I, 135. L'expression homérique est xoupiSîac àU/ou
o. VII, 48.
6. vil, 10, 8. — Dométrius {Eioc, M2), tout on constatant l'heureux effet de ces emprunts, blâme Hérodote do ne ])as assez les dissimuler.
plesse et la variété de son allure, qui exprime le mouvement propre de sa pensée et le tour personnel de ses sentiments.
On sait la distinction essentielle que les anciens établissaient entre Télocution périodique ou « ramassée » (XeÇiç xaTeaTpaftftevTi) et celle où les idées sont simplement rattachées comme par un fli (XéÇi; eipojuvYi *). La période est une construction forte et logique, qui rassemble et concentre les idées secondaires autour de Tidée principale dans l'unité d'une phrase coulée d'un seul jet. C'est la forme oratoire par excellence, à laquelle prélude d'abord le parallélisme antithétique de Gorgias, d'Anliphon, de Thucydide, mais qui n'arrive à la perfection qu'avec Lysias pour la période courte, avec Isocrate pour la période ample et majestueuse. Avant Lysias et Isocrate, on n'a fait en Grèce de vraies périodes que par hasard, non par principes. L'autre manière do parler, la >iÇi; £ipo[i.€vv), est la forme naïve et ancienne. C'est celle d'Hérodote, qui aligne ses idées les unes à côté des autres en se bornant à les relier par des particules très simples (îcai, Se, oiiv, etc.), ou par des répétitions de mots un peu gauches -. Très souvent ses phrases sont courtes. Quelquefois, cependant, elles sont longues; mais elles ne sont pas pour cela périodiques, car les différents membres de ces longues phrases sont simplement juxtaposés, pour ainsi dire, et l'on pourrait s'arrêter ici ou là sans difficulté; rien, dans la structure de l'ensemble, n'oblige l'esprit à courir d'un seul élan jusqu'au bout. Cette manière d'écrire donne au style un abandon qui a beaucoup do charme, surtout quand des rythmes cachés, presque poétiques.
i. Aristole, Uhét., 111, 9.
2. Par exemple (V, 49) : 'ATrixvégTai 6 'ApiArTaY^pr,;... iç 2t3iidtpTT,v... àTcixv£Ô|X£vo; §£ è; )6yov; ô 'ApiTTaYÔp^;; D-eye... Cette sorte do reprise est perpôtuolle.
ajoutent à la douceur de ce mouvement la sensation obscure d'une sorte de musique *.
Dans le détail môme de chaque phrase, il y a, chez Hérodote, peu de ces inversions qui soudent, en quelque sorte, les mots ensemble : Tordre suivi est très souvent Tordre analytique du français, qui a Tair, en grec, do délier les parties de la phrase et do les égrener ^. Point d'oppositions symétriques non plus, à la façon de Thucydide; rien qui sente Teffort logique de la pensée pour combiner et construire. Denys d'Halicarnasse s'est amusé à modifier lés^èrement une phrase d'Hérodote pour lui donner Tair d'une phrase de Thucydide ' : il n'a eu, pour opérer cette sorte de transposition, qu'à y introduire un peu plus de symétrie logique et quelques inversions; aussitôt, Tair d'abandon gracieux disparaît et fait place à une vigueur plus oratoire.
Même caractère général dans la suite et le courant du discours. De petites phrases mises les unes à côté des autres peuvent donner des impressions très différentes selon le rythme général qui les anime. Chez tel ou tel de nos écrivains français, cette manière d'écrire est vive et pressée, ou agile avec grâce, ou impérieuse et forte.
1. Démôtrius, De l'Efocutioii, 181. Ce caractère musical se trouvait aussi, selon Démétrius, chez Platon et Xénophon, nullement chez Thucydide.
2. Voir IL Weil, De l'ordre des mots dans les langues anciennes comparées aux lanf/ues modeimeSj Paris, 1844, p. 63 et suiv.
3. Arrangement des mots^ c. 4. Voici la phrase d'Hérodote (remise en dialecte attique), et la même phrase l'crite à la façon do Thucydide par Donys :
!• Style d'Hérodote : Kpoîdo; tjv A'jSô; (xîv Yevo;, waT; 5à 'AXyaTxou, T\5pavvo; 8è twv ê6và>v xoiv èvro; "AXuo; TToxapioO, Sç, plœv à-rco pL£(Tir](x6ptac ItexaÇÙ S'jpwv ts xa\ HaçXaYovwv, i\\r{(ji irpb; popéav c(vs[j.ov eU xbv E{î$£i-
VOV XaXO'J|JL€VOV TCOVTOV.
2o Style de Thucydide : KpoT-To; y;v utb; jiàv 'AXuaxToy, ^htoi 8à Au86;, Tupavvoçôè Tfov èvTo; "AXuoçiroTapioO èôvwv, oc, Atco pLE<n)(iêp^ac fewv iiexaÇù Sûpwv xa\ Ha^Xa^ivoïv, e?; xbv EuÇeivov xaXo\5(i€vov itivxov èÇirjo-i wpb; popéav ave[j.ov.
Chez Hérodote, elle est souple et un peu flottante, sùjelle parfois aux digressions (comme la composition de tout louvrago), gracieuse et facile avec quelque mollesse, mais capable aussi d'émotion et de grandeur, suivant les circonstances. Le ton qui domine est celui d'une bonhomie familière et simple; alors, le mouvement du style a beaucoup de laisser-aller. Ailleurs, le ton s'élève; un accent religieux, parfois mélancolique, s'y fait entendre; le rythme de la phrase traduit aussitôt cette émotion : l'élocution devient sentencieuse; chaque membre do phrase^ pareil à un oracle, tombe avec une sonorité monotone et grave K Quand on lit un morceau de ce genre, on se rappelle le mot de Denys, et l'on songe à Homère ou à Solon. Voilà ce qu'on ne trouvait pas chez les logographes et ce qui fait qu'Hérodote est un grand écrivain. Mais, d'ordinaire, celte élévation dure peu : le souffle est court et peu soutenu; Timagination, facilement distraite (comme celle d'un enfant), vole d'un objet à l'autre, et la phrase, ainsi que la pensée, recommence à se dérouler librement, capricieuse et flottante.
Il est aisé de voir à quels emplois ce style se prête de préférence, et dans quelle mesure. Il n'est pas oratoire. Hérodote, sans doule, a de nombreux discours dans son histoire, et quelques-uns sont justement regardés comme fort beaux; mais la beauté en est plus poétique et lyrique que proprement oratoire, et c'est avec raison que les anciens nomment Thucydide comme l'historien qui sut le premier composer de vrais discours, de vraies démégories -. L'élo(juence vit surtout de dialectique et de passion. Or Hérodote n'est ni passionné ni dialecticien. H n'a pas cette rigueur qui décompose les idées, qui les enchaîne, qui construit de longs raisonnements, et qui
1. Par exemple, dans le discours d'Artaban (Vil, 40, 4-6), ou dans le discours du seigneur perse au festin d'Attaginos (IX, Ifi).