‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 364 sur 467 · Dioj?ène Laôrce, VIÎl · texte numérisé non relu

Dioj?ène Laôrce, VIÎl

i. Cf. Zeller, t. I. p. 310 ot suiv.

3. Le polit poème qu'on appelle les Verf; dorés (xp'-xxa é'^ïrin) ^t qui est rmsscmont attribué à Pythagorelui-niônie, peut donner une idée lie ces préceptes. C'est un cours de morale pratique on 71 vers. On ne sait qui en est l'auteur. Plusieurs formes suspectes (èloixivaç pour è^axsffâjxsvo;, v. GG ; âîroXsî-^a; pour dTcoXtuwv, v. 70) semblent indiquer une rédaction d'époque assez basso; mais le fond peut en être plus ancien. Quoi qu'il en soit, ce poème jouit dans Técole pythagoricienne d'une grande réputation, et nous avons encore un long commentaire d'Hiôroclés {v« siècle ap. J.-C.) sur ces sentences. Les Vers (tores (ainsi nommés on raison du grand prix qu'on y attachait) ont été publiés dans los Frmjmenla philosophorum grœcorum df^Mul lach (Didot), t. I, p. 193.1^9.

yeux des modernes, habitués depuis des siècles à ces distinctions ; mais bien naturelle, si l'on songe qu'encore au temps de Platon un sophiste pouvait confondre l'idée abstraite de beauté avec l'idée concrète d'un objet réellement beau^ Et erreur féconde, après tout, puisqu'elle introduisait dans la science théorique dos choses la considération d'un élément nouveau et capital, le seul vraimont intelligible, celui de la forme exprimée mathématiquement. L^origine de cette idée n'est pas douteuse, et elle fait grand honneur à Pythagore : véritable fondateur des mathématiques en Grèce, il ne s'était pas contenté d'étudier les nombres en eux-mêmes, il avait voulu tout calculer et tout mesurer ; il avait porté partout le calcul mathématique; or, voilà qu'aussitôt d'étranges rapports lui étaient apparus de tous côtés : en musique, entre la sensation produite par la note, et le nombre qui représente la longueur de la corde sonore; en géométrie, entre la sensation qui résulte de la forme visible, et le nombre qui traduit cette forme. Comment de pareilles découvertes n'auraient-elles pas jeté son esprit dans une sorte d'ivresse et d'enthousiasme ? Dès lors, il Bt du nombre le principe unique de tout ce qui existe, du monde moral ainsi que du monde physique.

Pour ce qui est du monde physique^ disons seulement que la cosmologie pythagoricienne, très imparfaite encore, est cependant en grand progrès sur celle de ses prédécesseurs ; et, chose curieuse, c'est en partie sans doute à Tobservation, mais en partie aussi à certaines conceptions a priori tirées des nombres, que Pythagore a dû cette supériorité. Inutile d'ailleurs d'entrer dans les détails du système : sur le nombre et l'ordre des pla-

i. Aujourcrhui même, à vrai dire, combien de gens comprennent à fond, et sans jamais s'y tromper, que le triangle dont le géomètre étudie les propriétés est un triangle idéal, et non celui qui est figuré sur le tableau?

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nèles, sur le feu contrai, sur rantiterre, sur Tharmonio des sphères, on trouvera chez les historiens de la phi« losophio des explications qui seraient ici superflues. Bornons-nous à rappeler que c'est lui, selon la tradition, * qui eut le premier l'idée d'appeler le monde Koap;, c'est-àdire « ordre » ; beau mot, qui a fait fortune ; idée bien digne du grand esprit pour qui la matière n'était rien sans le nombre et sans l'harmonie ^.

Pour ce qui est du monde moral, il y introduisait l'arithmétique d'une manière qui nous parait, à vrai dire, surtout bizarre par la subtilité des applications. Pourquoi la justice^ par exemple, lui paraissait-elle correspondre au nombre 4 plutôt qu'à tout autre ^ ? Les assimilations de ce genre avaient été multipliées par Pythagore avec une subtilité infatigable.

Beaucoup de points, môme très importants, restent mal connus dans sa doctrine. Aristote semble dire, par exemple, qu'il n'avait pas clairement expliqué comment les êtres étendus avaient pu sortir de Tunité primitive ^. C'est peut-être, après tout, que l'explication n'était pas facile à donner. Mais il y a beaucoup de théories pythagoriciennes dont on ne saisit même pas bien la relation avec l'ensemble du système, et d'autres qu'on ne fait qu'entrevoir. Quelle idée, notamment, se faisait-il de la divinité, pour laquelle il professait une piété profonde ? Que pensait-il de la nature de l'âme ? Gomment expliquait-il l'immortalité de celle-ci, et comment rattachaitil à la théorie du nombre sa croyance à la métempsycose, attestée déjà par Xénophane? Autant de problèmes insolubles.

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