Ilercher, ouv. cité, II, p. LXIV
2. Voir dans Hinck, ouv. cité, p. 40, le discours du maître accusant son esclave d'adultèr»', et, p. t9, la description du cortège du roi de Babvlone.
792 GIIAP.VI— DK SEPTIME-SÉVÈRE A DIOGLÉTIEN
succ(»s de son livre. Les nombreuses citations de Suidas attestent qu'il demeura populaire jusqu'au x* siècle au moins.
V^ Nouveau progrès avec Xénophon d'Ephèse S qui semble appartenir au m® siècle. Si nous étions plus surs des dates, c'est à ce moment, et par le fait do cet écrivain, que nous pourrions considérer le genre comme définitivement constitué. Malheureusement, la seule raison qu'on ait de croire que Xénophon a écrit au ni* siècle, c'est que, d'une part, les caractères de son style et de son œuvre ne permettent guère de le faire remonter plus haut, et que, d'autre part, il paraît ignorer la destruction du temple d'Kphèse. qui eut lieu sous Gallien, en 263. Rien de tout cela n'est bien probant ni bien précis, même en ajoutant qu'il semble avoir mis à profit l'œuvre de Jamblichos, et qu'il a été imité à son tour par Iléliodoreet par Chariton, ainsi que par Aristénèle -. Son roman est intitulé Récits éphésiens relatifs à Anthéia et à Babrocomès (KaTa "Avôeiav xai 'AêfoxopiV 'EçeçiflDtol Xoyoi). ou, par abréviation, les Éphésiaques, ('E<p£<7txxx) '. 11 a pour sujet les amours du bel Ilabrocomès d'Ephèse et de la jeune Anthéia. ou plutôt les tristes aventures qui les séparent aussitôt après leur mariage et qui ne prennent fin (|u'avec le roman lui-même. Ces aventures, en elles-mêmes, sont analogues à celles qui remplissaient les Babi/loniques) mais voici la nouveauté du livre. D'abord, elles ne se passent ni dans des
1. Suidas, Zevoçûv 'Eçlaio;. En dehors de cette notice, qui ne nous apprend à peu près rien, nous n'avons aucun renseignement biographique sur Xénophon.
2. E. Rohdo, Gr. R., \). 388 ot suiv. Cf. Schnepf, De imitalionis ratione inter Heliodorum et Xenophonlem Ephesium, Kenipten, 1887.
3. Dans le texte que nous possédons, il forme cinq livres, qui conduisent Taventuro jusqu'à son dénouement. Selon Suidas, il formait dix livres. Il est donc possible, mais nullement certain, que notre texte représente une édition abrégée. E. Hohde, p. 401.
LE roman; XÈNOPHON D'ÉPHÈSE 793
pays lointains ni dans un temps fabuleux. Le lieu de la sct^ne est le littoral de la Méditerranée, lonie, Rhodes, Chypre, Cilicie, Syrie, Egypte, Sicile et Grande Grèce. Le temps, sans être strictement déterminé, est celui de l'empire romain ; Tadminislration impériale apparaît çàet là. \ un monde fabuleux a donc succédé le monde réel. En outre, si les événements continuent à se produire au hasard, du moins il y a effort pour resserrer le lien moral des situations, en donnant plus d'importance aux volontés des personnages principaux. Ilabrocomès, avant son mariage, a offensé Eros par ses dédains ; la colère du dieu le poursuit, tandis qu'Apollon, Artémis et Isis prêtent leur appui aux deux victimes. Puis, les deux jeunes époux se sont juré l'un à l'autre de se rester (idèles, quoi qu'il arrive; et la plupart des dangers qu'ils courent résultent précisément de l'observation volontaire de ce serment. Par là, un intérêt plus vif s'attache à eux : ce ne sont pas simplement des jouets de la destinée, ce sont des cœurs passionnés, qui obéissent à des sentiments nobles et profonds. Il y a d'ailleurs, dans \c récit, sinon des portraits vivants, du moins certaines esquisses assez nettes. Si l'auteur avait su serrer de plus près la réalité, le roman de mceurs eût été créé. Mais il lui manquait pour cela la puissance qui donne la vie. Son récit, léger, rapide, d'un tour assez élégant, est superlîciel jusqu'à la sécheresse. 11 n'approfondit rien, ne détache rien avec vigueur. Dans l'expression même de sentiments vrais et touchants, il se contente des conventions faciles de l'école. En cela, bien qu'il s'exprime dans un langage souvent négligé, qui n'est ni altique ni même classique *, Xénophon est sophiste de tradition ; son plus grand mérite, comme écrivain, consiste à éviter la prolixité vide, trop commune en ce siècle.