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3 CHAPITRE IV. — LA POÉSIE ALEXANDRINS Qce: il y eat certainement plus sympathique et plus rant qu'Éoéc. Chalcippe, la sœur de Médée, est une ilidente agréable. Les autres personnages ne sont que
légères esquisses ou des comparses.
Le poème finit comme il a commencé, paf des récits Lventures et de voyages, où un pittoresque assez élcnt se mélo à des inventions laborieuses et à^^une éruion qui manque de poésie.
La versification d'Apollonios est habile et savante : on »>nnait en lui l'élève de Callimaque. Son hexamètre aux jpes variées, aux nombreux dactyles, se plie avec souisse aux divers mouvements de la pensée. Son style est inégal, comme son inspiration elle-même, and l'inspiration est poétique, le style traduit d'ordiire cette poésie avec bonheur. Quand le fond des cho- I est prosaïque ou froid, le style trahit aussitôt le défaut l'inspiration par la séclicresse et l'abstraction. Laîs- 13 de côté les morceaux manques. A ne considérer que
belles pages des Argonautiques, Apollonios est un 'ivain d'un talentoriginal4i^ette originalité, sans doute,
fort savante: il a toute l'érudition de ses conlempons et puise son vocabulaire dans le trésor de la poésie Lérieure plutôt que dans l'usage vivant.^l a beau cornler tous ses matériaux avec choix et avec goût, il est ficile que cette marquetteric ne semble pas parfois un j composite, qu'un substantif abstrait, des formes de igage trop compliquées, comme l'emploi du style indi- ;t, ou trop personnelles, comme l'emploi fréquent des :ution8 nous savons que, à ce gu'onraconle, ne produiit pas une sorte de contraste déplaisant, au milieu de il de vestiges confondus du style homérique et du style ■i<|ue. La pureté du style est devenue une qualité imssihle à atteindre dans l'école de Callimaque. Mais Apollios a, malgré tout, de grandes qualités d'écrivain. Il c mol précis et vigoureux, sinon toujours pur et poé-
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APPOLONIOS DE EHODES 239
lique. 11 a une imagination forte, ingénieusement réaliste; il voit les lignes, les attitudes, et les fait voir; il trouve des comparaisons pittoresques eo abondance ; Virgile lui eu doit de célèbres '. Il sait d'ailleurs décomposer une idée, en montrer finement toutes les parties, puis recomposer un tableau d'ensemble où chaque détail a sa juste place. Sa phrase est ferme et souple. Elle a du mouvement et du rythme. Son récit est net, facile, UD peu prosaïque parfois. Ses descriptions sont vives et pittoresques. Ses discours surtout sont très habiles, exprimant avec vérité, avec force, aToc éloquence, les agitations qui troublent la pensée de ses personnages. Quelques-uns des monologues de Médée sont d'une beauté dramatique achevée. Voici, dans ses grandes lignes, la scène où Médée prend sa résolution déllnitive; les souvenirs des poètes antérieurs, les modèles aussi qui ont inspiré Virgile cl Racine,, s'y enchaînent en une trame vraiment puissante ' :
Cependant la nuit étendait ses ombres sur la terre ; en mer, les matelots s'endormaient, en contemplant de leur navire Héliké et les astres d'Orion, Le moment du sommeil était souhaité du voyageur en route etdu gardien qui veille aux portes. La mère elle-même, qui vient de voir mourir ses enfants, était enveloppée dans la torpeur d'un assoupissement profond; l'aboiemeut des chiens ne s'entendait plus dans la ville; plus de rumeur sonore; le silence possédait les ténùbres de la nuit.
Mais Mëdée n'était pas envahie par le doux sommeil. Mille soucis, nés de son amour, la tenaient éveillée... Sans cesse son cœur bondiss-nit dans sa poitrine. Tel, dans une chambre, un rayon de soleil bondit, reflété par l'eau qui vient d'être versée
1. Par exemple, celle des agitations d'une A.me arec les rellets Toltigeants que fait la lumière en tombant snr l'ean d'un bassin lArgonaut.. UI. 151-759 ; cf. Enéide. VIII, a0-2î, et IV, 335). On a tu ^a« haut celle des géants morts avec des arbres tombés aa bord de l'eau.
i- III. 743-800. La tradaclion de ce morceau est empruntée à M. De h Ville de Mirmont, sauf quelques légers changements.
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40 CHAPITRE IV.— LA POÉSIE ALEïANDRINE
ans un chaudron ou une terrine : agité par un rapide tour- Mement, il saute çà et là; de même le cœur de la jeune fille urnoyait dans sa poitrine...
Elle se disait tantAt qu'elle donnerait la substance pour caler les taureaux, tantAt qu'elle ne la donnerait pas; elle penit à périr elle-mâme, puis à ne pas mourir, à ne pas donner substance, à supporter son mal sans rien faire. Puis, s'étaat isise, elle réiléchit et dit ;
H Infortunée que je suis ! Entourée de malheurs, où me tour- T? Partout des incertitudes pour mon âme; aucun remède ma souffrance, qui ne cesse de me brdler. Oh 1 si Artémis 'ait pu me tuer de ses flèches rapides avant qu'il me fût apirul.. Comment pourrai-je, àl'insude mes parents, préparer s substances magiques? Quelle parole dire? Quelle ruse invenr pour dissimuler mon aide ?Lui parlerai-je en secret loin de s compagnons? Malheureuse, quand môme il mourrait, je espère pas être soulagée de mes maux: lui mort, alors encore mal m'étreindrait. Adieu pudeur! Adieu l'éclat de ma viel l'ilsoit sauvé par moi, et que, sans blessures, il s'en aille in d'ici, au gré de son cœurl... n
Quintilien dît d'Apollonios que son poème mérite islÎRie par une certaine égalité de^qualilés moyeanes '. I jugement serait équitable s'il n'avait en vue que le ibut et la Gn du poème; appliqué au 111° livre, il est rtainement inexact : le créateur du personaage de âdée. Alexandrin ot académique par tant de côtés, a I aussi son heure d'inspiration et son éclair de génie; est ce qu'il ne faut pas oublier.
La virtuosité verbale mise en honneur par Callimaque ivait aboutir à d'étranges abus. Quand te culte du mot du a l'écriture artiste » se détache de plus en plus du
I. Quintilien, X, I, M (non contemncndum opua Eeqnoli qnadBm idiocrilate).
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