‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 482 sur 605 · DION CASSIUS · texte numérisé non relu

DION CASSIUS

recourir, pour y suppléer, soit h VHistoire abrégée composée au xii* siècle par Jean Zonaras, qui a mis grandement à profit l'ouvrage de Dion Cassius^ soit à quelques autres compilateurs byzantins, qui l'ont également utilisé.

Quel fut au juste le dessein de Dion lorsqu'il entreprit cette œuvre immense? C'est ce qu'il est difficile aujourd'hui de déterminer avec certitude, car nous n'en possédons plus le début, où l'on doit supposer qu'il s'expliquait sur ses intentions. Mais il semble bien, à vrai dire, qu'il ne se soit formé aucune conception originale du rôle de l'historien. Il ne se propose de suivre spécialement ni l'histoire du développement de la puissance romaine, ni celle des institutions ou des mœurs, ni enfin celledes idées. Il n'a voulu que refaire ce qu'on avait fait avant lui, avec la prétention de faire mieux. Ce mieux, dans sa pensée, consistait à la fois en une information plus étendue et en une narration plus vivante. Alors même qu'il n'aurait pas parlé de son travail de préparation, prolongé pendant dix ans, nous en devinerions le sérieux et la durée, rien qu'à voir la solidité de son récit. Toutefois, dans cette préparation même, il n'a rien changé aux méthodes traditionnelles. Il a lu avec soin, comparé, critiqué les uns par les autres les historiens des différents âges de Rome, les Latins tels que Varron, Salluste, César, Asinius Pollion, Tite-Live, quoiqu'il les nomme peu ou point, sans doute aussi les Grecs, tels que Polyhe, Denys d'Halicarnasse; mais il ne parait pas être remonté jusqu'à leurs sources ni avoir cherché à les compléter ou à les corriger par l'étude des mémoires, des correspondances, des archives, des monuments. L'enquête historique n'a donc fait entre ses

1. J. MellKT, Beilrdge zur Neuordninuj der Fragmente desDio Cassius (Sitzungber. «1. bay. Ak. d. W., philos, und hist. Cl., 1889).

mains aucun projjrès. Elle est de valeur moyenne^ précieuse encore pour nous par rabondanci> et le bon choix des détails, mais bien moins curieuse et suggestive qu«* celle de Plutarque par exemple. Le souci do Texactitude, chronologique et géographique, atteste la conscience de Tauteur. Dans la dernière partie de son ouvrage, très mutilée, Dion parlait, souvent en témoin, des choses qui s'étaient passées de son temps. Ce qu'il en dit présente un intérêt particulier. Mais cela est exceptionnel. D'ailleurs, Dion a de véritables faiblesses d'esprit : les songes et les présageas deviennent pour lui des événements graves, et il en nmltiplie les relations jusqu*au ridicule. En dehors de cela même,, son esprit, naturellement judicieux, manque de hauteur et de pénétration. 11 no sait ni s'élever librement au dessus des préjugés et des partis pris, ni embrasser l'ensemble d'une époque ou le rôle total d'un homme d'Etat, ni dégager les grands traits d'une figure historique. Son récit est sensé, substantiel, instructif, d'une exactitude générale très probable; on se dit, en le lisant, qu'on n'est pas trompé; mais on n'a pas le sentiment d'être pleinement et vivement éclairé sur beaucoup de choses obscures qui seraient pourtant importantes à connaître.

Comme il fallait en ce temps qu'on imitât toujours un des grands auteurs classiques, Dion avait pris Thucydide pour modèle *. Nous venons de voir de combien il s'en est fallu qu'il lui ressemblât dans la partie scientifique de sa tache. Un ne peut pas dire qu'il soit beaucoup plus près dt» lui comme écrivain. Ses qualités littéraires semblent pourtant avoir été très estimées de ses contemporains et des lettrés des siècles suivants.

Photius loue la noblesse de son stvle, le choix de ses

1. Photius, cod. 71: 'Ev 2k txÎ; or,aT,voptx:; ...iJiîpLr,TT,; 0o*jx*j€:&«\), «^■riv sî Ti -po; TÔ (jaf£TT£pov ir'^pV t/sSov tï xiv xoî; aXXoi; Govixv»2:St^C

DION GASSIUS 813

ox pressions, la construction savante de stîs périodes et leur rythme, la clarté générale de son langage; et ces éloges ne sont pas entièrement immérités. Dion, préparé par une éducation littéraire très soignée, s'est appliqué à écrin' dans une langue classique, sans recherche sophisti()ue et sans affectation d'atticisme *. L*allure générale de son récit est simple : on le lit sans effort, souvent même avec plaisir. Mais, au fond, son art n'a lien de vraiment distingué. Des narrations monotones, .>ans traits vigoureux, sans vivacité, sans imagination; des réflexions quelquefois insignifiantes, toujours dépourvues d'accent et de relief; une certaine sécheresse, qui se fait sentir partout. Comme Thucydide et les historiens classiques, il insère fréquemment des haran- LTues dans son histoire. Plusieurs de ces compositions m» sont pas sans mérite : on cite, comme intéressants pour l'historien, les deux longs programmes d'administration qu'Agrippa et Mécène sont censés développer devant Auguste au livre LU. Mais en général ces morceaux de prétendue éloquence sont singulièrement fastidieux. Dion n'a aucunement le sens dramatique qui donne la vie aux personnages. 11 n'a ni assez de philosophie pour dégager les idées essentielles d'une situation, ni assez d'art pour les mettre en valeur. Faute de ces 4[ualités, ses harangues, décolorées et prolixes, ne sont J rop souvent que des hors-d'œuvre.

Moins connu aujourd'hui que Dion, llérodien lui est au moins égal en mérite, (|uoique son œuvre n'ait ni la même étendue, ni la même importance historique-. Xous

1. Dion, 1,2: "Oti xaxaAXie7:r,pLévot;, ê; ôaov y& xal xà tzpifiLOLxa, iitl» cpe'|/e, Àdvoi; x£-/pT,{ia:. Gela u'onipécho pas d'aiUeurs qu'il n'y ait <:h«.'Z lui «les expressions et des formes non classiques.

2. llérodien, I, ch. xi, 5 v.t II, ch. xiv, 7. 11 est superflu, après «:ela, de faire r«.Mnar<iuer (ju'HOrodien l'historien no doit pas être

814 GHAPVI — PE SEPTIME-SÉVÉRE A DIOGLÉTIEX

voyons, par son propre trmoignag^e; qu'il elait déjà en âge d'observer à Li mort de Marc-Aurèle en 180, et qu'il vécut au delà de 2.j0. Un peut donc circonscrire approximativement sa vie entre 163 et 2r>.j. Xons ignorons son pays; mais il est certain qu'il se rejiardait conune chez lui en Italie K II déclare avoir exercé des charges impériales ou publiques, ce qui donne à penser qu'il dut être quelque chosr comme avocat du lise ou procurateur impérial, et qu'il parvint peut-être ensuite à de plus hau tes charges, mais sans parcourir la carrière des honneurs -. Son ieuvrc atteste qu'il retjut une éducation littéraire des jihis soignées. Il semble avoir entrepris d'écrire lorsipi'il était déjà âgé, vers 250, avec l'intention d'end)rasser dans son récit les soixante-dix ans qui s'élaient alors écoulés depuis la mort de Mare-Auréle^ Kn réalité, il ne dépassa pas l'année 238. date de Tavénementde (iordien III.

L'ouvrage d'ïlérodien est proprement une liistoire des successeurs de Marc-Auréle (Tr,; [J-erx Mxcxov Pa^xi/eii; içToptai); elle conïprend huit livres, division qui est marquée par l'auteur lui-même. Son dessein, il nous le dit, a été de raconter les actes des empereurs dont il avait eu connaissance directement ^. Celait donc la personne des souverains (juil avait en vue plus c|ue les ilestinées de l'empire; et, en fait, son ouvrage a un caractère biographicjue. (|u'on est en droit de regretter

«•«jiiforuhi, ooinino il Ta éli; autrefois par Sylhiir^; et par d'autres. îiv«n* lo t^raiinnairi»!!! Hérodien <lont nous avons parlé plus liaut. i, II, ch. ir, 8, £v T>, xa9' i\Lii vr,. Cf. JII, ch. viii. 10. spectacles «m'il a vus à Ilunic sous Septinic-S«''VtTr. Ju^î«'n»t:nt sur les Grecs, III, ch. ir. 7.

2. 1, ch. II, 5. : "I\tt; 6' o>v xai Ttiipt jx£T£t-/ov èv [ixaiXtxaî^ r, Sr,|i,o<r:at; •jïtT,pe(jiac; v£vô(i£vo;.

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