ÉCOLES LYRIQUES
gieux prit quelque chose de l'ode légère : il se fit plus simple, plus populaire que partout ailleurs.
Un dernier point reste à noter : Tode légère, à la différence de riambe et de Télégie, produisit de véritables écoles lyriques. Les poètes élégiaques, accompagnés par des flûtistes de profession, n'étaient en général que poètes, et le devenaient par la seule vertu de leur génie propre. L*iambe déjà, quand il ne s'en tenait pas à la récitation mélodramatique, exigeait du poète un apprentissage musical plus compliqué : Archiloque fut certainement un grand musicien; mais les successeurs d'Archiloque se réduisirent presque aussitôt h la poésie pure, en laissant la musique de côté; il n'y eut donc jamais de tradition musicale iambique. Il n*en fut pas de môme pour Tode légère. Là, le chant, Taccompagnement par le barbitos, furent de règle et de coutume constante; il fallait donc apprendre la musique et le maniement du barbitos pour devenir un poète lyrique en ce genre. Nous avons vu Terpandre fonder à Lesbos une véritable école de musiciens. Après Terpandre, Alcée et Sappho, qui recueillirent la tradition, eurent à leur tour des disciples; des jeunes gens se groupèrent autour d eux pour se former à leur exemple. Nous retrouverons ces habitudes, encore plus fortes et plus constantes, dans la poésie d'apparat, où la succession des maîtres et des élèves a été souvent notée avec précision par les anciens.
Arrivons aux poètes de Tode légère. Us forment deux groupes distincts : d*abord les poètes de Lesbos, ensuite Anacréon et son école. Les sujets traités sont à peu près les mêmes, la manière est différente : d*un côté il y a plus de naïveté, plus de chaleur et plus de passion; de l'autre plus de finesse peut-être et plus de légèreté spirituelle.
§ \, Les poètes lesbiens
Lé premier des poètes de Lesbos est Alcée, né à Mityiène ^ Le temps de sa vie est déterminé d'une manière approximative par les événements auxquels il fut mêlé-. C'est un contemporain de Pittakos ' (qui lui-même était né vers le milieu du vii® siècle), mais un contemporain plus jeune, selon toute apparence ^ : il avait probablement une quarantaine d'années au début du vi^ siècle.
Quelques faits importants de sa vie sont connus, mais pour se rendre exactement compte de Tordre dans lequel ils se succédèrent, il faudrait mieux connaître que nous ne pouvons faire l'histoire intérieure do Mitylène durant cette période. La famille d'Alcée appartenait à l'aristocratie de sa ville natale. Le poète prit une part active aux événements politiques de son temps. Des luttes violentes àu dedans, au dehors une guerre sans cesse renaissante èontre Athènes pour la possession de Sigéedans la Troadc, voilà ce qui remplit toute cette époque. Alcée prit part à 1à g\ierrc contre Athènes. Il y perdit son bouclier, comme Archiloque, et raconta aussitôt l'aventure dans une ode *. Ceci se passait sans doute dans sa jeunesse, car il semble qu^ cette guerre ait été suspendue en 612, après que PiUakos, chef de l'armée lesbienne, eut tué en combat
1. Strabon, XIII, p. 617. Sur Alcée, et. Welcker, Kleine Schrifien, t. 1. p. 126-147 : Théod. Kock, Alkaos und Sappho, Berlin, 1862.