Comme le montre le futur ôico6T)<ro(iat, v
3. IlavTac Se xar' àvOpcûicouc ôvo[A,ao-ToO (v. 23). Les motsicavtac xat' âv- 0p(o9couc s'opposent à àoroTaiv du vers suivant, ce qui prouve que sa réputation s'étendait au delà de Mégare.
A. y. 253-254. Cf. 655-656.
Hi«t. d» la Litt. gi^oqaa. — T. II. 10
ment des noms propres autres que Kyrnos. Nous avons déjà parlé de ceux qui sont adressés à Simonide . D*autres le sont à Démoclès *, à Onomacriie ', à Cléaristos ^ à Tiinagoras ^, à Démonax ^ ; d'autres à une femme du nom d'Argyris ^; d'autres encore à un personnage que le poète appelle « Scythe », sans qu'on puisse dire si c'est son nom ou celui de son pays \ il est possible que quelques-uns de ces vers ne soient pas de Théognis, mais la plupart sans doute lui appartiennent bien réellement. On ne saurait d'ailleurs ni eu fixer la date ni déterminer quels sont ces personnages à qui le poète s'adresse. Le nom d'Onomacrite, comme celui de Simonide, mot l'imagination en mouvement; mais nous ne pouvons faire à ce sujet que des conjectures. Heureusement ces problèmes sont secondaires ^ Prenons donc le recueil actuel dans son ensemble, et donnons-nous enfin le plaisir d'écouter le moraliste et le poète.
Les poètes élégiaques antérieurs à Théognis n'avaient exprimé leurs idées sur la vie humaine qu'incidemment et par circonstance; aucun n'a prétendu la régler méthodiquement, l'embrasser dans un corps de préceptes qui
5. V. 1085. Le nom d'Eutrapélos, au y. 400, n'est que le résultat d'une conjecture de Bekker.
7. V. 829. — Au vers 903 (ôati; âvotXoxjiv Trjpeï xatà xp^^iixata ôirjpwv), Bergk a conjecturé que le mot corrompu Or,pâ>v cachait peut-être le nom propre Br.pwv, qui serait alors à ajouter aux autres. Mais cette conjecture est certaineuient fau-se. Ce vers ot les suivants font partie de l'élégie à Damocles, et le mot nr-cessaire à cf »jndn>il ost un participe présent gouvernant àvdtÀtofftv. On peut conjecturer pu6|jiâ)v, {iSTpcôv, vb)(X(ii>v, ou quelque mot en ce sens.
8. Un mot de Platon (Ménon, p. 95, D : 'Ev ttoioi; ïntat^; — *Ev toÎç iXeysiotc) prouve que Théognis avait écrit autre chose que des vers élégiaques. Aucune trace n'en est restée.
la gouvernât tout entière. C'est au contraire ce qu'a fait en partie Théognis. Par là, nous Tavons déjà dit, son œuvre rappelle celle d'Hésiode. Mais lexistence qu*Hésiode avait en vue dans son poème des Travaux était l'existence du paysan, de Thomme qui vit dans une condition modeste, au village ou dans une très petite ville. La vie dont s'occupe Théognis est celle d'un noble qui habite une cité aux traditions aristocratiques, mais troublée, en face d'une plèbe qui monte peu à peu et qui s'insurge. Toute sa morale se rattache à cette donnée, plus particulière à la fois et plus complexe que celle d'Hésiode. C'est ainsi que les moralistes, même quand ils visent surtout à être des législateurs, sont souvent encore par surcroît des témoins, sinon des historiens. De là, chez Théognis, deux sortes de préceptes : les uns d'une application plus générale, et qui, se rapportant aux dieux, à la famille, à la société, sont le fond même de sa morale; les autres plus spécialement appropriés aux circonstances. Dans les uns comme dans les autres, on retrouve l'empreinte de sa nature propre, inquiète, âpre, raisonneuse, qui n'est modérée, pour ainsi dire, qu'à son corps défendant, et qui porte de Thumeur jusque dans la raison. Tout comme un autre, il prêche souvent la mesure, la pondération; il répète le [tTiSèv ayav * ; il a ses moments de sagesse; mais il est à coup sûr bien plus lui-même et, en tout cas, plus original, quand, au lieu de s'obliger à redire après les autres ce que doit être la loi, il oublie sa gravité de législateur et découvre naïvement le fond d'^amertumo douloureuse qui est en lui. Car Théognis eât un pessimiste. Ce qui constitue le pessimisme, ce n'est pas de souffrir et de se plaindre : c'est de croire que les choses sont mal comme elles sont. Le pessimisme, quelques racines quil puisse avoir dans des misères accidentelles, est
une doctrine. Or, chez Théognis, un jugement de son esprit apparaît sans cesse au fond des révoltes de sa sensibilité. Non qu^il soit pourtant ni impie ni découragé : il est trop Grec pour perdre entièrement courage, et trop soumis à la tradition pour nier les dieux ; mais il s'agite et se tourmente, et sa pensée se trouble. Tandis que Solon voit toujours, au-dessus des nuages accumulés, la divine splendeur du soleil de Zeus, Théognis, qui pourtant ne demande qu'à y croire, la cherche et ne la trouve pas. Il ne cesse pas de croire pour cela, mais il cesse de comprendre ; l'harmonie suprême des choses lui échappe, et il le dit comme il le pense, ou plutôt comme il le sent, avec une ftpreté brusque et une sorte de gronderie passionnée.
Le fond de son enseignement à Eyrnos, c'est celui même qu'il a regu de la tradition. Il ne veut pas innover» et ne se croit pas novateur le moins du monde :
Ce que j'ai moi-môme appris des honnêtes gens dans mon enfance, voilà, Kyrnos, la sagesse que je t'enseignerai ^
Ety en effet , il lui prêche la vieille morale grecque , la piété envers les dieux, le respect des parents, la modération qui fuit l'orgueil et s'abstient de toute violence. La morale a dans chaque pays son langage traditionnel, son style proverbial et comme consacré qui fait une partie de sa force persuasive. Théognis s'attache à le reproduire :
Pauvres hommes ignorants, nous n'avons que de vaines pensées : mais les dieux achèvent toutes choses selon leurs desseins *.
Rien n'est meilleur sur la terre, ô Kyrnos, qu'un père et une mère respectueux de la sainte justice 3.
Nul homme, 6 fils de Polypaos, ne trompe un hôte ou un suppliant à l'insu des immortels i.
La violence orgueilleuse, ô Kyrnos, est le premier don de la divinité à l'homme qu'elle veut perdre *.
Quand le bonheur suit les pas du méchant ou de l'insensé, Torgueil enfante la violence •.
On reconnaît là des pensées et même des expressions (uêpiç, xopo;, irn) qui sont fréqupntes chez tous les vieux poètes grecs. La marqua de Théogiiis n'y est pas particulièrement sensible. Mais voici où elle se montrée: c'est quand, après tous ces beaux préceptes, après ces religieux conseils, brusquement la contradiction du réel et de l'idéal lui apparaît, et que le problème de la souffrance des justes se dresse devant son esprit. Il y a sur la terre des maux immérités. Il y a des justes qui tombent au dernier degré de la misère et des méchants qui triomphent. Comment expliquer cela ? Solon répondait que le bonheur du méchant est éphémère, que celui du juste est seul durable. Mais Théognis ne voit pas qu'il en soit toujours ainsi. Alors, avec une familiarité hardie et une âpre dialectique, il s'adresse à Zeus lui-même, et lui demande Texplication du mystère ^ :
0 Zeus vénéré, tu me remplis d'étonuement. Quoi ! tu es le roi du monde, riche d'honneur et de puissance ; tu connais à merveille l'esprit et le cœur de chaque homme ; ton pouvoir, ô roi, est suprême. Gomment donc alors, fils de Kronos, ta pensée consent-elle »^ mettre sur la môme ligne les méchants et les bons, ceux dont Pâme se tourne vers la justice et ceux qui, obéissant à l'iniquité, se livrent à la violence ? Et cependant & la fortune de ceux-ci est stable; tandis que les
5. Je supprime les vers 381-3Si, qui interrompent la suite des i4ées.
bons, les amis de la justice, qui ont tenu haut leur cœur et fui le mal, la pauvreté, mère des souffrances, les atteint et les saisit!
Voilà la grande énigme de la théologie morale hardiment posée. C'est là, dans l'histoire de la pensée grecque, une date mémorable K
Si la vie renferme partout bien des maux, à Mégare en particulier, et pour un noble, elle est odieuse. Théognis est un aristocrate convaincu. La plèbe est à ses yeux une race inférieure, que la fortune même ne peut relever. La noblesse du sang est la source principale de la vertu. Le mal s'accroît parla faiblesse de certains nobles qui cb ent à l'argent:
Quand nous cherchons un bélier, un âne ou un cheval, ô Kyrnos, nous tenons à la race, et nous voulons des étalons illustres. Mais quand il s'agit d'un mariage, un homme de bonne souche épouse une vilaine, fille île vilain, si elle lui apporte beaucoup d'argent... La richesse confond les races. Après cela, ô Kyrnos, ne l'étonné pins si le peuple des Mégariens décline ; bons et mauvais, tout est pêle-mêle * !
L'argent règne et corrompt tout. Pour l'argent, les ennemis sont cruels; pour lui, les amis sont perGdes. Théognis ne voit pas les choses en beau. La trahison et la fourberie attendent l'honnête homme à chaque pas ; on peut distinguer la fausse monnaie de la bonne, mais le faux ami, comment le reconnaître ^? La fortune étant tout, l'homme qui est pauvre n'a plus ni naissance, ni vertu, ni beauté ; il est méprisé. Le poète ne tarit pas sur ce sujet de la pauvreté. Il parle là d'un mal qu'il a
1. Cf. V. 74^-158 (mouvement tout semblablo, plus révolté encore). Cf. aussi, avant co morceau, dos vers où il corrige la loi du monde, un peu comme Garo choz La Fontaine.