Rohde, Griech, Hom., p. 432 sq
796 GIIAP.VI.— DE SEPTIME-SÉVÉBE A DIOGLHTIEX
tout au siècle où la F/V (tApollonios de Tyane par Philostrale clait lue avec «lévotion *. On peut ajouter qu'on y sent aussi linfluence Je cette sorte de religion homérique qui se manifestait si curieusement dans XHémque de Pliilostrale de Lemnos -. En outre, quoique Tauteur transporte l'action au temps où TÉg-ypte était une province perse, l'idée qu'il nous donne de l'Ethiopie, la mention des Axiomites, alliés de ce royaume, semblent se rapporter à l'état de choses que nous laisse entrevoir l'histoire dans la seconde moitié du m* siècle. Ainsi enfin s'expliquerait la prédominance qui e.st donnée dans l'œuvre tout entière à la religion du soleil^ fort en honneur, comme on le sait, au temps de l'empereur Aurélien (270-273).
Le fond du roman est l'histoire d'une jeune princesse d'Ethiopie, abandonnée dès sa naissance par sa mère, la reine Persina. Transportée à Delphes et, là, élevée par le grec Calliclès sous le nom de Calliclée, elle s'éprend du beau thessalien Théagène; tous deux s'engagent Pun à Pautre. Pour obéir à un oracle, ils quittent Delphes sous la conduite du sage égyptien Calasiris. et, après plusieurs aventures, sont jetés par un naufrage en Egypte, aux bouches du Nil. Là^ils deviennenl vraiment le jouet de la fortune. Xous les voyons aux mains des pâtres-brigands, ou Doucoles, établis dans les marais du Delta: puis à Memphis; tantôt rapprochés, tantôt séparés: exposés à de terribles dangers, surtout par suite de la passion qu'Arsacé, femme du satrape d'Egypte, Oroondatès, conçoit pour Théagène. Ils v échap-
1. Le souvenir ]»récis de oftt ouvrage se retrouve peut-être dans la façon dont sont représentés les Gymnosophîstes d'Ethiopie, qui ressemldent fort aux sages Indiens de Philostrate.
2. Voir en particulier le passage du I. II relatif aux ^nianes. à Achille, à Néoptolôine et à Théagène, leur descendant; ou encore» au 1. V, l'apparition d'Ulysse à Calasiris.
LE roman; HÉLIODORE 797
peut pourtant et arrivent en Ethiopie^, où régnent les parents de (^alliclée, le roi llydaspe et la reine Persina; mais ils y arrivent prisonniers et inconnus; et c*est seulement lorsqu'ils vont être immolés au soleil que la reconnaissance attendue a lieu. Tout se termine par le mariage des deux fiancés, qui ont su se conserver purs jusque là, et qui reprennent alors leur rang.
Si cel étrange tissu d'aventures manque absolument de vraisemblance intime et de liaison naturelle, on ne peut nier qu'il ne se recommande d'ailleurs par plus d'un mérite. L'ampleur du développement et la variété des épisodes s'y concilient avec une babileté de composition que nous n'avions pas encore rencontrée dans ce g(;nre. Non seulement l'auteur nous jette dès le début in modias res, mais, jusqu'à la fin, il sait soutenir l'intérêt, nouer et dénouer des (ils qui s'entrecroisent, et il conduit des événements compliqués de fatjon à nous donner l'impression d'une marcbe continue vers le dénouement; ce qui ne l'empécbe pasd'y introduire, quand il le juge bon, d'adroites péripéties, qui rejettent tout à coup son lecteur dans l'inquiétude. Il a en outre le don de décrire et d'animer. Que l'on compare à cet égard ses personnages à ceux de Pbilostrate dans la Vie d' Apollonius, sa supériorité est éclatante. Il est vrai que ses deux héros. ïhéagéne et Chariclée, sont les moins vivants de tous, car ils n'ont presque rien de personnel. Mais, chez ses personnages secondaires, les traits intéressants ne manquent pas. Le sage Calasiris, le brigand Thyamis, surtout l'ardente et impérieuse Arsacé, se détachent avec un certain relief sur le fond du récit. Et cette mémo imagination, quilesanime, apparaît aussi dans la représentation d'un grand nombre de scènes et dans mainte description. Les tableaux d'ensemble, les cortèges, les cérémonies sont traités avec une habileté de main qui a son prix.
798 GHAP.VI.— DE SKPTIME-SÉVÉRE A DIOGLÉTIEN
Mais, il faut bien le dire., ce sont justement ces qualités qui accusent la faiblesse constitutive de l'œuvre el, par suite, le vice ilu temps. L'imitation, le convenu, les habitudes do recule ont étouffé chez lléliodore une originalité qui peut-être, en un autre siècle, aurait pu se développer. Sans cesse, il se souvient, au lieu d'observer, et il copie, au lieu de créer. Son roman est plein de réminiscences d'IIomtîre et des tragiques : il est plein aussi des lieux comnmns delà sophistique. Rien n'y est traité avec le goût simple de la vérité. Une fausse élégance, une fausse poésies, un faux idéalisme, une fausse sensibilité, voilà ce qui enveloppe tout. Et le style luimême a ce caractère, de manquer profondément de sincérité : il est, pour ainsi dire, entre la poésie et la prose, artiliciellement fabri(|ué avec des souvenirs, avec des éléments épiques et des éléments attiques, auxquels se mêlent, çà et là, des solécismes et des barbarismes, dus sans doute à l'origine syrienne de l'auteur.
Après lléliodore. Thistoire du roman grec se continue pour nous. — faute sans doute de beaucoup d'œuvres disparues. — par les récits d'Achille Tatios et de Çha^ riton de Lampsaque '. Le temps oii ils ont vécu l'un et l'autre ne peut plus être sûrement déterminé ; mais on incline à les rapproch(M* plutôt du v siècle que du in*. Comme d'ailleurs le roman, entre leurs mains., peut passer pour le prélude du roman byzantin, nous réservons l'étude très sommaire de leurs œuvres pour le chapitre où nous jetterons un coup d'(ril sur la dernière épo(|ue de l'hellénisme. — Au contraire Ja pa&tûr4le de Longus, bien que nous n'en connaissions pas mieux Ta date, procède d'un elfort de création qui la rappro-
1. Suidiis (Sevoçdiv) c'ilo en outre doux romanciers du nom do Xénophon, l'un (rAntioclie, l'iiutro de Chypre, dont nous ne savons d'ailleurs ri«'n.
LE roman; LONGUS 799
che dos œuvres dont nous venons de nous occuper. Mieux vaut ne pas l'en séparer dans notre étude.
Par ses origines, la pastorale romanesque se rattache à l'idylle bucolique des Alexandrins. Elle a dû naître des souvenirs de Théocrite, de Bion et de Moschos; et, en un certain sens, elle peut être considérée comme une résurrection de ce genre disparu, sous la forme nouvelle d'un récit en prose. La période de l'empire, par suite du développement de la vie urbaine, avait vu, dès ses débuts, so ranimer le goût des fictions rustiques. La philosophie du temps, détachée par principe du luxe et des habitudes mondaines, secondait cf^ mouvement spontané des esprits. Musonius, au premier siècle, recommandait l'agriculture et le séjour aux champs comme la meilleure vie et la plus saine. Dion de Pruse, un peu plus tard, se plaisait, dans son Euboïque, à peindre les mœurs pures et simples de deux familles isolées au milieu des bois et vivant là de la chasse ou du travail de la terre. Xatunîllement, les purs littérateurs, toujours à lairùt de la mode, suivaient. Alkiphron vers le milieu du second siccle, Elien, au début du troisième, composaient des lettres de campagnards. La sophistique mettait au nouïbre de ses exercices, soit les lettres de ce genre, soit les descriptions de sites pittoresques. A quel moment au juste entreprit-on pour la première fois de transporter cette uïode dans le roman ? nous l'ignorons. Pour nous. Id^uvre de Longus est à la fois la première et la dernière deson espèce, et nous ne savons môme pas quand elle fut composée.
L'auteur semble avoir été un sophiste, originaire de Lesbos ^ On a cru pouvoir conjecturer, sans preuve bien solide d'ailleurs, qu'il a fait quelques emprunts à Alkiphron et qu'il a été imité à son tour par Achille Tatios 2;