Voir Zeller, Ph.derGr., t. V, p. 203 sqq
3. Dissjîrtations XIV et XV, Sur le génie deSocrate (Tlepl toO Scoxpdt- Touc Satpiovfou),
MAXIME DE TYU 583
sait décrire les mœurs, les critiquer, étudier des états d'âme délicats, nous faire sentir à la fois nos misères, nos dangers, nos ressources, en un mot nous servir de guide dans le chemin de la vie, on serait absolument déçu *. Quelques ressemblances arec Plutarque ne doivent pas nous faire illusion * : l'un est un vrai philosophe, un bon et charmant conseiller. Tautre n'est qu'un rhéteur qui parle de philosophie. Et de même, en ce qui touche aux questions religieuses, Maxime les a beaucoup agitées: il traite de la nature de Dieu, de la providence, de la prière, du culte des statues, d'une foule de choses qui auraient dû l'amener à étudier la croyance de son temps, et par suite à nous la faire mieux connaître '; mais, en fait, sauf quelques indications générales qu'on trouve aussi ailleurs, il y a peu à tirer de tous ces développements, qui restent uniformément vagues et superficiels dans leur élégance banale.
Le seul nom vraiment grand que nous rencontrions alors, sinon dans le domaine propre de la sophistique, tout au moins dans ses dépendances, est celui de Lucien. Il y a lieu de nous y arrêter plus longuement.
Lucien procède de la sophistique par son éducation et
1. I, II, IIT, [lîpiT.îovT,; ; V, "Oti k'TTixa: èx tûv icspi(rTâ9ea>v w^eXer^Oai; VI, Ilà); av ti; çO.ov itasa^ixsyâffa-.to ; XVIII, FA xbv à8ixr,aavTa àvragixr.Téov ; XXXIV. llà>;av t:; a/uîTo; eW, ; XXXVII, Eî «rjpigaX/CTai irpbç àpeTTjv Ta èYxvx)ia pLxOr.^aTa.
2. RessemManros de sujets *'t quol(jiiefois d'idées. Mais» pour apprécier ce qu'elb's cac^hent d<' dilTérences profondes, comparer, par exe.nple, 1.^ traité de Plutarque 5^;* la différence entre Vami elle flatteur, et la dissert. XX, Tifj: -/o)pi(TTéov tov xiXaxa toC çiXou.
3. VIII, El 6eoT; i^iy^LOL^oL iSputlov ; X, Tîve; a|iiivov Ktpl ôsûv îié- Xaêov, Ttoir.Tal r, ^iUvo:poil XI, El tiï 6jx6(T6ai ; XVII, T: à ©eoc xatà IlXdtTfova; XIX, Et, navrix-r,; o'jTTi;, ïvzi xï è?*T,|iîv.
584 CHAP. IV. — SOPHISTIQUE SOUS LtS ANTONINS
par certaines de ses habitudes d'écrivain, mais il s'en dégage par la vigueur native de son esprit et par Tindépendance de son caractère. C'est à la fois un reniueur d'idées et un créateur de formes. Pamphlétaire, moraliste, conteur, dialecticien,, il a une puissance intime -— qu'on ne trouve en ce temps chez aucun autre. Seul ^ peut-être entre les écrivains de la période romaine, il-f rappelle par le géin'e ceux des siècles classiques; il y a -if-' en lui de TAristophane et du Platon. H unit la grâce à m. la force, Tesprit mordant à la clairvoyance, l'ironie char- — mante à la philosophie et à l'éloquence. Tous les so- —
phistes contemporains, grands hommes pour leur pu
blic, ont disparu pour la postérité; lui seul reste vivant :t et domine son siècle. D'ailleurs, aucun plus que luin'in- — vite à penser. Il incarne Thellénisme, et il en révèle le ^ « déclin. 11 tourne avec un art merveilleux les ressources fe^ du passé à la destruction de ce (|uc ce passé avait édifié. Son importance est aussi grande dans l'histoire des ^ idées que dans celle des formes littéraires. 11 est celui i qui fait le mieux | sentir quelle était encore la force de ^ l'hellénisme et quelle était déjà sa faiblesse.
Sa vie ne nous est guère connue que par ce qu'il en a dit lui-même,, çà et là, dans ses écrits *. Né à Samosate, dans la Syrie du Nord, vers l'an 125 de notre ère *, lui
1. Suidas» Ao'jxiavb; iIafxo<raT£u;, notice insignifuinte. Pholius. cod. 128, parle de ses écrits, mais non do sa vie. — A consulter: Mees, DuLticiani studiis et scriptis JuvenUibus, Rotterdam, 1841 ; K. G. Jacob, Characierisiik Lukians von, Samosata» Hanil^ourp, 1832 ; K. F. Hermann, Zur Chnracteristik Lukians, 1849; J. Sominerbrodt, Introduction dos Ausgewahltschriflen des Lucian, Berlin, 18G0 ; Maurice Croiset, Essai sur la vie et les œuvres de Lucien, Paris, 1882.
2. Suidas le fait naître sous Trajan. La date ai)proxiuiative de 125 r«'«sulte de l'ensemble de sa vie, en particulier de» ce qu'il se donne à lui-même 40 ans dans VHermotirne, manifestement t^crit:à Athènes, lorsque l'auteur f;ut renoncé à la rhétorique, mais peu après. Or Lucien s'est fixé à Athènes vers 164. Cf. Double accusation, 32.
LUCIEN- ; SA VIE 58u
qui (levait un jour écrire en grec avec plus d'aisance, de grâce et de pureté qu'aucun de ses contemporains, il parla d'abord syrien. Ses parents étaient d'humbles gens, qui ledestinaientà un métier manuel. Comme il se montrait habile, tout enfant, à Taçonncr de petites figures de cire, on le mit en apprentissage cliez un oncle maternel, fabricant de statuettes. Son ambition visait plus haut. A la suite de quelque maladresse d'apprenti, une scène violente eut lieu entre t'onclo et le neveu ; cela décida de son avenir. L'enfant obtint de ses parents qu'on le ferait étudier'. Nous ne savons où se fit sa première initiation à rtiellénisme; il nous apprend seulement que son éducation s'acheva dans les écoles de rhétorique d'ionic; ce fut là que le jeune barbare devint, vers sa vingtième année, un Grec disert et cultivé '. S'il avait eu quelques maîtres renommés, il s'en serait sans doute fait gloire; il n'en a nommé aucun, probablement parce qu'aucun ne méritait d'être nommé. Mais ce vif esprit était de ceux qui vont d'eux-mêmes à la perfection. Au milieu de jeunes gens passionnés pour l'art de la parole, tout le stimulait et l'instruisait : il lut, il écouta, il s'exerça, il s'assimila tout ce qui s'offrait à lui; ce fut une rapide et complète transformation, qui d'ailleurs ti'altéra point en lui l'originalité native.
On lit dans Suidas qu'il fut avocat à Antioche ^ C'est par là peut-être qu'il débuta, vers 23 ans, et il put reprendre ce métier par occasion entre ses voyages. Toutefois, comme il a oublié d'en parler dans un passage