Cf. A.tbéiide, XI, p. tS3. D
î. et. Suidas. Fragments dans Nauck. tragie. ffraecoritm f<agm., P-Sn-8)9(2« éd.).
HUt. d* il LUI. fiM^f. — T..V. 16
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242 CHAPITRE IV- — LA POÉSIE ALEXANDRINE eel sujette à discussion <. La célébrité de l'ouvrage vient surtout de son obscurité. Dès l'antiquité, il faisait à la fois le tourment et le bonheur des cxcgètcs -. Aujourd'hui, il D'est k peu près aucun savant qui ne recule épouvanté devant cette avalanche de phrases interminables et ininlellig^ibles. Nous n'avons aucune intentioo d'essayer ici de percer ce mystère; mais il n'est peutêtre pas sans intérêt de marquer en peu de mots la nature exacte de cette obscurité, les motifs en partie spécieux qui ont pu déterminer Lycophron à entreprendre cette gageure, et même la part de talent qui s'y dérobe sous les nuages.
L'entreprise de Lycophron est, au fond, une réaction assez naturelle contre l'alTaiblissement du style tragique, devenu de plus en plus semblable à celui de la comédie. Rien ne ressemble parfois à un fragment de Ménaodre autant qu'un fragment d'Euripide. Lycophron, d'un seul bond, remonte, par delà Euripide, jusqu'à Eschyle et jusqu'à Pindare, c'est-à-dire jusqu'aux maîtres incontestés du style lyrique et tragique; mais il le fait avec frénésie, sans mesure et. sans goût. Pindare, au lieu de dire « les taureaux aux larges flancs », disait quelquefois : « la nature largement flanquée des taureaux ». Eschyle, au lieu de dire ^ la mer aux mille flots souriants », disait : « le sourire innombrable de la mer. > Et ce mélange d'abstraction hardie, discrètement employé, donnait à leur style une poésie surprenante, Lycophron a bien saisi le procédé, mais il en abuse sans choix; ce que ces grands poètes faisaient parfois, il le fait toujours, à jet continu. Et il ajoute à cette première cause d'obscurité celle qui vient des allusions amphi-
1. Cf. Holiinger, p. 81. Sur les contradictions et interpola (ion s supposées du poème, cf. ibid., p. 68, Baies place la composition du poème ea £tS.
2, Climent d'Alei., Slrom.. V, p. BU, C.
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EUPHORION, RHIANOS 243
^ouriques à des mythes mal connus, une érudition labo rieuse au possible, toute l'obscurité proverbiale des oracles, compliquée do pédantismo alexandrin. Si l'on détache do l'ensemble quelques vers isolés et qu'on les commente avec soin, on y sent du souHIe, une sorte de couleur cschyléenne ou pindarique; l'auteur n'est pas sans talent. Mais si l'on essaie de lire l'ouvrage dans sa teneur suivie, on perd pied au bout de peu d'instants, et l'on ne voit plus, dans ce grand effort, qu'une monstruosité. Par ce qu'il a voulu faire et même par ce qu'il a fait, Lycophron mérite une courte mention dans une histoire de l'Alex andrinisme, mais il ne mérite pas davantage.
Les poètes dont nous venons de parler ont ouvert des voies en tous sens et fixé les traits essentiels de la poésie alexandrinc. Après eux, pendant deux siècles encore, on les imite, on les recommence avec plus ou moins de succès, mais sans qu'aucun nom désormais s'élève décidément au dessus de la foule. Une revue rapide de ces « épigones » justifiera cette observation générale.
L'épopée est représentée par deux noms surtout, ceux d'Euphorion et de Rbianos.
Eupborion naquit à Cbalcis, en Eubée, en 27G, d'après le témoignage doSuidas <. Ilétudia laphilosophieà Athènes, s'enrichit, dit-on, par un amour peu honorable, 'et liait sa vie comme bibliothécaire d'Antiochus le (Irand
I. Suidas, Eùfopiuv. Cf. Meineke, De Euphorionis eita et ai^iptis, Danlzig. 1821 ; Soaemihl, I, 393-399. Fragmenta hlstoriquns dans G. HfiUer (Didot), f fujm. Uial, graeco'.. LUI. Fragments épiques dans Heineke. Analecla Alexandrina. Berlin, t8i3. Doux épi grammes dans il>t(fto(. Pal. VI, Î79, et VII, 6SI. (Jacobs, I, p. 189).
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244 CHAPITRE IV. — LA TOÉSIE ALtXAXDBlXE
(224-187). Il avait composé, outre un certain nombred'écritscn prose sur des sujets historiques ("A raxTct, 'X-vm- [tara icToputi, etc.), divers poèmes narratifs et des épigrammes. Ces poèmes narratifs, qui portent comme titres, eDjgénéral, des noms propres (Aiiîvufro;, Tis^wOo;, '1-jm- [L£âb>v, 'AfTE[i.t^cdpoi;, iviiAOGOevïi;, etc.), se rattachent au genre épique, mais conçu'plutôt selon Tespril de Callimaque, seinbte-t-îl, qu'à la façon des Argonautiques. C'étaient des poèmes probablement assez courts, où les légendes amoareuses, les mélamorphoses, les explicalions mythiques des faits actuels, le romanesque et le rare, tenaient la première place '. Les fragments qui nous en restent ont peu d'intérêt et font peu rcgrcller la perte de l'ensemble. Euphorion, comme Callimaque et Lycopliron, appartenait au groupe des stylistes savants et obscurs. Virgiit, cependant, paraît l'avoir goûté ', peut-être par respect pour les enseignements de l'école ; car Euphorion, ainsi que les autres écrivains du même genre, était fort étudié par les grammairiens. Les deux épigrammcs que nous avons do lui sont conformes à sa réputation.
Rhianos, né en Crète, fut contemporain d'Ératosthène ', c'est-à-dire qu'il écrivit dans lase<^onde moitié du m" siècle. 11 vint à Alexandrie, où il conquit une certaine réputalioQ de philologue : son édition de VIliade el de l'Odyssée, la première après celle de Zéuodoto, est quelquefois citée par les exégètes postérieurs. 11 composa aussi des épigrammcs, mais il fut surtout poète épique. Il donna une /7^rc7c/eV(/e, et des poèmes intitulés 'Aittvt.i, 'HX'.axi, @B?'7K>.txx, MwcTiv.swi, où il mettait en œuvre
t. Cf. Ruhdc, Grieth. Roman, p. 90.
î. BucoL.X.'Sa.
S. Suidas, 'Piavi;. Cf. Coaat, p. 33I-M3, et Suaemihl, I, p. 399- 103. — Fragments dans VAnlIiologif de Jacobs. I, p. 3t9-I33.
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AKCHIAS, ÈRATOSTHÉNE. NIGANDRE 24Ô
les légendes héroïques relatives à l'histoire de ces divers peuples. Les Messéniaques ou Messéniennes sout le seul de ces poèmes doDl nous puissions savoir quelque cltose de précis. Les fragments qui en subsistent sont insignifiants, mais Pausanias, dans son chapitre sur la Messénie, déctacc qu'il y a puisé des informations '. C'est donc de Rbianos que vient l'histoire duhéroç Aristomène et de ses aventures merveilleuses. On voit, par le récit de Pausanias, que l'amour n'était pas oublié dans le poème : c'est uae aventure amoureuse qui amène la chute d'Ira, la citadelle messénienne '. Par là, comme par son érudition curieuse, Rhianos est un véritable Alexandrin. Quant à soii mérite d'écrivain, il nous échappe à peu près complètement : ses rares fragments épiques semblent s'inspirer de la simplicité d'Homère plus que de l'obscurité d'Euphorion; ses épigrammes sont d'un tour agréable, sans rien de saillant.
Il faut eulÎD ajouter à cette liste le nom d'Archias, auteur d'un poème Sur la guerre de Milhridale, que Plutarque a peut-être suivi dans son récit '. Archias, né à Aatioche, fut un improvisateur facile et intarissable. Nous possédons de lui un certain nombre d 'épigrammes. Mais le plus clair de sa gloire lui vint certainement de la chance heureuse qui fit de lui, un jour, Le client de Cicéron.
La poésie didactique n'a guère produit, dans cette période, qu'une œuvre marquante, VBermès, d'Kratosthèno, si tant est que ce soit à proprement parler un