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se rattachent ctroileinent à l'exégèse proprement dite ; car ce ne sont en somme que des commentaires de textes de l'Ecriture, et on y retrouve toujours la même méthode d'interprétation allégorique. Mais ces commentaires ont été donnés à l'église, non dans 1 école, devant un auditoire plus mélangé, et auquel n aurait pu convenir un enseignement trop savant. Us ont donc quelque chose de plus libre,, ils visent à édifier et à toucher en même temps qu'à instruire, et par suite le ton en est a.ssez différent. Il ne lest pas encore autant que nous le voudrions, et la préoccupation dogmatique y demeure beaucoup trop prédominante. En somme, ce qui recommande surtout ces discours, si on ne les juge qu'en littérateur, c'est une sincérité qui exclut toute fausse rhétorique.
Origène a été aussi un apologiste et un polémiste *.
Le plus connu peut-être do ses ouvrages et l'un des plus considérables est la Réfutation de Celse (Kxri KsXcou), en huit livres. Il a été question plus haut du Discours vrai composé par Celse au siècle précédent. Lo succès de ce livre, qui était une attaque en règle contre le Christianisme, semble avoir été grand. Origène, sur le désir de quelques-uns de ses amis, entreprit de le réfuter. Il prépara d'abord ce travail à loisir, puis, en 210 ou 249, il se décida à l'achever rapidement et à le publier. Nous le possédons encore. C'est une véritable Défense du C/tristianisnte, qui louche à tous les points essentiels. Ecrite avec modération et dignité, elle intéresse par le sentiment qui l'anime, par la gravité des questions po-
1. Eusèbo, Jérôme, Rufiii mentionnent ilo lui diverses controverses avec les h6réti(}ues et un traité contre Valontinien {Diaiogus adversus Candidum Va/entinianum). On lui a aussi attribué, mais à tort, cinq dialogues contre les Gnostiques, réunis sous lo titre commun Adamantil dialogus de recta in Deum fide, qui semblent dater du commencement du iv siècle ; Ilarnack, p. 478.
85V CIIAP.VI.— DE SliPÏIME-SÉVÊRE A DIOGLÉTIEN
sées, par les idées et les informationsdont elle est pleine. Quelques-uns (1rs grands colés du Christianisme sont heureusement dégagés et mis en lumière. Origene montre par exemple avec force comment la philosophie grecque s*est trouvée trop savante pour la niasse de Thumanitc ; et. quand Celse reproche au christianisme de vouloir substituer la croyance aveugle à la raison^ il répond avec justesse que la simple croyance, quoi que nous fassions, a une part énorme dans la vie intellectuelle de chacun de nous, et que, d'ailleurs, le christianisme s'était fait, lui aussi, une philosophie. Ajoutons que beaucoup d'assertions légères et inexactes, avancées par Celse, sont relevées à propos. Mais, si ces mérites donnent à l'ouvrage une valeur réelle, qu'il est loin d'avoir perdue avec le temps, ils n'empêchent pas, d'autre part, que les défauts ordinaires à l'auteur n'y soient très sensibles. Ce qui y nianque le plus, c'est une composition méthodique :ce n'en était pas une que de suivre l'ouvrage de Celse pas à pas ; les redites, les lenteurs y abondent ; on y voudrait surtout quelques pensées maîtresses, capables d'organiser en un tout cette masse d'arguments.
Si, de cet aperiju sommaire, on veut dégager maintenant un jugement d'ensemble sur l'œuvre d'Origène, il semble qu'il y ait lieu defaireressortir surtout la disproportion, si frappante chez lui, entre l'activité de l'esprit et l'art littéraire. Cette insuffisance de l'art serait de peu d'importance, après tout, si elle n'atteignait aussi le fond des choses. Mais ici, comme toujours, quand l'art manque dans une œuvre de l'esprit, c'est que la pensée n'y est pas arrivée à son achèvement. Si elle était assez profonde, assez puissamment coordonnée, assez dépouillée de tout ce qui l'alourdit et l'alfaiblit, elle serait belle, alors même que l'auteur n'aurait pas cherché à Tembellir. Ce que nous avons sous les yeux n'est que
l'ébauche d'une grande œuvre. Et s*il en est ainsi, c'est que le christianisme, en ce temps, n'était pas encore assez hellénisé. Déjà, il avait emprunté beaucoup à la Grèce; mais le temps n'était pas encore venu, où, sur de lui, il allait lui demander, non seulement sa philosophie, son érudition, ses méthodes de recherche, sa dialectique, mais aussi le moyen de faire valoir tout cela, c'est-à-dire son éloquence.
Après Origène, et jusqu'à la fin du m* siècle, nous ne trouvons plus, dans la littérature chrétienne, que des écrivains secondaires. Ce serait sortir du cadre de cet ouvrage que de les étudier en détail. Essayons seulement, en groupant les principaux d'entre eux, de caractériser en quelques mots les tendances qu'ils manifestent.
Notons d'abord la persistance de l'école, dite catéchéiique, d'Alexandrie, héritière directe d'Origène et, par lui, de Clément et de Pantamos. Elle se continue par lléraclas, par Denys le Grand, par Piérios, Théognostos, Sérapion, et Pierre qui meurt martyr en 311. Presque tous les écrits de ces docteurs sont perdus. Les plus importants fragments proviennent des œuvres du second d'entre eux, Denys le Grand, qui fut le chef de l'école de 248 à 265 ; et ceux-là même intéressent plus l'histoire du dogme et de la discipline ecclésiastique que celle de la littérature K D'une manière générale, cette école d'Alexandrie reste fidèle à l'esprit d'Origène, très attachée au sens symbolique et très pénétrée d'hellénisme, bien qu'un certain nombre de ses maîtres rejet-
1. Ils ont été ronsorvés par Eusébe, dans son //i*/. ecclésiastique.
tent d'ailleurs ou même combalient (]uelques opinions particulières d'Origène L
Dans le même temps, on voit apparaître à Antioche une série d'autres docteurs qui s'inspirent d'an esprit différent et qu'on a pris Thabitude de grouper pour cette raison sous le nom d'école d'Antioche *. Tandis que les Alexandrins sont platoniciens et allégorisants, ceux-ci relèvent plutôt d'Arislote et inclinent, dans Texégèse, vers le sens littéral. Cette tendance prend corps dans la seconde moitié du ni** siècle avec le savant Lucien de Samosate, qui enseigne alors à Antioche et subit le martyre en 311 ^ liui aussi, comme Origène, s'occupe d'établir le texte des Ecritures, et, comme lui, il l'explique. Et c'est à l'esprit général de son interprétation que se rattachera, au siècle suivant, l'Arianisme.
En dehors même de l'école, l'Origénisme divisait les esprits. Un des plus remarquables disciples du grand docteur alexandrin fut Grégoire dit le Thaumaturge. D'abord païen, il entendit Origène à Césarée de Palestine en 231, fut gagné par lui au christianisme, et resta son auditeur et son élève jusque vers 239. Un peu plus tard, vers 240, il devint évêque de Xéocésarée dans le Pont ; c'est là qu'il passa la fin de sa vie et mourut vers 270 *. Ses œuvres, en grande partie perdues, comprenaient des traités dogmatiques et des homélies, dont nous n'avons pas à nous occuper. Mais il y a peut-être quelque intérêt à signaler son Discours sur Origène (Et; 'Q^v^ivrcé icpo(7f(«>yY)Tuo; xai TravTiyuptxô; àoyo;), prononcé solennellement en 239. au moment où il se séparait de son maî-
1. Bar.lenhewer, % 30; Biitiffol, p. 480-187. Lchuiauu, Die Katechetenschule zu Alexandria, Leipzig, 1896.