‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 451 sur 467 · III · texte numérisé non relu

III

4. Cf. Maas, Hcrodoios und Isokrafes {Hernies, t. XXII» 1887, p. o8i et suiv.) L'auteur de ce travail croit trouver dans le discours d'Otanés une imitation des KataSâXXovTsç AÔyoi de Protagoras.

o. Dans le discours de Démarato sur 1»^ caractère de I/icodùnionc.

En revanche, il la dessine d'un trait rapide et fin uu moment même où elle agit. Thémistocle, Aristide, sont esquissés avec justesse, Tun dans son habileté peu scrupuleuse, Tautre dans son honnêteté incorruptible. Le tableau de la Grèce au moment où l'invasion de Xerxës se prépare, ces sentiments incertains, contradictoires, qui s*agitent dans les esprits, plus tard (à la veille de Salamine) les hésitations ou les arrière-pensées des peuples et des chefs, sont notés avec une sagacité clairvoyante, où il entre d'ailleurs plus d'observation morale immédiate que de philosophie véritable.

Hérodote a pourtant aussi sa philosophie de l'histoire; il croit à l'existence d'une loi qui gouverne les événements. Mais cette lui est toute religieuse : elle est plutôt morale que politique. C'est celle que Solon, Pindare, Escliyle, ont tant de fois exprimée : l'homme est misérable par nature; la volonté des dieux exige qu'il reste dans sa condition; s'il cherche à s'élever au-dessus d'elle par l'orgueil et par la violence, la jalousie divine l'atteint et le brise; Hybris, Koros et Até forment une trinité fatale; la Némésis pèse sur l'homme *.

Dès le début de son livre, Hérodote fait allusion à ces révolutions surnaturelles de la destinée. Son ton est grave, plein d'une mélancolie indulgente et religieuse :

Je parlerai des petites cités comme des grandes : ce qui était grand autrefois est souvent devenu petit; ce qui est grand aujourd'hui a commencé par être faible; aussi, connaissant les vicissitudes de la félicité humaine, je mentionnerai les unes comme les autres *,

il n'y a guère que des observations assez faciles à faire ; le paRsage le plus notable est celui qui est relatif au respect des Spartiates pour la loi (VII, 104).

l. (if. ïounior, Nétnésis et la Jalousie des Dieux» Paris, 1862. L'appendice de cet excellent ouvrage renferme on particulier une analyse de l'ontretien imaginé par Hérodote entre Cr.'sus et Solon.

Voici l'énoncé même de la loi :

La divinité frappe de sa foudre les êtres les plus j?rands et les empêche de s'épanouir; les petits au contraire la laissent indifférente. Les hautes demeures et les arbres élevés sont surtout atteints par ses traits; car Dieu aime à briser ce qui s'élève 1.

Toute faute attire à Ttiomme une punition, mais surtout l'orgueil, qui est la faute irrémissible ^. La punition méritée est inévitable; rien n'échappe à la divinité ^ : les oracles mêmes et les présages, mal compris du coupable, le trompent et le poussent à sa perte. Au total, tout est mené, dans les choses humaines, par la volonté divine *. L'histoire est le règne des causes finales et do la Providence. Le mot même de Providence (xpovoiYi roiî Oeou) est en toutes lettres chez Hérodote ^ C'est une philosophie de l'histoire telle que Socrate l'aurait pu souhaiter.

On voit sans peine la beauté morale de cette conception, qui rappelle celle de Bossuet. Que les faits la vérifient souvent, cela n'est pas douteux : les conceptions métaphysiques ont presque toujours leur racine dans l'observation de la réalité. Et d'ailleurs, elle a le mérite d'être une loi, c'est-à-dire un principe d'ordre introduit dans la représentation des faits historiques. Par tous ces caractères, elle marque un progrès de l'histoire. Mais on voit aussi, sans qu'il soit besoin d'y insister, la différence qui existe entre cette philosophie et celle d'un Thucydide, par exemple, qui ne cherche pas la loi en dehors des faits, qui travaille surtout, comme Anaxagore,

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