‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 302 sur 467 · ENCHAINEMENT DES IDÉES · texte numérisé non relu

ENCHAINEMENT DES IDÉES

phrase do Pindaro pourrait se couper en trois ou quatre plus courtes ou au contraire s'allonger sans que Téconomie intime en fût détruite. A la lecture, cette ampleur semble quelquefois lâche et un peu flottante. Mais la poésie de Pindaro n'était pas parlée : elle était chantée. Il résultait de là que ces liaisons plus ou moins logiques échappaient à loreille et à l'esprit, et que toute la lumière tombait sur les mots saillants, sur les mots poétiques et brillants qui formaient comme la broderie du discours, tandis que les autres en étaient seulement le canevas invisible.

Souvent Pindare prend pour point de départ d'un développement la réalité présente, et, s'élevant peu à peu, arrive graduellement , par une chaîne plus ou moins longue d'associations, à Tidée, au mythe, au fait le plus éloigné des circonstances d'où il est parti. Mais très souvent aussi sa pensée suit une marche inverse; au lieu d'aller du particulier au général, elle chemine en sens contraire ; au lieu de monter, elle descend. Sans cesse, Pindare commence par exposer une idée générale étrangère en apparence aux faits particuliers qu'il devrait avoir en vue, mais à laquelle il rattache tout d'un coup ces faits comme à leur cause et à leur principe. C'est, par opposition à Tordre sensible et lyrique, un ordre plutôt didactique et gnomique. Il est néanmoins très ordinaire chez Pindare et contribue à caractériser sa poésie. C'est de là que lui vient en partie cette gravité presque religieuse qui a tant frappé ses admirateurs. De là aussi quelque obscurité pour un lecteur peu au fait des habitudes du ^ poète. Celui-ci dédaigne de marquer d'avance le terme où il tend; il s'avance librement à son but, sans prendre soin de compter ses pas.

Il y a, dans les odes de Pindare, plusieurs sortes de sujets : d*un côté des choses actuelles, des allusions de circonstance, des conseils moraux ; do l'autre, des récits

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mythiques. De là des emplois quelque pou différents du style. II y a nécessairement plus de simplicité dans l'expression des lois morales, plus d'éclat et de poésie dans les mythes. Le caractère général est pourtant toujours le même : brièveté, force, grandeur.

Pindare ne décrit presque pas. La plupart de ses peintures se réduisent à quelques traits. Si elles sont éclatantes et magnifiques, c'est que le poète ne peut rien toucher sans le dorer du reflet de son imagination, mais il n'a garde de s'y arrêter. II nous éblouit en passant et court à de nouveaux objets. Pindare a concentré dans ses vers une incroyable quantité d'impressions vives et fortes. Mais il est très difficile d'en donner des exemples, parce que le plus souvent le parfum de sa poésie est condensé dans un petit nombre de mots intraduisibles et se dissipe dès qu'on les effleure.

Il n'analyse pas plus Thomme que la nature. Il voit toutes choses d'une intuition prompte et synthétique, et en même temps profonde : car c'est l'àme, la vertu agissante qu'il voit dans la beauté sensible, et, sans rien ôter à cette beauté de son éclat, il l'anime d'une vie supérieure. Mais soit qu'il fasse agir des personnages, soit qu'il les fasse penser et parler, c'est toujours avec la même rapidité lyrique et originale, en quelques mots profonds.

Il ne faut pas s'attendre à trouver dans ses héros des caractères personnels et distincts. Avec son goût de l'universel, du grand, il s'arrête peu aux nuances individuelles. 11 cherche l'idéal, qui est simple, et délaisse la réalité, qui est multiple. Tantale, Ixion, Coronis, Âsclépios sont tous chez lui des ambitieux et ne sont que cela. Pindare ne voit en eux qu'un trait, celui qui leur est commun et fait d'eux des types. Pélops aime la gloire comme Héraclès, comme Achille, comme tous les héros des odes triomphales. Éaque est juste, Gadmos est pieuXi

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