‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 330 sur 605 · PRINCIPAUX SOPHISTES DU SECOND SIÈCLE · texte numérisé non relu

PRINCIPAUX SOPHISTES DU SECOND SIÈCLE

guration de rolympieiori; qui venait d*èlre achevé. Par son faste, par les honneurs qui Tentouraient, Polémon jeta sur la profession de sophiste un éclat encore inconnu. Toute TAsie grecque se passionna pourson éloquence. Son prodigieux talent d'improvisation, la véhémence de sa parole, la puissance de sa voix, la force dramatique de son action, soulevaientdes applaudissements enthousiastes. On croyait voir et entendre en lui un autre Démôstliène. 11 fut, sous Adrien et Antonin, la gloire de Smyrne, qui se montrait presque aussi fière de lui que du souvenir d'Homère. Un grand nombre de ses discours avaient été publiés; Philostrate les mentionne, de manière à montrer qu'il les avait lus. Deux seulement sont venus jusqu'à nous *. Ce sont deux plaidoyers contradictoires dans une cause imaginaire, dont voici la donnée. Une loi d'Athènes ordonne que le père du combattant qui sera tombé le plus glorieusement sur le champ de bataille prononce Toraison funèbre des guerriers morts pour la patrie. Après la bataille de Marathon, le père du polémarquc Callimaque et celui de Cynégyre se disputent cet honneur ^. Si curieux que soient ces deux morceaux comme monuments de l'éloquence du temps, il est impossible aujourd'hui à un homme de sens de lire sans dégoût des pages où tout relFort d'un esprit singulièrement inventif et exercé n'aboutit qu'a de sottes an-

l.On les trouve, joints à divers aulresouvrages, dans plusieurs mss. de Florence, de Rome et de Paris, r|ui semblent tous dériver d'un même archétype. Le Luurenlianus 56, 1 (xiii* siècle) est celui qui s'en rapproche le plus, ('es deux déclamations ont été éditées par Henri Estienne (loOT), Prevosteau (Paris, 4586), Possin (Toulouse, 1037), Orelli (Leipzig?, 1819). Nous en avons aujourd'hui une é Jition criti«iue. durr à Hu^îoIIinck (L^'ipzip, 1873), dans la Biblioth. Tcubner. Voir aussi II. ,liittnt*r. De Polemonis vita, opcribus, arte, Breslau, 1808.

2. On cite souvent ci.s discours sous le titrt» de Oraisons funèbres de Callimaque et de CjpK^f/i/re, et le LaurenUanus o6, 1 les qualiiie de 'Etiz.x%^\oi. O'tte d(''sit,'nalion est manifestiMuent inexacte. Ce sont des discours judiciaires, par conséquent des plaidoyers.

55'k CHAP. IV. — SOPHISTIQUE SOUS LES ANTONIN'S

tithèses, à dos jeux dVsprit ridicules, à des fanfaronnades et à des hyperboles enfantines.

Un peu plus jeune que Polémon, llérode Atticus ^ surpassa en célébrité tous les sophistes de ce temps. Né vers 103, à Marathon, d'une illustre famille athénienne, il dut à son père Atticus, avec une immense fortune, le goût passionné de Télociuence. Ses maîtres furent Scopélien et Favorinus ; plus lard, il entendit Polémon et profita de ses exemples, mais il ne fut jamais son élève à proprement parler. Dès le temps d'Adrien, il occupa d'importantes fonctions publiques; ce prince lui donna la surveillance sur les villes libres d'Asie, au temps où Antonin était gouverneur de cette province. Malgré un différend qui s'était produit entre eux, Antonin, devenu empereur, lui conféra la dignité consulaire en 143. Nous ne savons pas au juste en quel temps il séjourna à Rome, mais il est certain qu'il s'y fit applaudir comme improvisateur-. Parvenu, jeune encore, au faîte des honneurs, il devint le bienfaiteur de la firèce et en particulier d'Athènes. Ses libéralités étaient immenses ; les monuments qu'il éleva excitaient l'admiration universelle. Parmi les plus célèbres, citons le Stade de l'Ilissos et rodéon. Malgré ses largesses, il eut des ennemis qui l'attaquèrent violemment auprès de l'empereur Marc-Aurèle, sans réussir à lui faire perdre la faveur de ce prince, il vécut sous son règne, comme il avait vécu sous celui d'Antonin, soit à Athènes même, soit, en été, dans sa magnificjue villa de Képhisia ^. partageant son temps entre les exercices professionnels, l'enseignement de son art

1. Philoslrato, V. >'., II, 1. Suidas, *llpwôr,;. — Vidal-Lablacho, Héf-ode Atticus, Paris, 1872.

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