‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 443 sur 467 · Il, 40G · texte numérisé non relu

Il, 40G

3. Voir les chiffres de Kiepert dans Vllémdole de Stein (note sur ce passage).

n'est pas diminuer sa gloire de voyageur que de les constater.

En revanche, Taspect général du Delta, les Pyramides, rinondation du Nil, le papyrus, la plaine de Babylone, lui ont fourni le sujet de descriptions aussi vives que fidèles.

Hérodote, en somme, ouvre les yeux et sait regarder : c'est un esprit curieux, avisé, clairvoyant. Mais c'est un voyageur du v*' siècle avant Tère chrétienne, qui passe vite au mih'eu d'une foule de choses nouvelles et étranges, sans éducation scientifique, sans livres, sans instruments^ sans nos habitudes modernes de précision, et qui, de la meilleure foi du monde, môle beaucoup d'àpeu-près à des indications très justes.

Le problème était encore plus compliqué pour les informations qu'il empruntait à autrui soit par des lectures, soit par ouï-dire (axor;). Si Hérodote a beaucoup vu, il a bien plus appris encore par les récits qu'on lui a faits ou par les écrits de ses devanciers; toute la partie vraiment historique de son livre dérive de cette source. C*est donc là, pour l'appréciation de son esprit critique, le point capital. Or les difficultés étaient grandes.

Les recherches d'Hérodote devaient porter sur les sujets les plus variés : toute la Grèce, tous les peuples barbares figurent dans son ouvrage, non seulement pour la part effective qu'ils avaient récemment prise dans les guerres médiqucs, mais souvent aussi, grâce à la curiosité rétrospective de l'historien, pour une partie au moins de leur histoire antérieure, à laquelle s'ajoutent de nombreuses indications géographiques. Son livre est un raccourci de tout le monde ancien. Pour s'informer sur toutes ces choses si difficiles à bien connaître, quelles étaient les sources où il pouvait puiser?

L'histoire de l'Egypte, celle de l'Assyrie et de la Perse étaient conservées en grande partie dans des inscrip-

lions que la science moderne déchiffre. Il y avait môme, pour la Perse, des « Livres royaux* » qui offraient un résumé des actes ofGciels et où Ctésias, moins d'un demisiècle plus tard, a quelquefois cherché dos informations. Mais Hérodote n'a pu se servir d'aucune de ces sources de renseignements : il n'avait nul accès direct aux livres officiels des rois de Perse; il ne pouvait ni lire ni comprendre les inscriptions, pas plus celles de TÉgypte que celles de TAsie. 11 n'avait qu'une ressource : interroger les gens du pays, de préférence les plus savants ou ceux qui passaient pour tels (ol 'hrft.âraxt\)f en particulier les prêtres, gardiens des vieilles traditions et des vieux souvenirs, puis les drogmans et les cicérones qui montraient et expliquaient les ^monuiAents du pays (car il y avait déjà des touristes grecs qui couraient le monde, sans compter les marchands, les pèlerins, les aventuriers de toute espèce^). — Pour l'histoire ancienne de la Grèce, il y avait les écrits des poètes et des logo^raphes, témoins utiles des faits contemporains, narrateurs fort suspects des événements antérieurs; il y avait surtout encore les sanctuaires, avec leurs riches trésors d'offrandes (àvaOr)[jLaTa),de monuments, d'inscriptions de toute sorte, archives pittoresques, d'autant plus faciles à consulter que la tradition des vieilles histoires s'y conservait dans la mémoire des prêtres et des sacristains, toujours prêts à expliquer les monuments dont ils avaient la garde. — Pour l'histoire toute récente des guerres médiquos, outre une foule de souvenirs conservés aussi dans les temples, il y avait les archives des villes, les textes de lois et de décrets, les monuments commémoratifs; il y avait surtout la tradition orale, encore toute vivante, et qui ne demandait qu'à s'épancher

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