‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 236 sur 467 · Tb xatot îdtxTvXov elSoc · texte numérisé non relu

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STÉSIGHORE 319

que les métricions appellent épitrite (-«--); c'est déjà, dans ses traits essentiels, un dos mètres favoris de Piudare. Quelle était la mesure vraie de ces trochées apparents? Est-ce le trochée qui indiquait, dans ces mètres composites, la nature exacte du rythme? Ou bien le rythme changeait-il avec les pieds différents? Questions obscures, qu'on no peut résoudre avec cortilude. Il est cependant bien probable qu'il n'y avait là aucun changement de rythme et que toutes les mesures de ces vers, malgré les différences du mètre, étaient en réalité des mesures dactyliques à quatre temps. — Quoi qu'il en soit, on voit que Stésichore, en fait de mètres et do strophes, ost un précurseur des Simonide et des Pindare, et qu*il a fait faire à cet égard au lyrisme choral un pas décisif : la période d'essais est terminée.

Tel est donc le cadre, pour ainsi dire, créé par Stésichore : un hymne choral, avec strophes disposées par triades et grands vers, destiné à célébrer des histoires épiques. Comment a-t-il rempli ce cadre? Quels sujets y a-t-il mis, et surtout quelle poésie, quel style, quelle sorte de génie lyrique? Malheureusement, de ce poète qui avait tant produit et dont la gloire fut si grande, il ne nous reste pas soixante vers. Nous en sommes donc réduits à ignorer beaucoup : recueillir pieusement ces débris, écouter les anciens, les croire en partie sur parole, c'est tout ce que nous pouvons faire.

Le nombre des hymnes nous est inconnu; mais une douzaine de titres sont arrivés jusqu'à nous : si Ton songe qu'un des hymnes dont nous avons le titre formait à lui seul deux livres sur les vingt-six que comprenait en tout l'œuvre de Stésichore, on peut croire que ces douze ou treize titres représentent une forte proportion du chiffre total des grands hymnes. Ils justiGent d'ailleurs pleinement ce qui nous est dit ailleurs du caractère épique des hymnes de Stésichore. Ce sont :

Les Jeux pour Pélias (à ToccasTon de ses fanérailles) \ La Géryonéide, Cerbère^ KycnoSy Scylla, La Chasse au sanglier (il s'agit da sanglier de Calydon), VEuropie^ Èriphyle, Le Sac d'Ilion^ Hélène^ avec la célèbre PaUnedie, Les Retours, VOrestie *. On voit la diversité de ces sujets empruntés à toutes les parties du nnonde mythù que. On voit aussi que ce sont pour la plupart des sujets panhelléniques, c'est-à-dire déjà illustrés et répandus à travers le monde grec par les chants des poètes : tous on presque tous avaient été déjà racontés soit par Homère, soit par Hésiode ^ soit par les poètes cycliques * ; ce ne sont pas là des sujets étroitement locaux, étrangers à la grande tradition poétique de la Grèce, comme on en trouvait si souvent chez Pindare, par exemple^ et sans doute aussi chez d'autres lyriques. La raison en est certainement que Stésichore chantait en Sicile, dans des colonies sans passé, sans traditions lointaines, et par conséquent presque sans mythes \ Pindare lui-même, quand il célèbre des Siciliens, ne trouve pas grand'chose à recueillir dans les légendes du pays : il se rabat sur celles de la Grèce propre. Stésichore fit de môme. Cela ne veut pas dire d'ailleurs qu*il n'ait pas usé, dans le détail do ses

i. Poème attribué parfois à Ibycos, mais revendiqué pour Stésichore par Athéaée (IV, p. 172, E), qui s'appuie sur le témoignage décisif de Simonide (fragm. 53).

2. "^AÔXa èm IlîXtx, Frjpyovrjtc, Kép6epoc, Kuxvoc, SxuXXot, SvoOyjpai, Ëùp'jdTceia, 'EpifûXa, 'IXtou irép?'.;, *EXiva, IlaXivcoSta, N69T01, 'Opiv- TCia.

3. C'est pour cela qu'une tradition bizarre faisait de Stésichore le fils d'Hésiode.

4. Quelquefois même par des poètes lyriques; ainsi VOrestie, déjà traitée» dit-on, par un lyrique (d'ailleurs inconnu) du nom de Xanthos (Athénée, XII, p. 512, F). — Pisandre de Rhodes semble avoir été une des sources où Stésichore avait trouvé quelques-unes des formes les plus nouvelles de ses récita. Cf. Strabon, XV, p. 688 (la peau de lion dliéraclès), Athénée, XI, p. 469, G (la coupe da soleil).

5. Du moins sans mythes héroïques. Nous verrons plus loin que Stésichore y trouva des mythes champêtres.

STÉSIGHOt^E dâi

récits, d*une grande liberté : un poète grec n'était jamais enchaîné par la tradition établie. On sait que Stéstchorc, après avoir, dans un de ses hymnes, raconté les méFaits d*Héiène, l'avait disculpée dans sa Palinodie on racontant une autre légende, celle de ses voyages en Egypte alors que son fantôme avait suivi Paris à Troie. Et le poète, loin de chercher à effacer cette contradiction, y insistait ^ Il avait aussi été le premier, suivant le scholiaste d*Apollonios de Rhodes, à représenter Athéné s'élangant tout armée du front de Zeus ^. On lui attribue également l'origine des récits relatifs aux voyages d*Énée en Occident ' : il avait sans doute suivi en cela quelque modification locale de la légende d'Énée. On pourrait citer d'autres exemples analogues ^ Il puise donc, en somme, dans le trésor déjà si riche des légendes devenues littéraires, mais il les traite avec liberté, tos remaniant de toutes façons, soit d après des traditions orales recueillies de ville en ville, soit au gré do sa fantaisie. 11 les renouvelle d'ailleurs par l'expression; car il les traite en poète lyrique et avec l'originalité propre do sa nature.

Le lyrisme, quand il raconte des mythes épiques, ne le fait pas de la môme manière que l'épopée. D'abord, il faut qu'il les rattache, au moins par quelques mots d'introduction ou d'épilogue, à la circonstance particulière qui provoque les chants du poète. C'est ainsi que Stésichore parlait quelque part de la ville d'Hîmère, du fleuve qui lui donnait son nom et de la manière dont le cours de ce fleuve se bifurquait ^ Ce morceau était peut-être au début d'un hymne, avant le récit mythique. Un autre

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