‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 518 sur 605 · L'ARIANISME · texte numérisé non relu

L'ARIANISME

complu dans une métaphysique abstraite, médiocrement intelligible à la masse. Mais^ peu à peu, sous l'influence de la théologie savante du ni' siècle, on en était venu à sentir le besoin de définir avec précision les notions essentielles delà foi. C'était maintenant de la nature même du Christ qu'il s'agissait. L'Arianisme, poussant jusqu'au bout les doctrines que Lucien d'Antioche avait ébauchées au siècle précédent, faisait du fils de Dieu une créature, et par conséquent tendait à restreindre la part du mystère dans la croyance fondamentale. Par suite, l'opinion d'Arius devait plaire à beaucoup d'esprits tempérés, qui, volontiers, auraient a rationalisé » la foi le plus possible. L'orthodoxie s'y opposa résolument : elle jugea qu'en interprétant mal la tradition, Tarianisme faisait déchoir le Christ du rang où la révélation évangélique l'avait placé. La question ainsi posée ne pouvait manquer de remuer Tàme de tous les croyants. Pour les orthodoxes, c'était l'objet le plus cher de leur adoration qui était en péril, c'était le Dieu même de l'évangile qu'il fallait défendre contre des blasphémateurs. Mais pour les Ariens, c'était la raison qu'ils sentaient compromise par des affirmations téméraires; et, avec la raison, c'était la notion même de Dieu, le monothéisme, pour tout dire, qui semblait compromis. En fait, il y avait là quelque chose de plus qu'un débat de théologiens : deux tendances d'esprit contraires étaient en présence, et le sujet qui les mettait en lutte était de nature à exciter des sentiments ardents. Comment une telle lutte n'aurait-elle pas exercé son influence sur la littérature? De part et d'autre, il n'était plus possible de s'enfermer dans l'école. Il fallait agir, combattre, persuader tantôt les peuples, tantôt les évoques, tantôt les empereurs, solliciter, accuser, se défendre. En un mot, l'éloquence était appelée à renaître, parce que les causes qui la rendent nécessaire venaient de se reproduire

dans une soci«'lé où depuis longtemps elles avaient cessé d'agir.

Il est bien regrettable (|ue les œuvres d'Arius aient disparu ^ Cet homme (|ui agita tout TOrient ne pouvait être un esprit vulgaire. Né en Ij'bye vers 260, ce fut dans les premières années du iv« siècb» qu'au sortir de l'école de Luci<»n d'Antioche, il devint prêtre à Alexandrie. Vers 313, et jus(|u'(»n 318. il y prêche avec éclat, et ses doctrines s<» précisent dans son esprit. Alors comniencc»nt pour lui les lulles ««l les misères. Alexandre, son évé(pje. et le diacre Athanase s'élèvent contre riiéréliïpie. 11 esl chassé d'Alexandrie, con<Iamiié en 325 par le concile deNirée et par tlonslantin, malgré l'appui d'un certain nombre il'évécpies d'OrienI : il vit pendant on/e ans dans l'exil, en lllyrie: puis Constantin change de dispositions à son égard : Arius est rappelé et va rentrer dans son église, lorsipi'il m<'urt en 336. Xous ne possédons plus de lui cpie deux lettres -. Son principal ouvrage, intitulé le Banquet (HtxAeia), a entièrement disparu'; c'était, à ce (ju'il send»le, un exposé de dogme plus populaire que savant *: Arius aimait en effet à s'adresser au peuple, dans la pensée sans doute que la simplicité môme de sa doctrine lui plairait, et il avait conqiosé des chants populaires, où il énonçait ses opi-

nions V

1. Biographie d'Arius, voir l'art. Arius, 11, dans Pauly-Wissowa. Arius nous est connu par b'soi'uvres d'Athanaso et par les écrivains ecclésiastiques, notaninimt Sozoniènc, Socratc et Philostorp»'.

2. Lottnj à Eusél»»' do Nicomédi»* (Épiph. Hér., 69, 6 ; Théodoret. 1, 5); Lottro à Alexandre, évêqu»; d'Alexandrie (Épiph.. 69, 7j,

3. Socrat**, I, 9, Ifi ; Sozomèno, I, 21. Voir IJarnack, Gesch, d, AUchr. Lit., p. 531-2.

4. Certain(>s parties en étaient rliantées. Selon Athanase, Arias y avait imité, quant au rythme, le i>oôto Sotadcs.

5. Chants de meuniers, de bateliers, de voyageurs (Philostorge, ïïist. ecci, II, 2).

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Mais si Arius, et en général la littérature de l'arianisme, nous sont fort mal connus*, leur principal adversaire, Atlianase^ est, au contraire, une des figures les plus en lumière du iv® siècle *.

Xé vers 295, à Alexandrie, il y reçut, sous l'influence de son père, l'évéque Pétros, à la fois le zèle ardent de l'orthodoxie et l'éducation classique. Tout jeune encore, il se donna au service de l'Eglise. L'évoque Alexandros l'ayant ordonné diacre avant Tàge ordinaire, il devint bientôt l'adversaire décidé d'Arius. Au concile deNicée, en 325, où il avait accompagné son évoque, nul ne contribua plus que lui à formuler le dogme de la <( consubstantialité » (ôiiooucta), dont il peut être regardé comme le représentant et le défenseur par excellence ^. Élu évèque d'Alexandrie le 8 juin 328, il commença presque aussitôt cette vie de luttes incessantes, qui devait se prolonger pendant quarante-cinq ans. Constantin, qui l'avait d'abord protégé, l'exile à Trêves en 335, après la condamnation prononcée contre lui par le concile de Tyr. 11 rentre dans Alexandrie en 337. Mais

1. Aétios, représentant do Tarianisine extrême; fragments de son S'jvTaYJiitiov dans Épiph., Uérës., 76, 10. — Astérios, Athan., Disc. c. les Ariens, I, 30. — Akakios le Borgne, successeur d'Eusébe comme évèque de Césarée do Palestine; fragments dans Ëpiph., Hérés., 12, 6, il. — Eunoiiiios, disciple d'Akakios ; fragments dans les écrits contradictoires de S. Basile, do S. Grégoire de Nysse.

2. Les sources biographiques, pour Athanase, sont d'abord ses propres écrits et son panégyrique par Grégoire de Nazianze ; puis la traduction latine d'un fragment d'une histoire do sa vie, composée peu après 383, dite Historia acephala (Sieverts, Zeilschrifl fiXr die huitor. Théologie, 1868, p. 148); la traduction syrienne d'un Avertissement qui a été composé pour la collection des Lettres pastorales d'Athanase (A. Mai, Nova Pat rum bibliotheca, t. VI, 1" part.) ; les extraits d'une Vie du grand Athanase, dans Photius, cod. 258; enfin une courte et insignifiante notice dans S. Jérôme, De viris illiistrifjus, 87. — Étude d'ensemble : E. Fialon, Saint Athanasê, Paris, 1877.

3. Sozom., I, 16 : ID.eïTtov sîvai ïto^t (lipo; t^; uep\ taOta PouXt;;.

Constance, favorable aux Ariens, se montre son ennenrii: pcut-ètre redoulail-il aussi l'ascendant dont Athanasc^ grâce au peuple et aux moines, jouissait en Egypte; il l'exile de nouveau en 339. Athanase, chassé d'Orient, trouve faveur en Illyrie à la cour de Constant II: il aiïermit la doctrine niceenne en Occident, prend part, en 3i3, au concile tenu à Sardique.. en Thrace; eniin^ grâce à l'appui énergique de Constant II, il obtient de rentrer à Alexandrie en 3i6. 11 y reste, cette fois, dix ans. Mais, en 336, se sentant menacé par la haino de l'empereur, il est obligé de fuir, se cache au désert, où il vit en proscrit pendant cinq ans. Le décret de Julien qui faisait cesser toute persécution pour cause d'opinions religieuses le ramène dans sa ville épiscopale en 361. A peine y est-il de retour que l'empereur, alarmé do sa puissance, écrit, en 362, une lettre pleine de colère pour ordonner do le chasser d'Egypte (Lettre 6; cf. Lettre 51). Jovien le rétablit dans ses honneurs en 364. Mais, quelques mois plus tard, l'avènement de Valens, arien décidé, l'oblige à fuir de nouveau. Toutefois une réconciliation se fait bientôt entre eux, et désormais (de 363 jusqu'à sa mort, en 373) Alhanase peut demeurer paisiblement dans Alexandrie. Les lettres que S. Basile lui adressait vers ce temps montrent de quelle autorité il jouissait alors dans l'Église. C'était une sorte de patriarche et d'arbitre, dont l'opinion faisait loi *.

L'activité littéraire de cet homme ardent ne fut guère moindre que son activité politique ^ Beaucoup de ses écrits sont perdus; beaucoup de ceux qui lui sont attribués sont d'origine incertaine. Ses ouvrages d'exé-

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