DISCOURS ET RÉCITS
Castor csl Ticlèle, lolaos est dévoué ; et chacun d'eux l*est avec un éclat admirable, niais non pas d'une manière qui lui soit absolument propre ni avec des traits qui fassent de son personnage une^création neuve et distincte. Aussi les discours, par lesquels s'expliquent les caractères, sont brefs et rares dans les odes triomphales.
La IV® Pythique est le seul des poèmes de Pindare aujourd'hui conservés où l'on trouve quelque chose qui ressemble à l'opposition dramatique de deux caractères (Jason et Pélias) et des discours qui servent à montrer cette opposition. On sait que ces traits, au contraire, étaient fréquents chez Stésichore. Pindare s'est ici visiblement inspiré du poète d'Himère, soit pour Tétendue du poème, soit pour la manière de le traiter. Encore la peinture des deux caractères est-elle fort légèrement esquissée et Téloquence des deux personnages très laconique.
Dans les récits, ce goût de concentration et de brièveté produit un effet très particulier qui les distingue absolument des narrations épiques. La narration homérique raconte les faits comme si le lecteur ne les connaissait pas encore ; elle l'instruit et le met au courant, sans longueurs, mais sans précipitation. La narration pindarique suppose le lecteur instruit du fond des choses ; elle procède par allusions vives et brillantes ; elle ne s'occupe en aucune manière de suivre pas à pas le progrès des événements ; elle court d'un tableau à un autre tableau ; elle y entremêle des maximes ; elle songe moins à exposer les faits qu'à rendre avec éclat, avec force, les émotions que l'imagination du poète reçoit du contact des choses ; elle éveille notre curiosité plus qu'elle ne la satisfait ; elle ne trace qu'un résumé, qu'elle écrit, pour ainsi dire, en lettres d'or. Souvent aussi, elle a des sousentendus, des arrière-pensées ; tout en racontant, elle veut prouver quelque chose, qu'elle insinue. Dans Pio^ dare, il y a certains traits de l'orateur^ non le style
Hiat. de U Litt. gr«eqa«. » T. II. 26
assurément, mais ces préoccupations qui se mêlent parfois au récit, qui le font dévier de la ligne droite, qui l'abrègent ou le coupent à Timprovisle, qui modifient surtout ses proportions naturelles ^
g 2. La versification.
La versiGcation de Pindare est aussi savante que son style.
Dans les odes triomphales, il n'y a que deux poèmes où apparaisse le rythme péonique ^ ; toutes deux ont un caractère religieux prononcé, et les péons s'y montrent sous la forme de crétiques. Mais dans les fragments de dithyrambes, on voit d*autres exemples de rythmes à cinq temps. A tout prendre, cependant, les formes rythmiques dont Pindare s*est le plus souvent servi sont la forme logaédique ou éolienne, et la forme dactyloépitritique ou dorienne, Tune sans doute à trois temps, et l'autre à quatre ; lune plus vive, plus légère, l'autre plus grave et plus majestueuse; toutes deux, pourtant, maniées avec puissance et avec ampleur.
Nous ne connaissons pas assez la strophe de Simonide pour bien savoir en quoi la strophe de Pindare est originale. Parmi les strophes de Pindare, d'ailleurs, il y en a de plus ou moins courtes, de plus ou moins simples. Mais il y en a aussi de fort longues. Une grande strophe de Pindare forme un ensemble très compliqué. D'abord elle comprend un grand nombre de membres ou cola : elle en a souvent plus de dix et quelquefois plus de quinze. Puis les membres peuvent être assez diJTérents les uns des autres ; ils sont inégaux en étendue et diver-