‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 6 sur 605 · Plutarque, Marc-Antoine · texte numérisé non relu

Plutarque, Marc-Antoine

PSRGAME, ANTIOGHEr ETC. 15

quelques poètes étrangers^ mais le pays lui-mèmo ne produisit rien de notable jusqu'au temps de l'empire.

A côté de ces trois grandes villes, il faut encore nommer Syracuse, qui eut, sous Hiéron II, la gloire de produire le plus grand poète et le plus grand ingénieur de atle période, Théocrite et Archimède.

Il faut aussi accorder un souvenir à quelques villes qui furent, au moins en passant et par une heureuse fortune, de petits foyers littéraires : Cos, par exemple, à cause du poète Philétas, et Rhodes, à cause de son école de rhétorique si souvent mentionnée par Cicéron ; — ou encore à une cité comme Tarse, en Cilicie, que Strabon nous montre si ardente à l'étude, une véritable pépinière de travailleurs, mais qui ne les forme pas elle-même, faute de ressources, et qui se contente de les envoyer dans les grandes cités *. La petite ville de SoleS; voisine de Tarses, produit, dès le m® siècle, le péripatéticien Cléarque et le stoïcien Chrysippe. En somme, on travaille partout dans le monde grec, et par- Ibis même en dehors. Il y a des hellénisants jusqu'à Carthage, où Hannibal savait le grec-, où Carnéade trouvait son meilleur disciple, un certain Asdrubal, qui prit le nom grec de Glitomaque. Mais ce sont là des fails isolés, dans le détail desquels nous n'avons pas à entrer ici. Ce qui détermine, en résumé, les caractères généraux de la littérature de ce temps, hors d'Athènes (ajoutoos si l'on veut, mais dans une certaine mesure seuleneot, hors de Syracuse et de quelques villes purement grecques), c'est l'état de choses qui règne à Alexandrie, à hrgame, à Antioche. Ce sont ces conditions qu'il s'agit fc définir et dont nous avons à déduire les conséquents. Quel est donc le public auquel s'adressent les écri-

Utfabon, XIV, p. 673.

tCorn. Nepos, Hannibal,, 13; Justin, XX, 5, 11.

vains ? Quels motifs les poussent à écrire et quels instruments ont-ils à leur disposition ?

Le peuple a cesse d'être un public pour les écrivains : voilà le fait essentiel. La foule qui remplit les rues d'Alexandrie se compose en majorité de fellahs égyptiens, d'Asiatiques, de Juifs, de courtisanes et d'esclaves. Dans celte foule bigarrée, on parle toutes les langues do la terre. A Antioche, c'est à peu près la mémo chose. A Pergame, le fond de la population, est grec, mais comme la multitude n'a ni pouvoir politique ni traditions littéraires, elle tombe à un genre d'existence inférieur, et s'éloigne des lettres à mesure que celles-ci, de leur côté, par le progrés même et la complexité croissante du savoir, ont une tendance à devenir moins accessibles à tous. C'est ce qui se produisait même à Athènes, et par conséquent aussi dans les autres cités punrnent grecques, conmie Syracuse. Ainsi, en tous lieux, par la nature des hommes et par rrlh* des choses, la littérature. i\ cette date, se sépare du peuple. Celui-ci peut bien admirer encore des spectachts comme ceux que leur offrent les Ptolémées et les Antiochus dans les fêtes d'Adonis ou dans les processions du Mont Carios; mais c'est surtout par le côté (extérieur ou musical qu'il s'y associe. La poésie qu'on y récite lui échappe en partie. A plus forte raison tout ce qui, depuis cent ans, préoccupe de plus en plus les esprits éclairés, c'est-à-dire la science du passé, la science de la nature, la morale, tout ('(da lui reste étranger. Les écrivains ne s'adressent qu'à deux sortes de lecteurs : d'une part la cour, grecque «l'origine et d'éducation, ordinairement lettrée, quelquefois intéressée par les éludes sérieuses, plus souvent amie des formes littéraires brillantes ou mondaines; ensuite des lettrés de profession, des hommes qui vivent à l'ombre des bibliothèques ou des écoles, et qui passent tout leur temps à lire, à écrire, à disputer, eu-

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