‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 9 sur 605 · ACADÉMIE · texte numérisé non relu

ACADÉMIE

années. D*abord comme tuteur d'Adimanto (héritier de PJafon), plus tard comme héritier lui-même, Speusippe eut la jouissance de la propriété où Platon avait eu l'habitude de réunir ses auditeurs, ot qui était voisine du gymnase d'Académos '. Ce jardin de Platon resta le siège de l'école. Après Speusippe, il ep devint la propriété. Les scolarçues se succédèrent régulièrement, désignés sans doute chacun par leur prédécesseur *. Le Scolarque était peut-être le propriétaire fictif de TAcadémie '. En tout cas. il était le maître du chœur. D'autres, d'ailleurs, à wté de lui, enseignaient et pouvaient devenir célèbres. ' Durant le siècle qui suit la mort do Platon, quatre scolarquesse succèdent : Speusippe, de 347 à339;Xénocrate, de 339 à 314; Polémon, de 314 à 270; Cratès,de 270 à 260 environ. A côté d'eux, on trouve le nom illustre de Crantor. Cette période est celle de « l'ancienne Académie», la seule dont nous ayons à nous occuper pour le moment, tar la a moyenne 2> et la a nouvelle 2> Académie, celles d'Arcésilas et de Carnéade, sont animées d'un esprit tout autre, et ne peuvent être étudiées utilement qu'après le scepticisme de Pyrrhon, dont elles ont subi si fortement l'influence.

L'ancienne Académie, au contraire, se rattache assez facilement à Platon, sans trop de rigueur pourtant, car il n'y eut jamais là, comme dans d'autres écoles philosophiques, aucune orthodoxie rigoureuse. La dialectique platonicienne est toujours chez ses disciples, comme ehez lui-même et chez Socrate, un libre mouvement de l'esprit. On ne se croit pas enchaîné par la parole du maître. On corrige, on complète sa méthode et sa doctrine. On en abandonne certaines parties. On y ajoute

i. Diog. L. III, 7-8.

2. C'est du moins ce qui semble résulter da fait cité par Dlogène Laërce (IV, 3) relativement à Xônocrate.

3. Les péripatéticiens étaient propriétaires collectifs du domaine (A ils t« réunissaient.

des emprunts faits aux écoles voisines. L'Académie reste une palestre intellectuelle, alors que d'autres écoles nouvelles sont surtout des disciplines de la volonté. Dans cette altération graduelle de la pure doctrine platonicienne, l'Académie se rapproche souvent d'Aristote. On sait que Cicéron s'est maintes fois appliqué à faire ressortir la conformité générale entre l'Académie et le Lycée ^ Il a raison. Aristote lui-même a fait partie de l'Académie pendant plusieurs années. Il cite Speusippe en divers passages. On ne doit donc pas être surpris de trouver chez Speusippe ou chez Xénocrate des expressions ou des idées qui semblent venir du Lycée*. Les deux écoles, en somme, sont sœurs : mêmeofQciellcment séparées, elles restent assez voisines, et le génie d'Aristote est assez grand pour que l'influence de celui-ci se fasse parfois sentir à TAcadémie. Un autre fait à noter, c'est la prépondérance croissante de la morale dans les études do l'école: c'est là un trait du temps. Il en est de même pour certaines tentatives d'organisation, de synthèse, de syncrétisme. Aucun de ces premiers académiciens ne semble avoir eu de génie; ils n'ont laissé en somme que des traces assez modestes dans l'histoire des doctrines comme dans celle des lettres; mais l'évolution do l'école offre quelque intérêt et mérite qu'on en fixe au moins les lignes générales.

Le premier est Speusippe, fils de Potoné, sœur d^^ Platon ^ 11 naquit vers 393. Esprit brillant et vif, il avait

i. Voir, p. ex.. De Orat. III, 18.

2, Par exemple, le mot ê^i; dans Speusippe (fragm. 21, 2o, etc.) ; Sûvapit; et Ivépfeia dans Xcnocrato (fr. 26, etc.) — L'Académie ellemême est appelée deux fois par Speusippe nepîîiaTo; (fragm. 189 et 190;. — Pour les ressemblances d'idées, v. plus Las, ce qui sera dit des doctrines.

3. Diogéne Laërce, IV, 1-5;" Suidas, STreuaiwito;. Fragments dans Mullach, Frafjmenta Phiios. graecorum (Didot), t. III, p. 75-99.

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