E. Rohde, p. 403, note
y Du même temps à peu près semble dater le roman
anonyme A' Apollonius de Tyr, qui a fait, comme on le sait, brillante fortune à travers le moyen âge et jusqu'aux temps modernes K Le texte grec en est perdu: et nous n'en possédons plus qu'une traduction en latin vulgaire, du vi^ siècle probablement, qui Ta sensiblement altéré en lui donnant une couleur chrétienne *. Le sujet est une série d'aventures merveilleuses dont le héros est un jeune prince tyrien, nommé Apollonius, qui voyage, résout des énigmes, échappe à mille dangers, épouse la fille d'un roi de Cyrène, puis la croit morte et fait jeter son corps à la mer dans un coffre, perd aussi sa fille ïharsia, la retrouve, bien des années après, en lonie ainsi que sa femme, et finalement devient roi (rAntioche, de Tyr et de (iyrène. Plusieurs détails semblent empruntés aux Ép/irsiaques, ou dérivés de source comnnme '. En outre, on est frappé d'une certaine res semblance générale, qui tient soit à la nature des événements et au théâtre de l'action, soit à la forme sèche et superficielle du récit. Mais les motifs moraux v sont moins nets, moins prédominants, et l'action est de nouveau située en un temps vague, dans une société quel-
1. Siiij:or, Apulli'nius von Tij'-^n, V nU^r^xichuug ueber das Fortle- Lhmi vlos antikvu Romans in spuotr-ren Zeit»^n, HaUe, 1896.
2. Voir surtout la préface* de A. Ries^\ en télé de son édition : Bish-mi AfU'tl.-'iu Yv .< Tv.. Leipzig:, 1^1; i* édition. fS93. — Cf . E. Rohde. *f'-. R. t'. ♦M^vl suiv., . *. Pauîy-Wissowa, Apoiionivs. n* SS. L*e\islo:K*e d'un 'ri^iii-il gr-c. quoi-ju» certaine, ne se fon-ie smr aucun témoigna.:- î'^ siîif. On i\i ioiuii- d'al»ord des heUénisom qn'on a cru rUv-er Làiis '. latin .;.;i traducteur (voir A. Ries^. prêfaO'. ; co:;tr--«i:t lar Lî.Iii.a'.ri. C-':^^ Sp •achf unti Êûritik tie^ Imlti- Kis:\e^ Al' .".'.'* :i*,< R.:i-\i, Si-i-r. l'^*'! . Elle résulte sart«:*at de la naîur-:- v.ie:.;-.- d- Tvuvr-. - L-.s re:t.àL> -m'/r^ts en gr-^ vulgaire lui on: vU :.'.ir> .":.-; Irs Fy^Aii-.ir.s ivr:v-nt de la truductioB latin- Kr^ ./. a:!; r, B> j. I.lt.r.. 5 iTi .
i, KivSv. Pr f.» ■-•. se.'c:. .- r '.it: ::i. : . WI. Selon KrumKacher \Byr. Lit- ra::;r ^- s': . ^ i3I . 1 :.-.::..: .:r s- rai: au coatriire X^nc-
LE roman; HÉLIODORE 795
conque. Si Jonc le roman d'Apollonius est postérieur aux Éphésiaques, on ne peut pas dire qu'il marque un progrès du genre, malgré son succès, dû en grande partie au merveilleux plus ou moins pathétique dont il abonde.
L'œuvre la plus considérable qu'ait produite dans la littérature grecque l'imagination romanesque est celle dMIéliodore, intitulée les Éthiopiques (At6io:ruà) ou Théaycne et Chariclêey en dix livres. Il n*en est d'ailleurs aucune où se découvre mieux, sous des qualités réelles, et en raison même de ces qualités. Timpuissance radicale de ce temps à dégager le principe de vérité (|ui seul aurait pu donner au roman une solide valeur.
L'auteur s'est nommé lui-même à la On de son livre : « Héliodore, phénicien, d'Émèse, de la race du soleil, fils de Théodose » ^ Selon l'historien Socrate, qui écrivait dans la première moitié du v* siècle, « on disait » que cet Héliodore n'était autre qu'un évêque de Tricca en Thessalie, auquel il attribue l'origine d'une coutume propre à cette province *. La forme même de ce témoignage ne permet pas d'en faire grand cas. De nos jours, Rohde a démontré qu'il devait être absolument rejeté : Icsyrien Héliodore ne peut avoir rien decommun avec le chrétien en question ^Retenons donc seulement, du dire Je Socrate, qu'il a écrit nécessairement avant la fin du iv^ siècle. Mais son œuvre, connue Rohde l'a fait voir, a une couleur néo-pythagoricienne, qui convient sur-
1. Nous n'avons aucune notice sur lui. Nos seuls renseignements sont ceux f|ue nous discutons dans le texte.
2. Photius, cod. 73, s'exprime de même : tovtov hï (Héliodore) x«l è-ïtiTxoTC'.xov Tu-/eîv à^itofiaTo; ûuTepov 9aiTi. — Nicéi)hore Callistos, qui écrivait au xiv^ siècle son Histoire ecclésiastique, en sait plus lonp^. Il raconte (XII, 34) qu'Iléliodore, ayant composé les Éthiopiques dans sa jeunesse, fut sommé par lo synode de Thessalie, lorsqu'il était évé(iue, de les supprimer ou d*al)andonner l'épiscopat. Il se tlémitde ses fonctions plutôt ([ue de brûler son œuvre.