ATHANASE
gèsc sur la Bible et le Nouveau Testament, dont il ne reste que îles fragments, peuvent être négligés ici, ainsi que plusieurs traités dogmatiques. Pour nous, Athanase est tout entier dans quelques écrits caractéristiques: son Discours contre les Hellènes (Aoyo; xari 'KK^.rym) complété par un Discours sur l'Incarnation (Aoyo; -spî -r/iç ivavO:ii)7r/;<7c(i); toj Aoyou), en tout deux livres, écrits avant 318, que S. Jérôme appelle, d'un titre conwxinïi, Adversum geyiles libri duo; son Apologie contre les Ariens y ('A-oXoyYiTix.6; xaTx 'Acsiavôiv) écrit en 330 ; ses quatre Discours sur les Ariens (Karx 'ApeiavàJvXôyoi TSTTapsç), composés dans le désert, de 336 à 3G1, pendant la proscription de l'auteur; son Apologie à l'empereur Constance (de 357), où il se défend contre diverses imputations politiques et religieuses ; sa Biographie de S. Antoine, du même temps, panégyrique qui n'a pas eu peu d'influence sur la vie ascétique en Orient: ir^îi Justification t/e *« /i«7tf, probablement de 338 ; V Histoire des Ariens, lettre secrète adressée la même année aux moines d'Egypte, où est retracé le développement de l'arianisme depuis 333 (le début, relatif aux années antérieures, manque) : \d, Lettre sur les Sf/nodrs (de Rimini et de Séleucie), écrite en 349; enfin un recueil de Lettres pastorales, dont nous ne possédons plus qu'une traduction syrienne, découverte en 1847. Dévoué à une idée, qu'il a, plus que personne, discutée, définie, élucidée, Athanase doit être considéré d'abord comme penseur. Toutefois, dès (ju'on veut lui attribuer ce titre, on sent le besoin de l'expliquer. La pensée, chez lui, n'est plus, comme chez un Plotin ou un Porphyre, curieuse, ouverte et accueillante, empressée d'aller librement à la recherche de toutes les opinions et de toutes les connaissances, pour en tirer quelque» parcelles de vérité et les unir ensuite dans un ample système. Cette largeur d'esprit, cette sympathie, vraiment hellénique et humaine, pour toutes les tentatives
de la raison et toutes les inspirations du cœur, cette disposition, foncièrement libérale, qui fait la grandeur du néoplatonisme et atteste si heureusement chez ses représentants la perpétuité de la belle tradition grecque, tout cela est en dehors de sa nature. Par sa tendance dominante, il procède plutôt du judaïsme orthodoxe. Au lieu d'étendre la croyance, de l'assouplir et de la varier, il la resserre et la raidil . Son elfort tend à constituer une formule si arrêtée, si précise, qu'elle exclura désormais tout jeu de la pensée. La philosophie proprement dite ouvre des voies, lance le plus qu'elle peut rintelligence vers rinconnu; Athanase, lui, vise à la captiver pour jamais, en fermant d'avance devant elle toutes les routes de la recherche. Ce nest pas simplement un orthodoxe, c'est l'orthodoxe par excellence : il a pour génie l'esprit même de l'orthodoxie.
Seulement, son orthodoxie n'est pas celle qui se borne à accepter le dogme, c'est celle qui le crée; et voilà où se révèle sa puissance. Dès sa jeunesse, quand il écrit contre les Hellènes, la vigueur de sa pensée éclate. 11 ne s'attarde pas, comme trop souvent les apologistes antérieurs, à des vues populaires et superficielles; il va au fond des choses. Très au courant de la philosophie contemporaine, il sait fort bien que les Hellènes éclairés mettent sous les noms des dieux tout autre chose qu'un polythéisme grossier, il ne méconnaît pas qu'ils dégagent du monde visible une hiérarchie de forces divines, descendant par émanation de l'être absolu. Mais c'est justement ce qu'il leur reproche. Nourri de la Bible et de l'Evangile, épris au fond de simplicité, il ne veut pas de ces intermédiaires inutiles entre Dieu et l'homme; sa logique et sa foi écartent ces chimères, qui d'ailleurs retiennent encore l'àme humaine dans le monde des sens; il exige qu'elle aille droit au Dieu unique, de qui tout procède. Cliose remarquable, ce logicien a un sens