‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 475 sur 605 · LONGUS · texte numérisé non relu

LONGUS

sans cesse sur l'homme. Les scènes champêtres qu'il invente, ou (ju'il imite, ont un charme réel. Ce sont de toutes petites choses, mais qui plaisent. 11 nous intéresse a la construction d'un piège à sauterelles préparé par Chloé, à l'accident de Daphnis tomhé dans une fosse à loup, à la vendange, à la tristesse de l'hiver qui sépare les jeunes amants, à la description d'une maison de paysan où l'on fait hon feu pendant que le vent glacé souFlle au dehors, à la simple peinture de deux vieux arbres revêtus de lierre, abri hospitalier où les merles et les grives se réfugient en foule, tandis que le soi est couvert de neige. Tout cela est précis, vivant, amusant. Les événements proprement dits sont loin de valoir ces jolis tableaux de genre. L'enlèvement de Daphnis par les pirates, sa délivrance miraculeuse par le dieu Pan, la guerre entre Mitylène et Méthymne ne peuvent guère passer que pour de médiocres inventions. Mais ces événements sont peu de chose dans le récit, et ils n'en altèrent pas le caractère général.

Sur ce fond de réalité, les sentiments aussi devaient nécessairement se rapprocher de la vérité. Par malheur, c'est ici que le défaut capital de l'œuvre apparaît. Le vrai sujet était la peinture d'un amour ingénu qui naît et se développe; et ce sujet, délicatement traité, était charmant. Mais rien n'est plus difficile à peindre (jue l'ingénuité pour qui en manque absolument. Comment un sophiste, même heureusement doué, n'aurait-il pas gardé toujours et partout ses habitudes de raffinement? C'en était assez pour tout gâter. En outre, ce qui semble avoir le plus tenté Longus dans la peinture qu'il entreprenait, c'est, il faut bien l'avouer, son côté scabreux. Sans doute, le trouble des sens, les désirs obscurs et inquiets y avaient leur place marquée; mais il ne convenait ni qu'ils fussent sans cesse au premier plan, ni surtout que l'auteur conduisît ses deux personnages,

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802 GHAP.VI.- DE SEPTIME-SÉVÈRE A DIOGLÉTIEN

de rignoranee à la pleine connaissance, par une série melliodique d'inilialiuns gradures. Là est le vice intime de son œuvre, ce qui en fait un livre suspect, et ce qui lui a valu auprès de ses nonibreux lecteurs un succès d'assez mauvais aloi. Vice moral et vice littéraire en même temps, (^ar non seulement l'auleur s'arrête avec complaisance àjdes scènes libertines, mais il prête simultanément à ses héros une ignorance prolongée ol une cmiosito incessante qui sont contradictoires. Xous sentons qu'il va, dans ces inquiétudes qui saualysenl si savanunent, dans ces plaintes raffinées, et surtout dans ces recherches malsaines, quel(|ue chose de faux, qui a la prétention d'imiter la nature et qui en réalité la sophistique*. La traduction d'Amyot, revue par Paul-Louis Courier, a bien pu atténuer pour les lecteurs franç;ais les défauts du style de l'original, lui prêter une apparence de naïveté et de simplicité qui est très éloignée de son vrai caractère ; elle ne fait pas disparaître cette tare native, qui est la manpie d'un âge de décadence.

La poésie du m® siècle, si pauvre qu'elle soit, ne peut pas être ici entièrement passée sous silence. Mais c'est lui faire toute la part qu'elle mérite que de la caractériser en quelques mots. Dans tous les genres, elle continue très obscurément celle du siècle précédent, sans rien innover, sans rien rajeunir, vide d'idées et de sentiments, dénuée d'imagination, et. bien souvent, n'avant plus même pour elle la correction ni l'élégance de la forme.

1. Liro à ce suj«*t S. Marc Giranlin, LlUérat. dramat., IV, ch. lui, on se défiant pourtant d'une certaine exagération qui s'v fait sen- Ur.

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