‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 95 sur 467 · Welcker, p. xiv · texte numérisé non relu

Welcker, p. xiv

4. Aristote, Polit, IV. 15 (p. 1300, a. 17 Bekkor) ; V, 3 (p. 1302, b, 80); V, 5 (p. 1304, b, 35, et p. 1305, a, 24); Plutarque, Quœst. grœc, 18. — Cf. dans les Poêles moralistes de la Grèce, la notice de M. J. Girard sur Théoguis.

opposition aux « méchants », xaxoî, c'est-à-dire aux plébéiens. Sa vie a élé longue : il parle de la vieillesse tantôt c<imme approchante * tantôt comme déjà venue ^. Il a traversé par conséquent toutes sortes de vicissitudes. Il a été riche, puis ruiné. Il a vu son parti dominant, puis renversé. Il a connu des périodes d'accalmie, où les classes hostiles semblaient se rapprocher. Mais bientôt la lutte a repris. Il a dû s'exiler ; il a voyagé en Grèce et en Sicile, criant vengeance et appelant de ses vœux une nouvelle révolution. Cependant la fortune changea une fois de plus. L'aristocralie reprit l'avantage et Théognis rentra dans sa patrie. Il semble qu'il y vécut encore assez longtemps et qu'un certain nombre de ses poésies se rapportent à cette période de sa vie ; mais on ne peut être très précis à ce sujet. Parmi ces vicissitudes politiques, qui remplissent ses vers, on entrevoit aussi des souffrances d'un caractère plus personnel, un amour accueilli par la jeime fîllo à laquelle il s'adressait, mais rejeté par les parents, qui préfèrent un plébéien riche à un noble pauvre ^ L'âme de Théognis subit fortement le contre-coup de celte existence agitée. Sa poésie est l'œuvre de sa vie entière et l'image fidèle de son âme.

Les Elégies à Kyrnos paraissent avoir été la partie la plus célèbre de son œuvre *. Kyrnos, fils de Polypaos S

1. V. 1132. Il n'y a aucune niison d'attribuer ces versa Mimnerme, comme le fait Bergk, dubitativement d'ailleurs.

3. V. 261-266. Cf. 257-260, où c'est la jeune fille qui parle. Le roman aurait bien fini, à en ju(;er par les v. 1225-1226.

4. Le titre rvcotioXoyîa irpbc K'jpvov, donné par Suidas, est douteux, bien que Plutarque dise aussi {Manière de lire les poètes ^ 2) : YVb>(xo- XoY^ai BetSyviSo;. C'est sous forme de gnomologies que les élégies de Théognis avaient de bonne heure fait leur chemin, mais on ne peut affirmer que ce fût le titre primitif.

5. Polypaos ou Polypas plutôt que Polypaïs (Ahrens, De grœc. ling. dial., II, 143). Le nom de Polypaos semble se rattacher à la même racine que le verbe 7cào(iai et avoir le même sens que l'adjectif no-

est un jounc homme de famille noble, peut-être un jeune parent de Tliéognis. Le poète lui adresse, comme Hésiode à son frère Perses, des conseils d'une portée générale. Seulement, au lieu d'un poème continu en vers hexamètres, Théognis écrit, suivant l'usage de son temps, une suite d'élégies distinctes. L'inspiration générale est franchement didactique, comme chez Hésiode. Non seulement les fragments qui nous en restent le prouvent, mais le poète lui-même s'explique clairement à plusieurs reprises sur ses intentions. Il veut « exhorter » son ami * ; il lui recommande d'écouler ses enseignements ^ ; il se considère comme un maître tenu de communiquer aux autres la science qu'il a reçue des Muses ^ Ce sont* donc bien là, suivant le mot de Suidas, des poèmes parénétiques. Mais on se tromperait si Ton en concluait que ce sont des poèmes impersonnels et froids. Même quand Théognis enseigne, il écoute son tempérament presque autant que sa raison^ et la passion intérieure tantôt éclate à l'improviste, tantôt se laisse deviner sous la sérénité apparente et voulue. En outre, cet enseignement comporte mainte digression. Quoique nous ne puissions plus savoir avec précision comment ces élégies morales étaient composées, il ressort des fragments qu'elles touchaient sans cesse à la réalité contemporaine et vivante, que l'écho des luîtes politiques y retentissait, que le poète y parlait de lui-même, de ses soucis, de ses haines, de ses misères, et que c'étaient en somme de véritables élégies, c'est-à-dire, comme celles de Selon, des poésies très personnelles.

XvxTlavoç. Ahrens l'uxplique par le mot 7:r,6;, en dorien 7ca6; (cognatus et a f finis). Rappelons pour mémoire la théorie de Welcker qui voyait dans le mot Kûpvo;, au lieu d'un nom propre, une appellation générale désignant un noble

1. *riro8yj<TO|jLai, V. 27, 1049. Coaip. le titre fréquent ^TTçoôîixai.

2. Ta-jTot |ia0(6v.... tmv fi' iTréwv (ispivr^iiévo;... (753-755).

Ces élégies à Kyrnos paraissent avoir été écrites du* rant UQ espace de temps assez long et dans la seconde partie de la vie de Théognis. Dès les plus anciennes, le poète est un homme, peut-être près de la vieillesse. Il parle à Kyrnos comme un père à son fils \ Il est déjà célèbre, car, dans des vers qui devaient appartenir à une sorte de prologue S il parle de sa réputation répandue sur toute la terre ^. Entre les premières et les dernières, des changements de toutes sortes ont pris place : dans certains vers à Kyrnos, il crie vengeance à Zeus contre ses ennemis * ; dans d'autres, il lui prêche la résignation '. Ses sentiments eux-mêmes à Tégard de son ami ne sont plus tout à fait les mêmes à la fin qu'au début : dans une pièce qui devait servir de conclusion au recueil, une plainte se mêle au souvenir de tout ce que lui-même a fait pour Kyrnos *.

Puisque Théognis était déjà célèbre, même hors de Mégare, quand il adressait ses vers à Kyrnos, il avait dû commencer de bonne heure à chanter. Il y a chance qu'un certain nombre de ses premiers vers se soient conservés dans nos manuscrits. C'est probablement aux poèmes de sa jeunesse, et non pas toujours à Mimncrme, qu'il faut rapporter la plupart de ceux où il est question de l'amour, du vin, de la musique et des banquets. Ces vers d'ailleurs sont peu nombreux, ce qui s'explique aisément par la tendance de plus en plus marquée à faire de Théognis un poète exclusivement moral. On trouve aussi dans le recueil actuel des vers qui renfer-

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