‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 450 sur 605 · PHILOSTRATE L'ATHÉNIEN · texte numérisé non relu

PHILOSTRATE L'ATHÉNIEN

riiiracic et opc'^ralion divine; et. en conséquence, le surnaturel était le fond même de la vie de son personnage, tel qu'il le concevait. Du moins, ce surnaturel aurait pu avoir sa beauté, s'il n'eut été que la manifestation merveilleuse d'une nature vraiment supérieure. Mais il aurait fallu, pour dégager cette supériorité, que le biographe eut lui-même une raison élevée et une grande î\me. Sophiste de nature et de profession, il n*a su faire de son héros (|u'un sophiste insupportable.

Les huit livres dont se compose son récit nous racontent surtout les voyages d'Apollonios. Après quelques renseignements rapides sur sa naissance, son éducation, sa jeunesse, l'auteur nous conduit avec lui à travers toute l'Asie jusqu'aux Indes, où il séjourne parmi les sages et est témoin de toute sorte de merveilles (1. I — III). Au IV® livre, nous sommes en lonie, puis en Grèce, puis à Kome. La prédication morale du sage, son influence, sa doctrine y sont superficiellement indiquées: les dehors que lui prête le biographe sont ceux d'un thaumaturge, et c'est par là qu'il croit le grandir. Le livre V nous conduit d'abord à (îadès, d'où nous revenons en Orient, pour assister dans Alexandrie à une consultation fabuleuse : Vespasien, encore simple général, prend conseil d'Euphrate, de Dion et d'Apollonios sur la politique présente et future. C'est l'occasion première de l'inimitié d'Euphrate, dont il est fréquemment question dans les derniers livres. Dans tout cela, le rôle d'Apollonios demeure aussi médiocre. Le VI'* livre est presque entièrement consacré à son voyage en Ethiopie : il y rencontre les Gymnosophistes, dont la sagesse lui paraît fort inférieure ix celle des Indiens. De là. il revient en Asie, puis en lonie au temps de Titus et de Domitien. Dans les deux derniers livres (VII et VIII ), Domitien est empereur, et l'au- Icur veut nous montrer l'attitude héro'ique d'Apollonios en face du tyran. Dénoncé par Euphrate pour ses libres

76G GHAP.VI.— DE SEPTIME-SÉVÉRE A DIOGLÉTIEN

propos, il vient à Rome, est jeté en prison, comparait (levant Domitien et lui lient tète, puis rompt miraculeusement ses liens et quitte l'Italie librement. Ses dernières années se passent en Grèce et en lonie, où il meurt sous Nerva.

En composant cet ouvrage fade et prétentieux, Philostrate ne paraît pas avoir songé le moins du monde, comme on l'a supposé, à donner à la société païenne une sorte d'évangile ni à opposer ApoUonios à Jésus *. Pas un mot dans son livre ne laisse soupçonner pareille intention. Mais le rapprochement devuit se produire do lui-même à son heure. Le néo-pylhagorisme mystique, ascétique. Ihaumalurgicjue, apparaissait là comme un idéal réalisé, dans le cadre d'une biographie merveilleuse, qui prétendait être historique, et qu'on acceptait pour telle. La forme même du récit, en ce qu'elle avait do sophistique, répondait au goût du temps *. Il était fatal que le paganisme, lorsqu'il chercherait un livre à opposer aux évangiles, choisît celui-là. C'est ce qui fut fait à la lin du iii® siècle par un certain Hiéroclès. gouverneur de liilhynie. dans son Pliilalélhès^. Celte tentative, et la réfutation qu'en a composée Eusèbe, ont

Page 1