‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 233 sur 467 · Phèdre, 244, A · texte numérisé non relu

Phèdre, 244, A

5. A l'âge de quatre-vingt-cinq ans, selon Lucien (Macrob,, 26); D8- Bassiné par des brigands, saivant une tradition recueillie par Suidas

(V. •£niTr,^U|l«).

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loin ce qu'il en faut pcuscr. Mais le principal groupe se composait d'hymnes. De mémo qu'Alcinan avait surtout cultivé le parthénée, Thalétas le péan, Ârion le dilhyrarabe, Stésichore aussi avait son genre de prédilcclion, Thymno, renouvelé et transformé avec une liberté hardie.

On sait que le mot hymne était le terme générique par lequel on désignait toute poésie chantée en Thonneur des dieux, quelle qu'en fût la forme et l'occasion. En ce sens, le nome est un hymne; le péan, Thyporchème, le parthénée sont des hymnes. Mais on donnait spécialement le nom d^hymne à certains chants qui, n'étant ni des oomes, ni des péans, ni des hyporchèmes, ni aucune des autres sortes de chants religieux que distinguait un nom particulier, semblaient avoir plus de droit que les autres à garder la désignation commune et primitive de toute l'espèce. Leur particularité était de ne s*étro jamais séparés ni par une composition musicale plus savante, comme le nome, ni par un procédé particuh'er d'invocation, comme le péan, ni par des danses spéciales, comme l'hyporchème, du type primitif d*ofi tout le reste était sorti. C'était le vieux chant religieux par excellence, étroitement lié avec le culte, exécuté avant ou après le sacrifice, et resté pur de toute modification locale, do toute nouveauté assez tranchée pour donner bientôt naissance à un genre distinct. Antérieur à Tépopée, l'hymne proprement dit avait vu tour à tour celle-ci fleurir, puis languir; les genres lyriques se former, se distinguer les uns des autres, se développer. Il était seul resté comme un témoin fidèle des plus vieux usages do la race. Son nom même était obscur, car il était contemporain des premiers chantres des dieux.

Et cependant, Timmobilité complète est impossible; le changement est la loi de la vie, et l'hymne lui-môme n'y avait pas entièrement échappé. Il dut se plier à de nouveaux emplois, revôtir de nouvelles formes. C'est un des

faits les plus constants de l'histoire littéraire que Tinfluonce exercée par les genres les uns sur les autres. L'hymne primitif avait suscité l'épopée; mais l'épopée, à son tour, dans sa période de grand éclat, avait fortement agi sur lui, soit en créant Thymne dit homérique, habituellement destiné à servir de prélude aux concours et aux récitations des rhapsodes, soit en donnant à l'hymne resté religieux le modèle de sa propre perfection littéraire. Quand la musique grecque, avec Terpandre, prit son essor, Thymne demanda à Tart nouveau des mélodies plus riches et des mètres plus variés. Un demisiècle plus tard, la poésie chorale commençait à s'épanouir : l'hymne apprit alors à employer ce puissant moyen d'expression, le chœur, et devint volontiers choral. Enfin la poésie lyrique tout entière manifesta une tendance générale à s'éloigner peu à peu du sanctuaire, k se prêter aux usages de la vie profane, à élargir son domaine : l'hymne fit comme les autres genres, et, sans abandonner son rôle traditionnel aux fêtes des dieux, il se prêta do bonne grfice à Tétendre et à le varier^ en racontant parfois les aventures des héros pour le simple plaisir de charmer une assemblée profane. Cette série de transformations se résume et s'achève dans l'œuvre de Stésichore, qui les rend définitives en créant, sur ce type nouveau, des poèmes d'une grande beauté et d'une renommée durable.

L'hymne de Stésichore est chanté par un chœur, ordinairement par un chœur immobile, aux sons de la cithare K Celte immobilité du choeur était un des traits caractéristiques de l'hymne proprement dit : point de raar-

1. Proclus, Chrestom., 9 (p. 244, Westphal) : *0 lï xupicaç Ciivoç icpbç xiOapav tî5sTo é(rr(0Tu)v. Stésichore parle lui-môme de sa lyre au début do sa Rhadinê, et la tradition de Tantiquité fait de lui un citharède^. Cf. Suidas (v. 'E7iiTiri8ev{i.a) : STT^atxopoy tov xi6ap(f)Ô6y,

. . : stésighoije; . 3.t6

chc, point dô dapse au sens vrai de ce fngt K L'accompdg'nement par la cithare était la conséquence de ce fait : la tlûte, plus sonore, soutenait mieux des mouvements rapides et rythmés; la cithare, sévère et noble, suffisait £lu chant et elle donnait à Thymne plus de solennité^. Elle n'excluait pas d'ailleurs le pathétique : Slésichore avait pratiqué le mode phrygien ^

Les hymnes de Stésichore ne soùt plus des chanta en l'honneur d'un dieu : ceux dont les titres nous sont parvenus ne s'appellent pas « Hymne à Zeus >> ou « Hymne à Athéné » ; ils sont intitulés L'Orestie, La Géryonéide La Chasse au sanglier *, etc. ; on dirait, 3elon la juste remarque de Bergk, des titres de rhapsodies épiques; ce sont de véritables épopées musicales, où les aventures des héros se développent en larges tableaux. L'un d'eux, L'Orestte, formait deux livres \ Ces grandes.compositions ne pouvaient être destinées qu'à des fêles publiques. Or on sait que les héros

. 1. Athénée, moins absolu quo Proclas, dit (XIV, p. 631, D) : Tbv fctp ûfjLvov o\ [khj (ip'/oOvTo, o\ 5à o*Jx (op-/oOvTo. La définition plus rigoureuse de Proclus indique sans doute la forme primitive et normale, et celle-ci parait mieux Convenir que l'autre aux hymnes immenses de S;tésichoro. Rien ne prouve d'ailleurs que Tim mobilité du chœur fût complète : elle pouvait admettre quelques sobres évolutions ayant plutôt le caractère d'un jeu de scène que celui d*une danse véritable.

2. Les compositions de Thalétas et d'Alcman semblent avoir été presque toujours accompagnées de la flûte. C'est pour cela peut-être que Suidas (ou plutôt l'auteur dont il recueille ici l'affirmation) a pu dire en parlant de Stésichore, non sans quelque raison : TcpûToc xiOap(i>6ta -/opbv £aTr,<Te. IIpwTo; est excessif, mais non pas tout à fait faux. La cithare, avant Stésichore et depuis les débuts du lyrisme savant, était plutôt l'instrument des monodistcs que celui des chœurs.

3. Un fragment de VOreslie (37, Bergk) nous apprend qu'une partie au moins de ce poème était chantée sur une mélodie phrygienne; il ne s'ensuit pas, comme on le dit quelquefois, que ce fût au son de la flûte.

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