Agathias, IV, 53 : Anthol., IX
2. Eunape, V. d. Soph., p. 492, 1. 19, DiJot : tb 8à îfôvo; iir\ notTiTtxîi {i^v <x:p6ùpa, fiaîvovta:, o 2s ffitO'jSaîo^ *Ep|jLf|; «utcov àicoxc/co pr,xsv.
3. Notons aussi que, selon Ludwich, Rhein, Mus.» 42, 233, Nonnos aurait imité quelques vers de Grégoire de Nazianze.
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I/aiidaco de création qu'elle dénote est étonnaiilo. ^'ous avons mentionné plus haut Tépopée dionysiaque qu'un antre (inc d'Kgypte, Sotérichos d'Oasis. a\ait conijosée, un siècle auparavant, sous le litre de Bassariques. Il n'est fzuère douteux que Nonnos n'en ail tiré l'idée de son poénie.Mais, élargissant déniesurémeut la conception de son prédécesseur, il entreprit de lui donner des proportions grandioses. Ses Diofif/siof/ttes (AiovuTtaxx) i'ornu»nt quarante-huit livres, qui comptent environ deux fois autant de vers que V Iliade^. Toute la légende de Dionysos y est mise en récits, depuis h'S circonstances qui ont précédé la naissance du futur dieu jusqu'à son admission dansTOlynipe. Dans cet immense dével<»ppement, le motif central, (jui occupe la plus grande partie du poème, c'est l'expédition contre les Indiens idu xin® livre au xl®V Là est aussi l'idée essentielle. Dionysos, lils de Zeus et d'une mortelle, doit iragner par ses exploits le droit de siéger parmi les Immortels (Discours d'Iris, XIII, 19-34). Cette guerre «'st pour lui l'épreuve terrestre (|ui prépare son entrée dans la vie hienheurensc. Elle est en outre la lutte de la civilisation contre la barharie. Dionysos mène aveclui les peuples qu'il a déjà adoucis, ceux de la Grèce, de la Phrygie, de la Lydie, pénétrés de son influence bienfaisante, et, avec eux, le cortège de ses compagnons, Satyres, .Egipans, génies de la joie, de la nature aimable et riante ; il les mène contre une race dure et impie -. Conception fondamentale, qui est d'ailleurs délK)rdée Je tout coté par les digressions, et cela dès le début. Nonnos ne néglige aucune occasion de rattacher à son suj<*
1. Pour la bil)liuj.'rai)lne de Nonnos, voir la Prêf. de lYnlition de Kœchly. Ct^lle-ci, qui fait partie de la Bibl. Teubner, est aujourd'hui encore lu meilleure ; Leipzig, 1857.
2. XTII, \-l et 19-20 : *A>xr,ei; Acovjas, Teb; Y^^^'^iî ^s xcXevct Eioc* 6Ît,c àS:caxTov âiaTwaai yévo; 'IvSôiv.
toutes les légendes qu'il sait; et il eu sait prodigieusement K Par là, son poème est devenu peu à peu comnio un immense répertoire de mythologie, et c'est k ce litre qu'il est surtout lu aujourd'hui de ceux qui le lisent. Mais l'histoire littéraire n'a pas le droit de l'apprécier ainsi; car, malgré ses énormes* défauts, il mérite mieux que ce succès de pure érudition. i^g
Ce qui manque le plus à cette masse de vers, c'est de former un tout. Nonnos avait entrevu une idée maitresse, à la fois religieuse et morale, qui aurait pu être intéressante, et il n'a pas su en profiter. Ni la conception de l'éprouve imposée à Dionysos ni celle de la victoire d'une humanité meilleure ne sont vraiment mises en lumière. Il en résulte qu'en son ensemble, le poème n'est qu'un amas confus de récits. Si l'on en considère les parties, la composition n'en est pas meilleure. Non seulement les épisodes naissent sans raison suffisante, mais, de plus, chaque motif est amplifié à l'infini, avec des redites qui dégénèrent en bavardage. Les procédés même du développement sont essentiellement sophistiques ; à tout propos, des énumôrations; et les énumérations chez Nonnos n'en finissent plus. En outre, la déclamation à satiété, l'enflure puérile, le mauvais goût, le besoin d'intervenir sans cesse et sans raison dans le récit. Tout un chant, le XXV®, est consacré par le poète à une double comparaison entre Dionysos et Persée d'une part, Dionysos et Héraclès, de l'autre. Nous prenons là sur le fait l'élève des sophistes traitant un des lieux communs de l'éloge. Bien entendu, il le traite avec toute la subtilité, toute la frivolité maniérée de ses maîtres. Même goût partout, dans les discours, dans les descrip-
1. Les sources de son invention sont encore mal déterminées. Il a dû puiser dans les poètes alexandrins et dans les mytbographes ; il n'est pas douteux qu'il ne làt les premiers, et qu'il n'ait pu, par conséquent, leur faire bien des emprunts directs.
lions, dans les récils mêmes. On dirait un Ovide emphatique et boursouflé. Ses personnages sont goDllcs d'exagérations; ils s'agitent furieusement, et pourtant ils ne vivent pas. Son Dériadès. son Orontès, son Morrlieus, chefs des Indiens, semblent conçus pour faire peur à des enfants; géalits présomptueux et loquaces, ils ne nous inspirent ni terreur ni pitié.
Ce sont là des défauts criants; mais, quand on les a reconnus, il faut avouer qu'après tout l*auteur est un vrai poète. I/invention seule de cette œuvre touffue dénoterait déjà une remarquable puissance ; un esprit médiocre n'y eût pas suffl. Mais, de plus, dans cette invention, on sent une pensée de novateur et de chef d*école. L'épopée des purs homériques, tels que Quintus de Smyrne, était bien froide dans son élégance timide, et surtout bien incolore. Nonnos, par un instinct de créateur, s*est représenté tout autre chose : une série de tableaux éclatants, une action grandiose, animée, librement conduite, une versification riche, abondante, sonore, qui se déploierait en expressions magnifiques. C'est cette recherche des tons chauds et de l'éclat, du mouvement et de l'effet, qui explique toute son entreprise.
Doué d'une imagination féconde, il lire de son propre fonds des épisodes, des scènes et des personnages comme personne en Grèce ne l'avait fait depuis bien des siècles; sa longue épopée est pleine d'enthousiasme; ses descriptions et ses récits sont d'une richesse de détails étonnante. S*il ne sait pas dégager ni manier les grandes passions humaines, faute de simplicité et de profondeur, il réussit du moins à représenter brillamment les dehors de l'action ; et il y a même des sentiments de second plan qu'il exprime avec bonheur : certains épisodes d'amour rappellent heureusement chez
lui le souvenir de Théocrite, qu'il imite sans le copier *. Mais surtout, c'est un créateur de sons et d'images. Yenu en un temps où la langue grecque semblait avoir perdu la faculté de se renouveler, il s'est fait une langue et une versification vraiment neuves. L'invention verbale, chez lui, est incessante et hardie ; il crée à profusion des composés nouveaux, et il se sert des mots anciens à sa manière. Le style qui résulte de là est un curieux mélange d'abstraction et d'images; complexe et mémo compliqué, surchargé, obscur, monotone, quelquefois incorrect, il a en revanche de l'éclat, de la force, de la noblesse, il n'est jamais insipide ni banal. Le vers, assujetti à des lois très rigoureuses, mais à des lois d'instinct poétique et non d'école, est sonore et comme chantant *. Il se prête aux effets do douceur aussi bien qu'aux effets de force; il met en valeur les épithètes brillantes et neuves, qui sont faites pour lui, comme il est fait pour elles. Ainsi, il y a là invention d'une forme appropriée aux choses qu'elle traduit, c'est-à-dire un des faits qui caractérisent le mieux la création poétique.
Avec de telles facultés, Nonnos devait faire école ; et il a en effet suscité des imitateurs. Malheureusement ce qu'il leur a légué, ce n'est guère qu'une forme de versification. On ne pouvait lui prendre ni son imagination ni son enthousiasme, et il n'avait créé ni thèmes épiques, ni figures vivantes, qui fussent de nature à se per-
1. Par exemple, au XV* chant, l'amour du pauvre bouvier Hymnes pour la belle et liére chasseresse Nikaea (v. 169-407).
2. Les principales particularités de sa versification sont les suivantes : prédominance du dactyle, jamais deux spondées consécutifs ; emploi fréquent de la césure trochaïque au troisième pied ; présence nécessaire de l'accent tonique sur une des deux dernières syllabes du vers, généralement sur la pénultième. Cette dernière habitude, qui est un premier pas vers la versification rythmique des Byzantins, devait rendre bien plus sensible à la lecture le caractère t chantant 3 que je signale. On a vu plus haut qu'elle ge rencontrait déjà chez le fabuliste Babrius.
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pétuer après lui. 11 n'en esl pas moins vrai cjiren cette période extrême de l'hellénisme, il nous apparaît comme le seul qui ait fait, dans Tordre de rimaginalion pure, quelque chose de grand.
Le& Diont/siaç lies sont une épopée toute païenne; il est impossible de douter que Xonnos ne fiit païen lorsqu'il la composa. Plus tard, il devint chrétien, sans cesser d'être poète. De cette seconde partie de sa vie date une œuvre d'un genre bien différent, la Paraphrase du saint Évangile de Jean (MsTaêoXr, toO 7,xtx *Icddcyyy)v orbu cùay^^'eXiou), en trente et un chapitres *. La transcriplion en vers des livres édifiants répondait à un goût alors très répandu. On croyait autour de Nonnos, et il dut croire comme ses contemporains, que la versification pouvait donner plus de prix aux récits du christianisme primitif. On ne s'apercevait pas que le travail du versiiicateur, en cette matière, consistait surtout à inventer des épithètes superflues et à substituer des périphrases aux termes propres. IVonnos n'a guère fait autre chose, malgré un effort de précision et de simplicité. 11 observe d'ailleurs ses règles métriques avec moins de rigueur dans sa paraphrase évangélique que dans son épopée.
Voilà le maître : tel qu'il est, il a sa grandeur. Mais ses disciples, il faut bien l'avouer, ne semblent guère avoir été — si l'on en excepte un ^eul poète de quelque mérite. Musée, — que de pauvres ravaudeurs de légendes rebattues. La médiocrité de leurs œuvres subsistantes décourage toute tentative de classement.
Tryphiodore était, selon Suidas, un Grec d'Egypte, granunairien et poète,^. Outre une épopée historique 5ttr
1. Éd. lie A. Scheiniiler, dans la Bibl. Teubner, Leipzig, 1881. Voir la bibliographie très complète qui forme le ch. i de la Préface.
± Suidas, Tpv9t6S(i>poc*
TRYPHIODORE, KYROS 1001
la bataille de Marathon (MapaOwvtaxi), il avait composé une Hippodamie (Ta xarà IricoSafAstav), une Prise d Ilios ( 'iXiou àXwTi;), une Odyssée ('0Su<7CÊia X6t7:oYpdt[JL[J!.aTo;), qui comprenait toute la vie d'Ulysse et où il reproduisait le tour de force inepte de Nestor de Laranda*. Suidas lui attribue encore une Paraphrase des comparaisons homériques (Ilapi^paci; twv 'Oaripou TrapaêoXwv), titre obscur pour nous. La seule de ces œuvres qui subsiste est la Prise d'Ilios, en 691 hexamètres *. Il y raconte (après combien d'autres!) la construction du cheval de bois, le départ simulé des Grecs, la ruse de Sinon, le sac de la ville. Sur ce sujet rebattu, pas une invention originale : un récit sans couleur, sec, dont le principcJ mérite consiste dans une certaine élégance de forme. Le style et la versification y révèlent Tinfluence de Nonnos et ne permettent pas de douter que Tryphiodore ne l'ait pris pour modèle.
Kyros, né comme Nonnos à Panopolis dans la Tliébaïde, eut la plus haute fortune sous Théodose 11 '. Protégé par l'impératrice Eudocie qui admirait son talent, il fut préfet du prétoire de Constantinople, préfet de la ville, consul en 441 et patrice. Puis, lorsque sa protectrice se fut retirée, la disgrâce l'atteignit *. Dépouillé de ses honneurs et de ses biens, il dut entrer dans les ordres, devint évèque de Cotyœon en Phrygie, et vécut jusque au temps de l'empereur Léon (457-474). Suidas le qualifie de poète épique (iiuoTuoio;) ; mais il ne cite