‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 304 sur 467 · Poésie de Pindare, p · texte numérisé non relu

Poésie de Pindare, p

2. Olymp, II ot Pyth. V. Encore a-t-on contesté dans cette dernière la réalité de ces péons, où M. Christ voit des dipodies trochaîques catalectiqucs.

VERSIFICATION 40a

sèment constitués quant à la prosodie. Ce n'est pas tout encore. Entre le membre et la strophe, il y a plusieurs sortes de groupes intermédiaires parmi lesquels ils se distribuent suivant des lois longtemps oubliées, mais qui peu à peu sortent des ténèbres et que nous commençons à entrevoir. Le premier de ces groupes est ce que nous avons appelé ailleurs le vers lyrique^ bien plus souple que le vers ordinaire, bien plus varié par son étendue et sa composition ^ Tandis que le vers ordinaire comprend toujours deux membres, le vers lyrique, chez Pindare, en comprend de un à six ; tandis que le vers ordinaire - n'associe que des membres ou égaux ou de forme à peu près semblable, le vers lyrique en réunit de très inégaux et de très différents. A cause de cette diversité même, le vers lyrique, dans les manuscrits de Pindare, avait fini par se résoudre en ses membres constitutifs, dont l'unité métrique était plus visible, et par disparaître presque sans laisser de trace ^. C'est l'honneur de Bœckh de l'avoir retrouvé. M. J. H. Schmidt a essayé d'aller plus loin. Il a eu l'idée de compter les pieds rythmiques qui entraient dans chaque membre d'une strophe; il s'est alors aperçu que les nombres ainsi obtenus, qui mesuraient l'étendue de chaque membre, bien loin de se suivre au hasard, formaient des groupes symétriques. Ce nouveau groupement, rendu visible sans doute par les mouvements de la danse, se superposait au groupement par vers, plus purement mélodique, et introduisait dans la strophe un second élément de régularité harmonieuse que les vers n'offraient pas encore \ Une longue strophe de Pindare , avec cette

1. Voir plus haut, p. 37. Cf. aussi Poésie de Pindare^ p. 54, n. 1.

2. Cf. Christ, Die metrische Veberlieferung der Pindarlschen Oden, dans les Ahhandlungen de T Académie de Munich, t. XI, 1868.

3. On peut contester quelques-unes des figures rythmiques de M. J. H. Schmidt, mais le principe môme de sa théorie parait très soUde. Les strophes du lyrisme choral étaient dansées par uq ohœor. Peut-

404 GHAl'ITRE VII. — PINDARE

archîtcclurc do membres, do vers lyriques, de périodes, était un ensemble imposant et magnifique, très différent de la petite strophe des primitifs, et où se manifestait avec grandeur la perfection du lyrisme.

Quelques-unes des odes de Pindare sont formées d'une série de strophes toutes semblables entre elles. C*est pourtant Texception. La plupart sont composées de triades, à l'exemple des poèmes de Stésichore. Certaines odes n'en ont qu'une seule ; c'est le cas le plus rare. La plupart en ont trois, quatre ou cinq. Une enfin, la iv« Pythique, en a treize. On verra plus loin Timportance de cette division des odes en triades au point de vue de la composition du poème. Pour le moment, bornonsnous à noter la simplicité relative de cette forme. On sait que le nome comprenait parfois jusqu'à six ou sept parties tout à fait différentes ^ Plus tard, dans la tragédie et dans la comédie, dans le dithyrambe du v® siècle, on trouve des combinaisons de strophes très variées, ou même une suppression complète de la strophe, et de longues suites de vers librement déroulés. Pindare n'use pas de cette liberté. La triade lui suffit ^. Cette belle

on concevoir les «évolutions d'un chœur autrement que comme des mouvements symétriques? La mélodie aussi, par conséquent, devait se plier à cette symétrie. Cela ne veut pas dire que les développements de la mélodie fussent carrés : les Grecs ont certainement peu pratiqué ce groupement des mesures par quatre, qui nous eet si &milier. Mais il n'en résulte pas quo toute symétrie dût manquer. M. Christ, médiocrement favorable aux périodes de M. Schmidt (c'est le nom donné à ces groupes par ce savant), les rétablit lui-même en partie sous le nom de pericopœ.

1. 11 est vrai quo dans chacune d'elles la métrique était certainement assez simple.

2. M. Westphal d'abord, puis d'autres savants à sa suite (Mezger, op. ct7. ; Lûbbert, DePindari siudiis Terpandreis^ etc.) ont essayé de retrouver dans les odes de Pindare les divisions du nome primitif. C'est une tentative absolument vaine et chimérique. Cf. dan» l'Annuaire de V Association des Eludes grecques de 1880, Tarticle intitulé : Let nomee dfi Terpandre el les odes de Pindtire, Cf. aussi Poésie de Pindare^ p. 126.

3rme joint à une flexibilité gracieuse dans le détail une ;rando fermeté de dessin dans Tensemble. Rien no louvait mieux convenir à son génie, riche et réglé tout , la fois, hardi et harmonieux.

Nous avons étudié jusqu'ici le génie de Pihdare dans es éléments les plus généraux, en dehors de toute ouvre d'art particulière : nous avons essayé de voir ommont il pense et comment il écrit. II nous reste à 'oir comment il use do ces pensées et de ce style pour >âtir un poème, suivant quel plan il édifie ses matéiaux, lesquels il choisit et comment il les dispose en ^ue de l'effet total. Après Tanalyse, nous avons à faire me synthèse. — Comme nous ne possédons plus d'inact que des épinicies, c'est aux poèmes de ce genre que lous nous attacherons d'abord ; il ne sera pas trop dificile ensuite de tirer de cette première étude quelques onclusions applicables aux poèmes aujourd'hui perdus.

i 1. La. composition des épinicies.

On sait quelle admiration s'attachait en Grèce aux rictoires agonistiqucs. Un jour, pour recevoir un héros l*OIympie^ une ville abattit un pan de murailles comme levant un conquérant K Cicéron pouvait dire sans trop l'exagération qu'une victoire olympique était aux yeux les Grecs quelque chose de plus glorieux que le triomphe némc ne Tétait aux yeux des Romains ^.

Quelquefois, c'était à l'endroit même de la victoire, le

1. Plularquc, Questions de table, II, 5. i. Cicéron, Vro Flacco, 13.

dernier jour des jeux, que le vainqueur célébrait son succès. Le soir venu, le vainqueur olympique^ avec un cortège d'amis, tous portant des couronnes, s'acheminait vers la colline sainte du Cronion et vers les autels des douze grands dieux en faisant entendre un chant d'action de grâces : ce chant était d'ordinaire le T7)vg>Xa xaXXivixe d'Archiloque ^

Souvent, ensuite un festin réunissait sous une tente, jusqu'à une heure avancée de la nuit, le vainqueur et ses compagnons. « Quand vint le soir, dit Pindare, l'aimable lumière de la lune à la face brillante éclaira le ciel, et tout le bois sacré retentissait du bruit des fêtes, des chants joyeux du cômos ^. » On ne pouvait guère composer pour ces festins des chants nouveaux : le loisir nécessaire manquait au poète, à moins que le séjour du vainqueur à Olympie ne se prolongeât durant quelque temps ^

C*cst surtout au retour du vainqueur dans sa patrie, et plus tard encore, que s'exécutaient les odes triomphales.

L'entrée même du héros dans sa ville natale était une première occasion de chanter sa gloire. Celte entrée se faisait solennellement. Le vainqueur était sur un char. Ses parents et ses amis, à cheval ou sur des chars^ lui faisaient cortège. On se rendait au temple, où le vainqueur consacrait sa couronne K Quelques odes de Pindare ont été composées pour des marches de ce genre, très probablement ^ La plupart néanmoins sont évidemment destinées à des banquets. Tantôt le chœur s'arrêtait à la

\ . Cf. Oîymp. IX, début, ot les Scholies sur ce passage.

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