TéOjjLiov aaçéaraTov, IsUun, V (VI), iU
pouvail, mais il le devait. On peut dire qu'il n*y a pas en Grèce de grande poésie qui ne soit mythique. Pour le poète et pour Tartiste, le mythe est le miroir idéal de la vie humaine; il est la matière propre do Fart; il offre à l'imagination des types divins et héroïques où l'humanité sans doute se reconnaît, mais agrandie et embellie, dégagée de toute particularité mesquine, idéalisée sans chimère et vivante sans vulgarité.
Malgré le lien qui unissait ensemble tous ces groupes d'idées lyriques, il y avait pourtant des précautions à prendre pour éviter une sorte d'éparpillement des idées : plus le faisceau est ample, plus il est à craindre qu'il ne se brise. De là une seconde loi de l'art lyrique : après la variété, l'unité. Or l'unité nécessaire est double : il faut d'abord que l'occasion particulière du poème ne disparaisse pas complètement au milieu des broderies accessoires. Il faut ensuite et surtout que de tout cet ensemble se dégage une impression dominante, une pensée unique. Selon les vues admirables des Grecs, maintes fois exprimées par Platon et par Aristote, une œuvre d'art est comme un être vivant : elle se compose do parties distinctes, mais unies par une force secrète et harmonieuse. Vingt belles pensées juxtaposées ne font pas une œuvre d'art, pas plus que de beaux membres mal ajustés ne font un beau corps. Il faut qu'une âme circule dans tout l'ensemble et lui donne l'unité avec la vie.
Sur la première sorte d'unité, celle qui rattache les divers développements du poème à l'occasion particulière d'où il est né, nous n'avons que peu de choses à dire. Le sentiment des Grecs ne parait pas avoir exigé d'ordinaire en cela plus d'unité que celle qui résultait de la nature même des choses telle que nous l'avons exposée précédemment. Qu'il y ait parfois, dans telle ou telle ode de Pindare, un autre lien plus direct (un lien d'allu* sîon par exemple) entre le récit mythique et certaine
circonstance de la victoire à célébrer, c'est possible, mais c'est à coup sûr exceptionnel, et il est très dangereux, on pareille matière, de vouloir trop deviner. La plupart des tentatives faites dans celte voie par les érudits modernes sont absolument vaines, quand elles ne sont pas ridicules K
Quant à l'autre sorte d'unité, celle qui se tire non plus du rapport des développements poétiques avec Toccasion réelle, mais du lien d'art, c'est-à-dire de logique intime et harmonieuse qui fait que toutes les parties du développement se conviennent et concourent à un même effet^ le problème qu'elle soulève est plus délicat et plus compliqué. Au xvii® et au xviii® siècle, les adversaires des anciens s'en tiraient par une négation pure et simple : ils traitaient les odes de Pindare de galimatias. L'érudition du XIX® siècle (précédée d'ailleurs par celle du xviii*) a essayé de comprendre ce que les beaïix-esprits se bornaient h ignorer. Elle a beaucoup cherché dans cette voie, et les noms de Bœckh, de Dissen, d'Olfried MûUer, surtout de G. Ilermann, méritent entre beaucoup d'autres d'être cités avec honneur. 11 faut avouer pourtant que bien des chimères, bien des théories subtiles et pédantesques se mêlent dans ces éludes à des idées très justes. Laissant de côté toute discussion rélrospective, bornonsnous à exposer ce qui nous semble être la vérité *.