Roh<le, Griech. II., p. .")02 sqq
ce qui le placerait après le second siècle et avant le cinquième. Son oeuvre, intitulée Daphnis et Chloé (Ti xaTàAà(pvivxalX).orjv), comprend (juatre livres. Bien que la célébrité de Touvrage ne doive pas nous en faire exagérer la valeur réelle, cette célébrité est loin d'être entièrement imméritée, et elle demande à être expliquée.
Ce qu'on ne peut refuser à Longus, c'est d'avoir mieux discerné (|u'aucun autre romancier grec la vraie nature du roman. Au lieu d'en faire un récit d'aventures, chargé d'incidents et de coups de théâtre, et d'en promener l'action de pays en pays, il l'a conçu comme une peinture de nururs cl de sentiments, presque dénuée d'événements, et enfermée dans un même lieu. Innovation excellente. A vrai dire, cela lui était à peu près imposé par la nature même de son sujet : la pastorale est essentiellement sédentaire; si les bergers qu'elle met en scène voyageaient, ce ne seraient plus des bergers, et le récit cesserait par là même d'être une représentation de la vie rustique. Le cadre enchaînait doncle narrateur, et ce fut pour lui un grand bonheur.
Au lieu de décrire des pays inconnus et des merveilles de convention, Longus nous met sous les yeux la campagne de Lesbos, aux environs de Mitylène : des champs, des bois, des montagnes, une grotte avec une source consacrée aux Nymphes, et le rivage de la mer. Ses descriptions ont beau être prétentieuses et maniérées, elles sont cependant prises dans la réalité; et ce qu'il y a en elles de vérité rachète leur élégance apprêtée. L'auteur a de l'imagination: il voit les choses, il s'entend à les grouper et à en dégager l'impression poétique. Chacune des saisons, qui forment comme les actes de son drame, est finement caractérisée; il sait en noter non seulement l'aspect et le décor, mais l'influence morale, pour ainsi dire, c'est-à-dire la manière dont elle modifie l'action secrète que la nature exerce