniquement instruit par la lecture, habitué à l'approbation docile de ses élèves ou d'audileurs choisis, il ne peut avoir ni le sens de la réalité, ni cette sincérité d'inspiration qui vient du désir de faire triompher une idée juste. Quoi qu'il entreprenne, la grande affaire pour lui, qu'il s'en rende compte ou non, est de se faire admirer. Voilà pourquoi toute l'éloquence de ce temps est une éloquence d'apparat, une « sophistique » à proprement parler, qui vise surtout à paraître. Mais, telle qu'elle est, elle donne satisfaction à un besoin profond de l'hellénisme d'alors: elle lui procure l'illusion de la beauté littéraire; elle l'éblouit par des artifices prodigieux, «pii ne sont sans doute que de l'art frelaté, mais (jui éveillent chez ses admirateurs, pres(|ue autant que l'art vrai, la sensation de la puissance de l'esprit , grâce à la variété des moyens et à la surprise de l'effet.

Par ses origines histori(|ues, la sophisti(|ue se relie sans interruption à l'éloquence des contemporains grecs de (licéron. Klle procède des écoles alors florissantes en Asie et dans les îles. Xous la voyons grandir dans les Controverses de Sénècjue le père, où figurent de nombreux rhéteurs grecs ; mais ce n'est vraiment qu'à partir du règne de Néron, ou. mieux encore, après l'avènement des Flaviens, ({u'ello conunence à prendre sa place définitive dans le monde. C'est à Smyrne qu'elle jette le

cp>i>ssLni 5-.-US >'*-r.>ii rî Trà;an Kile atteint >«imi ajxxi^N^ s-^us AJri€-n- Anv-nin. Marc-Auroîe. vers le milieu %lu >ec"n«l 5ii-:Ie: pais, elle so soutient et Jun* à Iraxers les sit-olr's ïuiviinî'i. jusiju'aux derniers tem}ks Je ThelK^

ui^me.

Ses représentants sont lêirii»n. I.e premier par la date, et le restaurateur Je Tari, selon Philoslrate. fui X ikélès Je Smyrne *,, ijui se ren Jit cêlèbn^.à la fois connue professeur et comme avocat, sons les Flaviens et jusque^ sous Nerva. Véritable orateur asiatique, à la parole emphatique et sonore. Jont les Jiscours avaient quelque chose Je Jilhyrambique. — A coté Je lni.se place son Jisciple Scopélien-, Je Clazoniene, qui enseigna êgalenu'nl à Smvrne, avec un immense succès, sous les n^nes Je Domitien, Je Xerva et Je ïrajan : il fui Jépnlé par lo conseil J'Asie à Domitien pour faire lever Tinter Jiclit)n

1. Philostrule, T/W ites Soph,, I. PJ. (Vosl pri'sqiu» l'ortuiiiiMiiout le mémo que h? Ni^•ôtL'^ SuoonlDS.ilunt IMiiii» li« ,I«»iin»» suivit 1«*h loçous en mené tfmpsquf c»'lli's tli* Quinlilii-n (fc'/Ji.v/., Vl, .*»', «'I qui) Tarite mentionut» dans le Dialnffue (b*s oralntrs^ cli. \v. a. rompitstS {»rni)ahloment en SI {Diaiof/ur des or., ôd. ("nH-l/tT, Introil., p. \ii). Mais il parait plus «liffioil»» d».* riilculifuT au Nirôlôs dont Sôui^tiui» 11? père, dans s^s Controrrr.es, fait nn'Ulion conmi»' d'un inaitn» dr»jj\ renommé sous Tii>êr»*, »*t dont ilcilr d'assi^z nomi)riMi\ fraj^mcnts; car celui-là devait être né dans Ips priMiiières années <li* nolrt» ùr»J et il aurait eu par ronsiMiuont plus de î)0 ans sous NiTva, <[ui nmntii sur le trône en 9 ».

2. Philostrat«s V.S., \, il. Suidas, iixont/'.avô;. — Sur .son aniliansade pour les vi^'nes, ei»nsult»T (outre IMiilostrat^î) SuiUom», Dumi' lien, oh. vu. Sur les i)u«''si«'S df Nikétès ft d»' Sroprlianos, voir plus luin« l X.

552 CHAIMV.— SOPIIISTIQUK SOUS LES ANTONINS

dont rempercur voulait frapper la ciiUure de la vigne. — Puis, le syrien Isée *, merveilleux improvisateur, que Pline le jeune entendit à Rome, probablement sous Trajan^et dont il a vanté le talent dans une lettre aussi piquante qu*instructive.

Dans la génération suivante, les plus illustres sont Secundus d'Athènes, le maître d*llérode Atticus, puis Lollianos et Polémon.

Lollianos, d'Kphèse -, disciple d'isée, et brillant improvisateur comme lui, vint à Athènes, sous Adrien, occuper, le premier, la chaire publique d'éloquence qui venait d'y être fondée, probablement par la ville V: il y fut stratège, titre qui lui donnait le premier rang dans la cité. C'était, au dire de Philostrate, un dialecticien subtil et inventif, fécond en mots frappants qui étaient autant d'arguments, mais médiocrement habile à composer. 11 ne reste rien de lui.

Antonius Polémon *, né k Laodicée de Carie, d'une illustre famille, après avoir étudié à Smyrne sous Scopélien, s'illustra h son tour dans cette ville, comme professeur et comme orateur, sous les règnes d'Adrien et d'Antonin. Son rôle public y fut très grand. 11 eut Ihonneurd'y présider les jeux Olympiques qu'Adrien y institua. Son éloquence apaisa les discordes de la ville et fit valoir en plusieurs circonstances les intérêts de ses habitants auprès des empereurs. Inscrit par Adrien au nombre des pensionnaires du musée d'Alexandrie, il prononça devant ce prince à Athènes le discours d'inau-

1. rhilostraUî, V, S,, I, 20. Suidas, 'laavo;. lin de l'article, où il est appelé *l«Taïo; o pr.Toip vswTEpo;. Plin».*, Epht., Il, 3. Juvùual, Sal. I, 3, V. 74, et la scolie.

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