‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 86 sur 467 · Fraj^ni · texte numérisé non relu

Fraj^ni

des opinions de Solon et de ses sentiments. Pour apprécier son style, il faudrait lire ces passages en grec. On y verrait la noblesse aisée du langage, le mélange harmonieux des locutions homériques et des mots ordinaires, la précision de la pensée et la grâce des iuiageSf la souplesse de la phrase. En co qui est pourtant des images et de Tallure générale de la phrase, une traduction même peut en laisser voir quelque chose. On a remarqué plus haut toutes ces belles comparaisons qui naissent d'elles-mêmes en abondance, qui se déroulent en tableaux ou se renferment en quelques mots seulement : celle de la vengeance divine qui n'est d'abord qu'une étincelle avant de devenir un incendie, celle de la splendeur printanière reparaissant après Torage. Ailleurs encore, parlant de la misère répandue dans la cité, il la montre envahissant le domicile de chacun : «...Et les portes de la cour, dit-il, ne peuvent plus l'arrêter *. » Solon a le don poétique par excellence, le don de Tirnagc. Il a aussi celui de la phrase bien rythmée, habile à traduire, par la diversité de son allure^ toutes les nuances du sentiment; tantôt brève, impérieuse; tantôt sinueuse et largement épandue ; tantôt coulant à petits (lots presséSy pour ainsi dire, mais d'un mouvement unique et puissant ^.

Par tous ces traits, Solon est un plus grand écrivain que ne l'avaient été, semble-t il, les élégiaques antérieurs, sauf peut-être Mimnerme. Avec une conception de la vie plus large et plus profonde, il dispose d'une forme littéraire exactement appropriée à sa pensée. L'admiration des anciens ne s'y était pas trompée. On faisait de lui un des Sept Sages, c'est-à-dire l'un des maîtres par excel-

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