Marinos, Proclos
quelle chaque substance procède d'une substance supérieure sans lui rien enlever^ et se communique à son tour à une substance inférieure sans rien perdre d'ell^ même. Par celte immense échelle, la pensée monte à Dieu comme la vie en descend. Tous ces êtres se divisent en triades suivant une loi invariable; et ces triades se succèdent, du haut en bas, en une série inGnie, dont la régularité même atteste la subtilité puissante du dialecticien qui Ta conçue. Comme Platon et comme Plolin, Proclos affirme la providence divine et aussi la liberté humaine; mais, pour concilier ces croyances, il a des solutions bien plus étudiées que les leurs. L'objet propre de la volonté éclairée d'en haut, c'est, pour lui comme pour ses devanciers, d'élever l'âme jusqu'au monde suprasensible; mais la méthode pour s'élever ainsi est plus nettement arrêtée et définie chez lui que chez eux; elle consiste dans l'étude, dans la méditation, dans l'exercice de la vertu, dans la prière, dans les pratiques variées de la dévotion.
Cette philosophie était trop abstraite pour pouvoir atteindre à la beauté vivante. Le mérite littéraire de Proclos est donc médiocre. Visionnaire et dialecticien à la fois, il énonce, avec une précision de mathématicien, des idées qui ne sont que des chiffres ou des signes algébriques sans couleur et sans vie. Les formules s'agencent, se coordonnent, se subdivisent, sans que nous puissions réellement nous y intéresser, puisqu'elles ne sont rien que des créations arbitraires de l'esprit. Effort prodigieux, qui donne l'impression d'un labeur stérile. 11 n'y a rien là qui instruise vraiment, rien qui parle ni au cœur ni à l'imagination. C'est une mathématique obscure, et, ce qui est pire, c'est une mathématique bâtie sur le vide.
Proclos, comme l'a dit Zeller, est vraiment un scolastique. Tout son génie s'est appliqué à interpréter des
textes sacrés, qu'il acceptait d'avance pour vrais. Par ses interprétations et ses combinaisons, il a parachevé le Néoplatonisme; mais, en l'achevant, il Ta rendu incapable de vivre. Ainsi cristallisée, la philosophie de Plotin et de Porphyre est devenue inerte. Et c'est dans cet état d'inertie qu'elle a passé des successeurs de Proclos aux théologiens byzantins.
Apn'^s Proclos, toutefois, le Néoplatonisme se perpétue encore pendant environ un siècle. Plusieurs de ses derniers représentants se sont fait quelque notoriété à titre de commentateurs.
Ilermias, à la fin du v* siècle, enseigna à Alexandrie, où il composa divers ouvrages d'exégèse platonicienne . >'ous avons encore de lui un Commentaire sur le Phèdre, diffus et scolastique, sans profondeur ni originalité 2. — Au début du vi* siècle, un des fils de cet Hermias, Ammonios, qui lui succéda dans sa chaire d'Alexandrie, se distingua, lui aussi, comme commentateur, mais plus encore comme astronome et mathématicien. 11 nous reste de lui des commentaires sur plusieurs traités d'Aristole, où l'on trouve, sous le formalisme de l'école, une science véritable ^ Son influence fut grande : les plus célèbres néoplatoniciens du vi" siècle, Damaskios, Simplikios, Asclépios, Olympiodore. Théodote, Jean Philoponos se reconnurent pour ses élèves *.