APPARITION DU LYRISME SAVANT
improvisateurs populaires, aèdes de village, pleureuses (le profession, vocératnccs comme en C':ir se, ménélricrs qui faisaient danser. A peine dans les sanctuaires quelques aèdes saccrdolaux essayaient-ils d'ennoblir les hymnes des dieux par un mètre plus savant et une gravite plus épique. Rien ne vit, dans l'arl, que par le style. Ni la dignilc un peu raide dos hymnes ni la négligence parfois aimable des chants [)opuIaires n*élaient capables d'en tenir lieu. Le slyle ne pouvait venir au lyrisme que si les grands arlisles s'en mclaienl. Or les grands artistes, nous l'avons dit, se tournaient alors vers 1 épopée. Au vil*' siècle, le changement des mœurs publiques amène un changement de goût, et les esprits hardis, novateurs, vraiment inspirés, viennent au lyrisme. Ce sont les moins grands qui restent fidèles à l'épopée. Les relations antérieures des deux genres sont renversées, au profit de la poésie lyrique. Les nouveaux poètes ne sont pas seulement des musiciens; ce sont aussi des esprits nourris d'Homère, des artistes en paroles, qui vont dire avec justesse, avec force, avec grâce, ce que la poésie populaire bégayait, et qui par là vont donner au lyrisme le pouvoir de vivre et de durer, dont il avait manqué jusque-là. La révolution fut musicale, sans doute, mais tout autant littéraire. Les musiciens ont frayé la voie aux poètes : car c'est seulement quand Terpandrc (;t Olympos eurent élargi les cadres du nome que les vrais poètes furent tentés par le lyrisme. Mais la transformation n'est devenue décisive que par Tinlervention de ceux-ci ; elle no fut complète que quand des artistes en bien dire euiont trouvé l'art de faire goûter à des esprits enchantés d'Homère un plaisir dillerenl, mais non moins vif, dans un langage approprié à de nouveaux emplois.
Les novateurs, du reste, eurent probablement une [deinc conscience de ce qu'ils faisaient : car ils écrivirent leurs œuvres. La poésie populaire ne s'écrit pas i
elle est instinctive et vole de bouche en bouche ; ou, si elle s'écrit, c'est dans les siècles de curiosité érudile, par les soins des raffinés, qui vont la recueillant çà et là sur les lèvres du peuple. Le lyrisme grec primitif ne fut sans doute jamais recueilli. Au contraire, les poètes lyriques savants laissèrent des odes que l'antiquité put lire et dont les débris nous sont parvenus.
Bien que toules les variétés du lyrisme primitif et spontané ne soient pas représentées dans le lyrisme nouveau et littéraire, comme plus d'une forme autrefois simple s*est dédoublée et que d'autres sont nées par surcroît, le nombre total des genres lyriques reste considérable, et, devant tous ces noms, l'esprit éprouve d'abord quelque confusion ^ Sans entrer à ce sujet dans de longs détails, voici quelques faits certains et quelques indications nécessaires.
Les dillérences de rythme et de mètre, ou celles qui se rapportent à l'exécution musicale, par un soliste ou par un chœur, ont assurément leur importance et ne doivent pas être négligées. Mais elles sont secondaires, en définitive, et ne peuvent servir qu'à établir des subdivisions. Elles ne sont qu'un efl'et, et naissent de la nature essentielle de l'inspiration, c'est-à-dire du fond même des choses. C'est ce fond qu'il s'agit d'examiner pour établir une classification satisfaisante.
Les divers genres lyriques correspondent à des emplois, à des besoins différents. Il y a d'abord une division à établir entre ceux où domine une inspiration
1. Passage classique sur les divisions du lyrisme: Proclus, Chrestih îfialh., 8 (dans Photius, Biblioth., p. 319). Cf. PoUux, IV, 53.