Phèdre, p. 244, B ; Théagès, p. 124, D
5. Hérodote ne nomme pas une fois la sibylle. £st-ce dédain 7 ou bien est-ce que le recueil en question aurait était formé seulement entre la composition de Touvrage d'Hérodote et celle de la Paix d'Aristophane?
SIBYLLES — GHRESMOLOGUES 437
là nous sont à peu près complètement inconnus. D'autre part, le succès même de ces oracles et la multiplication des sibylles provoqua la création d'une longue série d*apocryphes, et il finit par exister plusieurs sortes do livres sibyllins. On connaît l'histoire des livres sibyllins de Rome, plusieurs fois brûlés, reconstitués, épurés. Ils passaient pour être primitivement l'œuvre de la sibylle do Gumes, mais refaite plus tard avec des oracles de la sibylle Erythrée. D'autres oracles de même sorte furent fabriqués à Alexandrie par des Juifs ^ Rien de tout cela n'intéresse l'histoire littéraire du vi* siècle avant J.C. La littérature sibylline, dont l'origne remonte pourtant à peu près à cette date, n*cst plus qu'un nom pour l'historien qui doit se renfermer dans l'étude de ce temps.
Les chresmologues ne doivent pas non plus nous arrêter longtemps. Parmi ces « diseurs d'oracles », les uns sont purement mythiques; les autres, au contraire, sont des personnages réels, mais dont la légende s'est emparée de bonne heure, au point de les rendre à peu près méconnaissables. Des uns comme des autres, il ne nous reste que peu de souvenirs vraiment intéressants pour l'histoire de la poésie grecque.
Les plus célèbres des chresmologues mythiques sont Musée, dont nous aurons à reparler tout à l'heure, et surtout Bakis. Ce dernier mérite quelque attention à cause de la grande notoriété dont jouirent ses oracles. Hérodote le respecte-; Aristophane le tourne en ridicule^;
1. Cf. G. Alexandre, Oracula sibyUina, 2« éd., Paris, 1869; F. De- \2L\xn2iy t Moines et Sibylles dans l'Antiquilé judéo-grecque, 2® éd., Paris, 4874; B. Badt, Oraculorum sibyUin(yrum liber quar tus, Breslau, 1818; Otto Gruppê, Die griech. Culte und Mythen in ihren Beziehungen zu den Orienlalischen Religionen, Leipzig, 1887, t. T, p. 675 et suiv.
2. Hérodote, VIII, 20; 77; 96; IX, 43. Dans les deux derniers passages, Hérodote le cite avec Musée.
3. Aristophane, 67iet?a/ter«, 123, 1003; Paix, 1070, 1119; Oiseaux» 962,
double prouve de la place considérable qu'il occupait dans la pensée des Athéniens du v^ siècle K La tradition le faisait naître en différentes parties de la Grèce, tantôt on Béotic, tantôt en Ârcadie, tantôt en Attique; on finit par supposer qu'il y avait eu plusieurs Bakis. Les plus fameux de ces oracles, ceux que cite Hérodote et qui lui valurent tant de crédit à Athènes^ étaient relatifs aux guerres médiques; comme ses prédictions sont très précises en effet, il est clair qu'elles ont été faites après Tévénement; cela en indique la date; mais il est probable qu*il était déjà connu par d'autres oracles au siècle précédent. Le style de ces vers est un bon pastiche de celui des élégiaques et de Toracle de Delphes ^.
Hérodote mentionne encore divers chresmologues, — Amphilytos, Lysistratos, — qui paraissent avoir été des personnages historiques. Il met Amphilytos en relations avec Pisistrate et rapporte un de ses oracles ^ On peut seulement se demander si ce personnage, qui converse avec le rusé tyran dans le plein jour de l'histoire, est un véritable inspiré, un homme qui prophétise en son propre nom, ou s'il ne serait pas plutôt un de ces collecteurs d'oracles qui interprétaient les vers des vieux chresmologues et qui furent si nombreux à Athènes de tout temps.
Le môme doute ne s'applique pas à Épiménide, personnage incontestablement réel (malgré les légendes qui
1. Les oracles de Bakis ont été réunis par Alexandre, Excursus ad sibyllinai p. 134-136. Voir, dans l'ancien recueil des mémoires de TAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXIII, p. 187-212, un intéressant travail de Fréret intitulé : Observations sur ies recueils de prédictions qui portaient le nom de Musée, de Bacis et de la Siftylle.