BASILE; GRÉGOIRE DE XAZIANZE
cences de la littérature classique et de celles des Ecritures, il mêle ces deux éléments avec une grâce et une aisance remarquables. Par l'allure de sa phrase et le choix ordinaire des expressions, par la clarté, le bon goût, le tour dégagé du raisonnement, il procède, comme Plut arque, des divers prosateurs attiques, dont il mélange les tons ; mais il se garde mieux que Plutarque du jargon des écoles philosophiques ; et il a, en outre, un instinct poétique, nourri par la Hible, qui donne à sa langue une couleur neuve. Ses formes de développement lui viennent des écoles de rhétorique du temps; elles rappellent, à deux siècles de distance, celles de Dion de Pruse : il aime, comme lui, les comparaisons fréquentes, les images, les exemples, les traits descriptifs. Mais tout cela, chez Basile, n*est point artificiel ni frivole. Ce sont des moyens dont il se sert pour faire valoir des pensées sérieuses; bien loin d'étaler son esprit, il s'oublie naturellement lui-même; jamais on ne le voit jouer avec les idées. Toute vaine virtuosité lui est étrangère. S'il est séduisant, il est en mémo temps grave et sincère. Entre les écrivains chrétiens du temps, c'est le plus simple, et le plus noble pourtant dans sa simplicité.
Grégoire do Nazianzeest inséparable de Basile, auquel il fut uni d'une tendre et inaltérable amitié. Rapprochés, en outre, par la communauté des idées et par la parenté du génie, associés constamment dans les mêmes efforts, engagés dans les mêmes luttes, ils diflïîrent pourtant l'un de l'autre très notablement par le caractère et par le tour d'esprit. Basile était un homme d'action, que la solitude charmait quelquefois, mais qu'elle
ne retenait pas; (irégoire était un méditatif, un ami de la retraite et du silence, qui s'est donné par monieiili l'action malgré lui et pour obéir à sa conscionce, mais que l'action no tardait pas à lasser.
Xé d'une famille chrétienne, dans le domaine patrimonial d'Arianze, tout prés de la ville de XazianzC; en Cappadocc, probahliMuent en 330, il était, de quelques mois seulement, plus Agé que Hasile. Lui aussi, il siibil. dans son enfance, une inlluence féminine douce cl pn»fonde, celle de sa mère Nonna, cjui prit une autorité durable sur sa nature tendre et docile. Au sortir Je la maison paternelle, il fréquenta les écoles de Cosarée, oii il lit déjà connaissance avec Hasile. Il y apprit, cumme lui, à aimer les auteurs classiques, poètes et prosateurs. Bientôt il voyagea, allantétendre son instruction auprès des maîtres en renom, à (iésarée de Palestine, à Alexandrie, et enfin h Athènes, où il dut séjourner de 330 à 360 environ. C'est là qu'il vécut dans l'intimité de Basile; et que se conclut définitivement entre eux le pacte d'amitié autrefois ébauché à Césarée.
De retour en Cappadoce, malgré le talent d'orateur qui s'était développé en lui par ses études^ (îrégoire. âgé d'environ trente ans, ne songeait qu'à vivre dans la retraite : et il se partageait entre son domaine d'Arianzo et la solitude du Pont, où son ami Hasile se trouvait alors. Son père, (îrégoire, évéque de Xazianze, qui voulait avoir en lui un auxiliaire, le décida à recevoir la [irétrise en 3()1; mais il fallut (juehiue temps pour lui faire accepter les obligations actives du ministère qu'on lui imposait. Pour s'y soustraire, il avait fui d'alwrJ dans le Pont, auprès de Hasile; et ce fut seulement en 302 qu'il consentit à revenir à Nazianze. Pendant neuf ans, il y vécut auprès de son père, qu'il aidait. Mais, en 371, Hasile, qui était archevêque de Césarce depuis un an, eut besoin de lui dans sa lutte de juri-