Hefmot.f c
2. Double accus,, c. 32: 'Avfipl rfir^ TexTapdxovTa ^rjri a^'^bv yï^ovoti.
HÎBt. de la Litt. grecque. — T. Y. 38
jT
les Dialogues des morts, VAtrivée aux Enfci*s (KxraTrXou;), la Nécromancie, le Charon, les Lettres Saturnales, le Cynique, le Coq, le Timon, les Tce^/a:; Lucien y marque, en traits vifs, parfois cyniques, certains aspects généraux de riiunianilé, vanité des désirs, fausses opinions sur le bonheur, poursuite ardente des plaisirs, des. richesses, des honneurs, de la gloire, dureté des riches, jalousie des pauvres, conllit des passions, naïveté incorrigible des illusions, déceptions toujours répétées eU^ ^^ toujours inattendues. La description particulière, celle<^^ '^^ qui se rapporte à certaines classes ou à certains hommes, « ^* ** a moins d'importance dans ces dialogues : elle apparaît^ « -^^^ toutefois, çà et là, dans plusieurs de ceux qui ont été ci — i ^^^ tés: mais elle remplit ïqs Dialogues des Courtisanes, dont# r ^ ^* le titre même indique le sujet; le Banquet, où Tauteur^H: *-^ ^ met en scène les prétentions ridicules, les vices, la gros — ^^^'^' sièreté et l'esprit querelleur des philosojdies du temps ;^ ^=ft*« les Fugitifs enfin et V Eunuque, deux œuvres pleines-^ '^-^ ^ d'allusions moqueuses, obscures pour nous. — Une in — ^^ï crédulité, tantôt légère et dissimulée, tantôt avouée et *• ^* hardiment agressive, fait le fond d'autres dialogues; elle '^^^ '^ perce déjà vivement dans les Dialogues des dieux, le Jugement des déesses, les Dialogues marins et Vlcaromém/)/>^; elle est plus libre encore dans les Fêtes de Cronos; elle éclate en protestations ou en moqueries bruyantes dans V Ami du mensonge, dans Prométhée ou le Caucase, dans l'Assemblée des dieux ; elle argumente insolemment dans Zeus tragédien el dans Z6^/5</ court déraisons (Zei; iX«Y70[i.£vo;). — Quelques autres dialogues traitent de sujets littéraires; ce sont : le Parasite, parodie des disputes que les rhéteurs et les philosophes soutenaient, depuis le temps de Platon, au sujet de la rhétorique ; le Lexiphane, où est tournée en raillerie la manie des Atticistes, collectionneurs curieux d'expressions oubliées, auxquelles ils font un sort dans des écrits insipides; en-
fin le Pscudologiste ou Faiseur de solécismes, contre les prétentions des grammairiens^ arbitres infatués de la correction, à laquelle ils manquent eux-mêmes sans s*en apercevoir.
Mais le dialogue est loin d'être Tunique forme sous laquelle Lucien donne alors carrière à sa verve. 11 écrit aussi de spirituelles causeries, des pamphlets biographiques, des diatribes personnelles, des parodies, des dissertations satiriques, un roman, des biographies, laissant son humeur et sa fantaisie aller en tous sens et prenclrcî toutes les formes.
Quelques unes de ces compositions se rapportent à sa vie littéraire : réponses enjouées à des compliments {A celui qui me disait : « Tu es le Prométhée du discours »); ripostes acerbes à des critiques {Contre Timarque, au sujet du mol 'A:co^pàç). D'autres, sous couleur d'avertissements utiles, semblent destinées, en grande partie, à satisfaire des ressentiments persoimels : Contre un ignorant collectionneur de livres, violente invective contre un anonyme; le Maître de Rhétorique, où Lucien prend à partie, non seulement la rhétorique du temps en général, mais un de ses représentants les plus connus, probablement Julius Pollux. Plusieurs autres sont de véjcitables instructions morales, où d'ailleurs Télément satirique ne fait jamais défçiut : tantôt il recommande de no pas croire légèrement aux mauvais propos (riepi TO'j [1.7) paStu>;7:i(7T8'jeiv SixSoXrj)j tantôt il décrit à un philosophe, tenté par l'attrait de la vie romaine, les humiliations et les misères de ceux qui se mettent au service des grands personnages (FIcpi twv etcI [AiaOû
GDVOVTOJV).
En même temps, il soutient dans divers pamphlets la guerre à la crédulité, qu'il menait si vivement dans ses dialogues. Sa Causerie avec Hésiode est une dérision de la prétendue inspiration des anciens poètes, considérés
comme interprètes des dieux. Dans les quelques pages Sur le rf^wiV (flectTcevOou;), il raille les croyances relatives aux enfers et tout Tappareil des cérémonies funèbres. La lettre narrative à Cronios Sur la mort âe Pérégrinus nous oiTre un récit satirique du suicide du philosophe cynique Pérégrinus, surnomme Protée, qui, en 165, selon, Eusèbe, se brûla volontairement aux jeux Olympiques. L'auteur, avec une verve mordante, y démasque le charlatanisme des (Cyniques, la naïveté crédule de la foule, son empressement aux apothéoses, sa foi toujours prête aux miracles. l/Hisforre vraie, une des plus amusantes compositions de Lucien, se donne ellemême pour une parodie des inventions fantaisistes communes aux poètes, aux voyageurs, à beaucoup d'historiens même et de géographes : c'est en réalité une sorte de réfutation par l'absurde de tout ce que la Grec*.' menteuse, selon le mot de Juvénal, avait osé en fait d'affîrmations paradoxales. \/ Alexandre, écrit sous le règne de Commode, contient l'esquisse satirique d'une biographie de l'imposteur Alexandre d'Abonouteichos, qui avait fondé au temps de Marc-Aurèle un oracle dans le Pont. Lucien, qui l'avait vu à l'œuvre, nous révèle ses impostures, et, en nous représentant la prodigieuse stupidité de ses dupes, parmi lesquelles figurèrent d'illustres personnages, il éclaire tout un côté curieux de la société de son temps. — C'est sans doute au même groupe d'écrits qu'il faut rapporter le roman intitulé VAne. Empruntant à un certain Lucius de Patras l'idée de la métamorphose d'un homme en âne par l'effet de la magie, ainsi que le canevas des aventures qui en sont la suite, il s'amuse de ces folles inventions, qui deviennent pour lui un thème plaisant de narrations paradoxales, quelquefois libertines, souvent très intéressantes par la peinture vive des mœurs populaires et
bourgeoises. La date de cette composition nous est inconnue *.
Une troisième et très courte série d'écrits comprend <*eux qui appartiennent, d'une manière certaine, à la vieillesse de Lucien. Ce sont d'abord deux prologues de conférences, V Héraclès et le Dionysos, fort semblables à ceux (|ui ont été déjà mentionnés. Puis V Apologie pour Ips salariés, sorte de palinodie ingénieuse, dans laquelle Lucien, rappelant le succès qu'il avait obtenu autrefois par son écrit Sur ceitr qui se font salarier, se justifie d'avoir consenti lui-même à recevoir un salaire comme fonctionnaire public. Enfin VExcuse à propos d'une mauvaise formule de salut, simple îeii d'esprit dont tout le sujet est une inadvertance de parole, un « bonsoir » dit à la jdace d'un <( bonjour ». On peut y ajouter la Tragédie de la goutte et Pied léger, ces deux parodies tragiques, qui ont pour sujet la puissance de la goutte et les vains efforts que font ses victimes pour la déjouer ou pour dissimuler sa victoire ; si elles sont vraiment de Lucien, ce qui n'a rien d'impossible, elles se placent assez naturellement en ce temps, où, malgré Tâge et Li maladie, son esprit demeurait vif, aimable, enjoué. — Quant aux Epigrammes, celles qui lui appartiennent iloivent iMre réparti^'S dans sa vie entière, sans qu'il soit possible ni dr les dater ni d'en contrôler l'autbenticité.
l.Ou sait (iu«! l.î inéino récit ii été traité en latin, non sans d'importantes variations, par Apuléo. Les deux écrivains semblent indépendants l'un d • l'autre ; mais la question de leurs rapports mutuels, et avec Lucius de Patras, est un sujet de controverses. Voir surtout : Teuiïel. i>lnd. und Characterhliken (i'éd.), p. o72; E. nohde, Veber Luchins Scluip Aojxio;, Leipzig, I8i)9; K. Bûrgcr, De LucioPù' trens'h Berlin, 1887 ; H. Dec, De raiione inter Ps. Luciani Asinum et Apul. metitmorpU., Lei len, 1891.
598 CHXP-IV— SOPHISTIOI'E SOUS LES ANTCNISS
On voit du premier coup JVpîl. on parcourant cette liste, qu'il n'y a point d'unité dans l'œuvre «le Lucien. Essentiellement mobile d'esprit et d'humeur, il a beaucoup écrit, au jour le jour, selon les occasions et les inspirations, sans dessein prémédité ni plan suivi. Et dans chacune de ces productions légères, l'influence du moment a eu toujours une importance décisive. Il va et vient dans les idées, se joue des hommes et des choses, s*amuse, se fâche, rit, gronde, déchire ses ennemis, prend parti, se contredit, le tout avec une désinvolture qui, grâce à son talent, est loin de déplaire aux lecteurs.
Il est vrai que, sous ces caprices, on croit entrevoir une certaine régularité d'évolution morale, qui après, tout, ne peut être niée. D'abord captivé par la sophistique, il y aiguise son esprit, y acquiert la Gnesse et l'élégance du langage, la souplesse de la dialectique, une étincelante variété d'idées, de connaissances, d'images. A ce régime, il devient vite et pour toujours « homme de lettres ». c'est-à-dire qu'il développe en luimême tout ce que ce mot comporte, soit en bien, soit en mal : une habileté de premierordre dans le métier d'écrivain, le goût et le besoin du succès, stimulant actif d'une nature déjà inventive par elle-nièiiie. la hardiesse qui résulte de ce qu'on est sur de soi et de son public; mais aussi une certaine frivolité foncièns qui se contentera, en fait de vérité, de ce qui suflit à jouer un rôle, sans réussir à se dégager, par une réflexion assez forte, des conventions de ce rôle même. Le fait essentiel, c'est que Lucien a eu assez d'indépendance pour sentir, vers quarante ans, le néant de la sophistique et pour s'en
LUGIEX; SON ROLE 599
létacher résolument. (IcUo rupture a décide de son ivenir vi lui a fait une plan» à part entre ses contemporains. Ktant donnée la faveur dont l'opinion entourait ilorscetart décole, une telle résolution impli(|uait une remarquable hardiesse. El cequien augmente le mérite, •'est (ju'elle provenait surtout d'une honorable révolte le sincérité. En (juitlant la rhétorique pour mettre s(m alrnl au service d'une certaine philosophie, Lucien a 3u la pensée (ju'il quittait un art de mensonge pour se lonner à la vérité ^ La déclaration de principes qu'il jette iièrement à ses ennemis dans le Pécheur est certailement l'expression du sentiment dont il a voulu faire la règle de sa vie - :
LuciKN. Je suis un homme qui hait les fanfarons et les îliarlatans, qui déteste les mensonges et les hâbleries, qui a m horreur tous les oO(juins qui en tiennent plus ou moins. Or .1 y en a beaucoup, comme vous savez.
La philosophie. En vérité, voilà une profession qui doit e valoir bien des haines.
Lucien. Tu as raison: aussi tu peux voir combien de gens me détestent et à quels dangers m'expose leur aversion. Némmoins, je possède aussi un autre art, tout opposé, qui coniiste à aimer. Oui, j*aimo ce qui est vrai, ce qui est beau, ce ]ui est simple, en un mot tout ce qui mérite d'être aimé. Seuement, je dois avouer qu'il y a peu de gens auxquels je misse fa're l'application do cet art.
Ce n'était pas le l'ait d'une nature vulgaire que de rengager ainsi devant le public par une profession do foi qui n'admettait point de retour, lit, d'une manièregé- [lérale, on ne peut pas dire cpie Lucien ait manqué à cet 3ngagement. Durant toute sa carrière d'écrivain, il n'a :essé de dire des vérités à ses contemporains; il en a lit plus peut-être ([u'aucun dos écrivains du temps. Il