‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 306 sur 467 · Pyth. X · texte numérisé non relu

Pyth. X

6. AvSt'av iikpav xava/T^Sà ireiçotxiXpivav, Nèm, VIII, 25. Un diadèmo lydien, parce que la mélodie, sans doute, est composée dans le mode ainsi nommé.

408 CHAPITRE VII. — PINDARB

digne de rassemblée la plus nombreuse et capable d'ins* pirer une poésie très brillante.

Le point de départ du poème, c'est la victoire remporlée par le héros, avec le corlège nécessaire des mentions afférentes à cette victoire : le nom des dieux, la nature du combat; parfois, sMl s'agit d'une victoire équestre ou de celle d'un attelage, le nom du cheval ou celui du cocher ; presque toujours, si le vainqueur est un enfant, le nom do son maître ; enGn les divers détails qui se rattachent à la mention même de la victoire et qui sont nécessaires pour la caractériser. Sur tout cela, quelques mots rapides suffisent au poète, qui a hâte d arriver à ridéal et au mythe.

Mais voici, dès les premiers mots qu'il prononce, son sujet qui s'étend et qui s'élève.

Quel est le théâtre des jeux? C'est Olympie, c'est Delphes, c'est risthme de Poséidon, c'est Ncmée illustrée par Héraclès. Tous les plus grands noms de la mythologie et de répopée se présentent à la pensée du poète. A défaut de ceux-là, ce sont ceux des cités grecques où se donnent des jeux analogues, et ceux des divinités à qui ces fêtes sont consacrées. 11 faut faire l'éloge des jeux, rappeler leur fondation divine, dire quelqu'une des poétiques légendes qui se groupent autour de leur nom.

Puis, cette victoire même est un don de quelque divinité : c'est Zeus, c'est Poséidon, c'est Apollon qui choisissent le vainqueur parmi la foule des concurrents et qui font descendre sur son front la couronne glorieuse. Il faut les remercier.

Il faut également faire Téloge du vainqueur ; non sculement de sa victoire présente, mais de ses succès antérieurs parfois, de son bonheur, de sa richesse, de sa vertu en général. Avec le vainqueur, il importe de louer tous les siens : il faut glorifier sa race, sa cité natale, sur lesquelles rejaillit sa gloire récente, et qui l'éclairent

à leur tour du reflet de leur propre illustration. Il faut rattacher Tindividu à son groupe naturel, et embarquer, selon la vive image de Pindare, 1 éloge personnel du héros sur le navire qui porte la gloire de sa race et de sa patrie ^ Les générations successives sont solidaires les unes des autres ; le vainqueur n'est qu'un rameau d'une tige florissante. Le poète lyrique qui, ayant à le célébrer, célèbre en même temps et les ancêtres de qui il tient sa vertu et la cité qui est fière de lui, ne fait que se conformer à la vraie nature des choses telle que tout le monde alors la concevait.

Les éloges appellent les conseils. L'âge des lyriques, ne l'oublions pas, est en môme temps celui des gnomiques, des poètes sentencieux et réfléchis qui, ayant tourné leur regard sur la vie non pour la peindre uniquement, mais pour en raisonner, y ont trouvé des leçons que l'épopée négligeait et les ont condensées en maximes pleines de sens.

Rien d'ailleurs de plus varié que les circonstances au milieu desquelles le poète devait chanter. 11 arrivait souvent que la célébration d'une victoire agonistique coïncidait avec un anniversaire agréable ou glorieux, avec quelque autre fête. La vie publique de la cité aussi bien que la vie privée du vainqueur ofl'raient en abondance des coïncidences de tout genre au choix discret du poète.

Enfin, à côté de la personne du héros, à côté de toutes les circonstances qui modifient le caractère de son triomphe, il y a encore à tenir compte de la personne même du poète, dans la mesure du moins où il peut être intéressant pour ses auditeurs qu'il leur livre le secret do ses propres sentiments. Si Tode, par exemple, est composée pour un concours, il pourra exprimer son

1. Tel est lo sons do la locution piudarique î'iSioc èv xoivb> ataXeic (Obfwp. XIII, C9).

désir do vaincre. Les relations personnelles avec son héros peuvent aussi, dans bien des cas, lui offrir quelque sujet de réflexion.

Voilà donc sept ou huit groupes d'idées, sept ou huit sources d'invention qui s'offrent naturellement à l'auteur d'une ode triomphale. Ce sont là, pour ainsi dire, les « lieux communs » de la poétique du lyrisme K Des convenances impérieuses Tobligent à aborder tous ces sujets. Cela ne veut pas dire, bien entendu, qu'il soit tenu de puiser également à toutes les sources. Les circonstances et sa fantaisie gouvernent souverainement son inspiration. Mais il est rare qu'il en néglige une seule tout à fait. Les poètes avaient pleinement conscience de cette obligation. Pindare lui-même y fait des allusions formelles et fréquentes :

Quel (lieu, quel mortel ma lyre doit-elle chanter? Pise appartient à Zeus, mais Héraclès a donné à Olympie le trophée de la victoire *.

Ailleurs, il dit que ses chants, à Égine, ne sauraient oublier les grands héros éginètes, les Éacides '. C'est là pour lui une loi, une règle inviolable*.

On voit quelle était l'abondance des matériaux que le poète avait à sa disposition. On voit aussi quelle place les mythes y pouvaient tenir. Il n'y a pas une des sources d'invention proposées au poète par les lois de son art qui ne pût lui en fournir une ample provision. Le poète lyrique n'avait qu'à se baisser pour cueillir sur sa route une quantité de belles légendes. Or non seulement il le

i. TÔTiot, dans la lani^'uo des rhéteurs. C'est Thiersch, dans l'Introdiirtion do son édition (182â), qui a le premier exposé avec netteté la théorie des sources d'invention de Todc triomphale.

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