‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 364 sur 605 · LUCIEN; SON KOLE · texte numérisé non relu

LUCIEN; SON KOLE

En premier lieu, il n'a guère fait que mettre en œuvre les idées des autres. Par lui-même, il n*est rien moins qu'un chercheur. La science proprement dite lui est étrangère; il n'a aucun sentiment des problèmes du nnonde moral et physique, aucune curiosité, aucun souci de s'éclairer ni d'éclairer les autres sur les questions obscures. Son incrédulité vient surtout d'une résistance instinctive de son bon sens aux chimères. Quant à la doctrine où se formule cet instinct, il l'emprunte purement et simplement à un épicurismc courant et superficiel. Ici encore, nous retrouvons l'homme doué non pour créer, mais pour mettre en œuvre, qui se montre sophiste, même quand il défend la vérité, parce qu'il la reçoit comme un thème à développer et s'occupe surtout de la rendre amusante et dramatique.

En second lieu, ces idées qu'il emprunte, on ne peut même pas dire qu'il les approprie à son temps; car, en matière de religion comme en matière de morale, s'il saisit d'un coup d'œil juste les dehors des choses, il n'en voit pas le fond. Lucien a vécu dans un siècle où se préparait, où s'accomplissait même déjà une profonde transformation religieuse de l'humanité, et il ne s'en est pas douté. Qu'il ait méconnu l'avenir du christianisme en particulier, qu'il l'ait considéré comme la folie de quelques exaltés et de beaucoup de naïfs, cela n'a rien d'étonnant : les meilleurs esprits du temps s'y sont trompés. Mais sans deviner quelle forme allait prendre le mouvement qui se manifestait alors dans les profondeurs de la société, il semble qu'un observateur attentif devait tout au moins le reconnaître et le signaler. Or c'est là justement ce qui manque le plus à son œuvre de satire religieuse. 11 note des détails, il les met en scène spirituellement, mais les grands faits lui échappent. Pour lui, toute la philosophie de la critique, en face des manifestations de la croyance ou de la crédu»

lilé coiilcmporaine, se ré<liiil à ceci : qu'il y a dans le monde des charlalaus et des dupes, que la majorité des hommes, par goiit du merveilleux, se prête au mensonge el ne demande qu'à être trompée. Voilà tout : cette demi-vérité le contente, ('/est là le fond de Vlncrédule, de la Mort de Pérégrimis. de Y Ami du mensonge, comme des dialojjues relatifs à la mythologie et à la religion. Donc, l'àme de ses contemporains, alçrs même qu'il pense la décrire, ne lui est vraiment pas connue. Il ne se rend coïupte ni de la force du sentiment qui obligeait un Plutarqm» ou un Marc-Aurèle à interpréter les vieilles traditions pour en extraire ce qu'elles contenaient de vraiment religieux, ni de l'inquiétude d'esprit qui poussait un exalté tel (|ue Pérégrinus à une sorte do folie, ni enlin de l'incertitude de la foule, se demandant où elle devait porter le besoin confus qu'elle avait d'espérer et d'aimer. Lorsqu'on songe à tout cela, les pamphlets do Lucien se rapetissent singulièrement., quel qu'en soit d'ailleurs le mérite de prestesse et d'élégance.

Tne failih» partie seulement de Tceuvre de Lucien se rapporte à la critique litléraire. Il n'y a pas lieu d'insister longuement sur les principes qui y sont soutenus, (le sont ceux d'un homme de goût qui n'approfondit pas plus les cpiestions littéraires que les questions morales (m religieuses, mais qui dépiste les ridicules avec une (inesse et une indépendance remarquables. Lucien a signalé, dans la littérature de son temps, la plupart des défauts que l'abus de l'imitation et le goût de la virtuosité y produisaient. Il a senti la frivolité de la rhétorique, la vanité de ses artifices, son charlatanisme : il a noté le ridicule des prétendus historiens pour qui l'histoire n'était (ju'une matièn; de discours et de narrations scolain»s: il s'est raillé des Atticistes, adonnés au culte

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