LE ROMAN
rioJo; ridée de la puissance du liasard (tu/tj) s'était assise profondéinent dans les esprits. Une fois maîtresse dtîs imaginations, elle les a mises en élat d'accepter avec plaisir le spectacle d'événements incohérents, pourvu (pfils donnassent lieu à des péripéties et à des coups de théâtre.
C'est avec ces trois éléments, amours d'élégie, conventions d'école, goût des péripéties, que s'est constitué le fonds du roman grec. Ces origines rendent raison de sa faiblesse, native et de sa pauvreté. .N'étant pas sorti de l'observation, il a manqué de réalité. Au lieu de s'attacher à l'étude de la vie et de la transporter dans des fictions qui en auraient mis en lumière certains aspects choisis, il n'a jamais fait que coudre les unes aux autres des aventures aussi monotones que compliquées et y mêler des discours d'amour, trop souvent fades et subtils. lia eu, du drame, certains caractères extérieurs, le mouvement, les surprises, et il en a de bonne heure reçu le nom (Spajta, Sfa;jt.xTUov). Mais ce qui donne au drame sa force, à savoir une action naturelle résultant des caractères, est précisément aussi ce qui lui a le plus manqué. Parfois seulement, certaines qualités de grâce et de finesse ont pu se faire jour dans ce genre faux et ont créé quelques œuvres aimables, dont une, par exception, s'est classée dans l'opinion de la postérité au rang des petits chefs-d'œuvre. C'est qu'une heureuse inspiration a rapproché alors la fiction de la réalité, et lui a communiqué un peu de cette vérité humaine, sans laquelle l'art littéraire n'est qu'un jeu de sophiste. Mais cela même ne semble pas avoir été le résultat d'une évolution régulière, d'un progrès normal, plus ou moins continu. L'histoire du roman grec semble, elle aussi, soumise aux caprices du hasard. 11 est vrai que la chronologie en est mal fixée, que les éléments d'information sont encore très insuffisants, et que par suite
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celle histoire se réduil pour le moment à une ébauche assez confuse.
^ C'est vers le milieu du i^^ siècle de noire ère que se place l'apparition du premier ouvrage où se montrent réunis les caractères constitutifs du genre *. Cet ouvrage, dont un fragment a été retrouvé récemment en Egypte sur un papyrus, était une sorte do roman historique, composé au plus tard vers l'an 50 ap. J.-C, peut-être plus tôt, et (|ui avait pour sujet, semblc-t-il, les amours de Xinuset deSémiramis-. Bien que le fra*rment soit court, nous voyons que l'Iiistoire y était traitée avec une extrême liberté. Ctésias, probablement, avait fourni à l'auteur une aventure d'amour; il la développait à sa manière, en conversations, en descriptions, en récits, .\inus était pour lui un jeune gar^^on doué des meilleures qualités ; sa Sémiramis ne devait pas être une jeune fille moins accomplie. Sur cette donnée, on pouvait disserter, raconter, discourir, créer des incidents de toute sorte, en un mot mettre en œuvre tous les procédés de l'école, et c'est sans doute ce qu'il avait fait.
Au mémo temps, à peu près, semble appartenir le roman d'Antonius Diogène intitulé les Merveilles d'au delà de Thulé (Ta Oicâo QojXtjV àîciGra), en 2+ livres ^ — La date en est déterminée approximativement par les faits suivants. Lucien, selon Photius, Ta imité dans son Histoire vraie ; il a donc été écrit au plus tard vers
i. Bien entendu, cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu antérieurement d'autres ouvrages analogues. Le roman a pu prendre naissance un siècle ou deux plus tôt, sans que nous en saisissions la trace.
2. Ce papyrus appartient à la section égyptienne du musée de Berlin. Il a été décrit et analysé par U. Wilcken dans VHermtiy 1893, 2« fasc.
3. Photius. Bibl.^ 166 ; E. Rohde, Gnech. Rom,, p. 254 sqq. ; Pauly» Wissowa, art. Anloniu» Diogenea, t. I, p. 2615.
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le coinniencoment du second siècle *. D'autre part, le prénom romain de l'auteur ne permet pas de le faire remonter beaucoup au delà de l'ère chrétienne. Et, dans ces limites, la vraisemblance semble indiquer de préférence la fin du 1*' siècle, soit parce que l'auteur se montre en communion d'idées avec la forme du néopythagorisme dont Apollonios de Tyane est le représentant par excellence, soit parce que sa langue dénote déjà l'influence de Tatticisme renaissant ^. — Nous ne connaissons plus l'ouvrage que par le sommaire qu'en a donné Photius ^ Son principal intérêt est de nous mon-/ trer le genre romanesque empruntant son cadre à la litJ téralure des voyages fabuleux. Dire que le roman ait ei^ besoin de cet emprunt pour se constituer ne serait pas exact, puisque nous venons de le voir, vers le même temps, s'incorporer à l'histoire. Mais il est incontestable qu'un fond géographique et descriptif laissait plus de liberté au romancier qu'un fond historique. Donc Tceuvre de Diogène marque une date et ouvre une voie. Au reste, elle l'ouvre assez maladroitement. L'élément géographique et fabuleux y prédominait, comme le titre l'indique, sur l'élément psychologique. L'arcadien Dinias était censé y raconter un invraisemblable voyage autour du monde, non seulement jusqu'à Thulé, mais bien au delà vers le nord, jusqu'au voisinage de la lune. A ces fables se mêlaient mille aventures, notamment ses amours avec la tyrienne Derkyllis, dont les interminables malheurs, partagés par son frère Mantinias, étaient racontés tout au long. Selon Photius, l'auteur avait su prêter un air de vérité à ces inventions, que recommandaient en outre la clarté du style et l'agrément du