‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 525 sur 605 · lloxaliôniéron, V · texte numérisé non relu

lloxaliôniéron, V

Ce maître fin, aimable,, tout préoccupé des besoins Je son auditoire, se retrouve dans le discours sur la manière de profiter des auteurs profanes. Et nous vovons là. de plus, certains traits (jui caractérisent sa manière propre dans la direction morale. L'étude de la question à discuter y est, à vrai dire, 1res superficielle. Sur le fond des choses, rien ou presque rien. On voudrait entendre dire à l'orateur qu<'. seule en ce tenijis, la lillt'rature grecque profane était capable de former Tespril au raisonnement, de lui donner le goût du vrai et du beau, le sens de Tordre, de la mesure et <le la liberté, qu'enfin elle était indispensable pour le meubler d'idées et de connaissances, pour le mettre en contact avec l'humanité ; toutes choses que ni la Bible ni l'Evangile ne pouvaient faire. Hasile était trop intelligent, il avait trop réfléchi, pour ne pas sentir au fond révi<lence de ces vérités. Mais il ne vent ni h»s faire voir, ni les voir lui-même. Avec une habileté, à demi inconsciente, qui se fait illusion à elle-même, il détourne ailleurs son attention et celle des jeunes gens qu'il veut instruire. Selon lui, les enseignements de l'Ancien et du Nouveau Testament sont trop éblouissants et trop profonds pour qu'on puisse les regarder d'abord. La littérature profane a pour office d'accoutumer les jeunes intelligences à la vérité, de leur donner une première teinture de la morale; et voilà tout. On s'en sert ainsi, sans la glorifier. Quant à la manière même de s'en servir, Basile n'est guère plus précis en l'expliquant : il faut laisser le mal et prendre le bien; mais qui fera co choix? Ci)mment? Il ne le dit pas. Donc, la théorie fondamentale du discours est insuffisante, étroite, ou vague; et, si on la scrute rigoureusement, on croit y sentir un esprit qui n'a pas toute saliberté, ou qui manquede hardiesse. Mais il faut songer qu'un grand nombre de chrétiens zélés

voïilaicnt alors rejeter toute littérature profane ^ Or l^isile, sans les combattre en face^ travaille à ruiner leur induc^nce. Comme ces ennemis de l'antiquité se plaraient surtout au point de vue moral, il fait de même. Et il montre comment cette littérature profane, qu'on décrie, est pleine d'exemples, de préceptes, de faits historiques ou d'anecdotes, qui sont propres à élever Tame, à l'instruire de ce qui est bien et beau, à la libérer de ses servitudes naturelles, en un mot à préparer l'Evangile. Cette démonstration, il la fait d'un ton affectueux et familier, comnie un père qui parle à ses enfants, sans pédant isme, avec une abondance agréable de souvenirs, de citations et d'exemples, laissant aller sapensée en une sorte de causerie caressante, où la gravité du prêtre se mêle à la bonne grâce de Thomme d'esprit.

Il a le même art de plaire et d'animer toute chose, mais avec plus de liberté, plus de force et de véritable éloquence, lorsqu'il traite des sujets moraux. Là encore, on peut être tenté souvent de trouver qu'il ne va pas assez au fond des choses, qu'il ne cherche pas assez à découvrir la racine secrète des vices qu'il censure, qu'il n'éclaire pas d'une lumière aussi vive qu'un Hossuet ou qu'un lU)urdalouo les replis cachés du cœur. Son intuitirm est plus rapide que profonde. Mais, si l'cm fait de telles réilexions, c'est après coup. En le lisant, on est charmé par la vivacité de son imagination, qui met en scène les hommes avec leurs vices, qui décrit, en satires spirituelles et graves, les mœurs du temps, qui nmltiplie les peintures frappantes et vivantes, sans grossir les choses outre mesure. 11 ne semble pas se complaire aux exagérations faciles. Plus simple que Grégoire de Nazianze, plus modéré que Chrysostome, il ne parle que

i. (irôjï. <lo Xaz., {Klof/e fun. de S. Basile, p. 321, c Morell) dit, en parlant <lorin>>tructiou i>rofanc' : "Hv ot 7:o).>.o\ XpiaTiavâ>v ôiaîcxûoyaiv, fc>; èi:t6oy).ov xxl a^ aXspàv xa\ BcoO rôppco paA>.ouo'av, xaxôiç £Î56t£;.

pour instruire, sans désir secrolde se faire valoir, sarb entraînement d'orateur enivré par sa propre éloquence Mais, dans ce qu'il dit, il met toute son ame, sincère, ardente, généreuse, et, au fond, douce et indulgente dans sa véhémence même. « (Juand je lis ses discours sur les mœurs et la manière de bien vivre, disait Grégoire de Nazianze. mon Ame et mon corps se purifient : je deviens comme un instrument harmonieux, qui. frap|)é par l'esprit, célèbre la gloire et la puissance Je Dieu ^ » Avec un peu trop de rhétorique, l'éloquent anii de Basile exprimait lieureusement en ces termes Teffet de sa parole. Elle est pleine d'une sorte d'inspiration qui se communique, elle tend à élever et à purilîer, elle monte k Dieu comme par un mouvement naturel.

La collection des Lettres de Basile, dont nous avons déjà signalé l'importance historique, n'a pas une moindre valeur littéraire -. L'homme, dont ntms venons Je donner quelque idée, s'y retrouve tout entier, sous ses divers aspects. Tantôt il y fait de la théologie, tantôt il agit en faveur des causes qui lui tiennent au cœur; il négocie, il flatte, il réprimande, il excite; parfois aussi il se fait enjoué ou gracieux, pour une recommandation ou un compliment; il sait prendre tous les tons, tout en dédaignant le bel esprit. Sa gravité naturelle a son charme en elle-même et n'a pas besoin de s'orner pour être agréable.

Le style de Dasile, tout en portant la marque de son temps, est d'un écrivain de race et d'un maître. Il a les bonnes traditions classiques, mais il n'en est pas gên**. L'imitation, chez lui, est devenue naturelle; elle n'arrête pas l'originalité du génie. Egalement plein des réminis-

i. Élogp fun. (le S. Basile, p. 362, MoroU, J'emprunte la traduction de Fiiilon, ouv. cité, \k 221.

2. V. Martin, Essai sur les lettres de S. Basile le Grand, Xante*.

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