‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 19 sur 467 · APPARITION DU LYRISME SAVANT · texte numérisé non relu

APPARITION DU LYRISME SAVANT

trique dans l'époque classique, c*cst-fi-(lire (rAlcman à Pindare, montrent que la richesse des formes n'a cessé de s'accroître. Il est naturel de prolonger celte loi au delà des plus anciens monuments qui nous restent. Mais suit-il de là qu'entre les derniers des chants primitifs et les premiers des poèmes durables, la différence, au point de vue des mètres, fût considérable? En aucune façon. D'une part en effet l'hexamètre, vers de forme savante, mais popularisé par l'épopée, a dû être employé dans la poésie religieuse avautTerpandre; et d'autre part beaucoup des formes les plus anciennes de la versification lyrique, chez Alcman, chez Alcée, chez Sappho, chez Armcréon, ont un caractère populaire très prononcé. Il Jie faut pas accepter à la lettre les récils des anciens qui nous montrent, dans Thistoire du lyrisme, une série d'inventions naissant de toutes pièces, à une date donnée, dans le cerveau d'un artiste. Ce n'est aucun des poètes dont les noms nous sont connus qui a inventé les rythmes à deux, à trois ou à cinq temps : tout cela est né spontanément de l'âme populaire, et les poètes artistes n'ont fait qu'imaginer des combinaisons de plus en plus savantes de ces éléments. Au début, ces combinaisons mêmes sont fort

simples. Elles devaient par conséquent différer assez peu de celles des artistes obscurs qui avaient précédé. On peut en dire autant de la musique. Ce n'est ni Olympos, ni Te^pandre, ni Clonas, ni aucun autre de ceux que nous pourrions citer, qui a inventé les modes essentiels de la musique grecque : ces modes sont nés d'eux-mêmes, un peu partout, sur les chalumeaux des pasteurs et sur les cithares des aèdes, à moins qu'ils ne fussent l'héritage de temps plus anciens encore. Chaque contrée eut ses modes familiers, ses formes musicales dominantes. Le travail qui se fit au vu® siècle, et d'où sortit la musique savante, fut moins un travail d'invention proprement dite qu'un travail de rapprochement et

de fusion. Sparte surtout devient un centre. Ses fcles d'abord, plus tard celles de Delphes et d'Olyinpie, amènent les usages locaux à se rapprocher et à se pénétrer. L'imporlauce de cette rcvolutijn fut grande; mais elle n'explique pas tout, car elle ne se fit pas sentir également dans tous les genres lyriques ; c'est sur les genres solennels, sur les œuvres d'apparat, qu'elle dut surtout agir. On peut affirmer qu'à colé de cetle transformation il y en eut une autre, dont on parle moins, et qui fui peut-être aussi décisive: c'est celle qui porta surTélément littéraire du lyrisme, sur l'expression et sur le style, et qui eut son effet aussi bien dans la chanson familière que dans Todo exécutée en grand appareil.

N'oublions pas en effet la relation qui existe enlre les deux éléments du lyrisme grec : c'est la poésie qui domine, et non la musique. Instruments peu sonores, chanls à l'unisson, accompagnement très simple, soit à l'unisson du chant soit à l'octave, tout tendait à faire prédominer la voix, et par conséquent les paroles, c'est-à-dire la poésie. Le compositeur, étant aussi le poète, n'avait d'ailleurs aucune raison de chercher à renverser cet ordre, conforme à la nature des choses. Car la nmsique était alors dans l'enfance, tandis que la poésie, après l'épopée homérique, était un art en pleine vigueur et en plein éclat, capable d'enchanter et de captiver toutes les parties do l'amo humaine : la raison, par la netteté de ses pensées, par la limpidité do son style, par la finesse et la précision de ses analyses; l'oreille, par l'harmonie du vers et par la grâce d'une langue merveilleusement sonore et musicale; l'imagination, par le mouvement et le pathétique de ses récits, par la beauté presque visible des tableaux qu'elle savait composer et animer. Mais pour que la poésie eût cette puissance, il fallait qu'elle fût maniée par de grands artistes. C'est ce qui n'arrivait pas dans le lyrisme primitif, abandonné à des

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